Les maquettes de matelots : entre passe-temps et artisanat

La fascination pour la mer a permis la création d'un véritable artisanat : la réalisation de maquettes de bateaux.

Depuis toujours les poètes et les artistes ont chanté et loué la mer. Cette fascination touche par ailleurs chacun de nous au plus profond de notre être. Un des moyens pour représenter le mariage des hommes avec la mer a été la dimension artistique, et plus précisément la réalisation de maquettes de bateau.

La maquette de matelot : entre passe-temps et artisanat

Le 19ème siècle incarne plus particulièrement les grandes traversées océaniques. De ce fait, les voyages étaient longs, ils duraient plusieurs mois. Aussi les matelots avaient coutume, pour occuper les heures de détente, de confectionner divers objets, dont des maquettes de bateau.

Cependant les obstacles étaient nombreux : le tangage et le roulis bien sûr, mais aussi le manque de place. Il fallait donc faire preuve d'ingéniosité et d'adresse pour aménager un équipet sur lequel était solidement attaché le modèle.

Lorsque celui-ci était de petite taille, une technique spécifique était employée pour maintenir l'équilibre durant la séance de travail. On fixait en dessous et au milieu de la coque une tige de bois taillée en biseau que l'on coinçait dans le calfatage du pont. On pouvait, pour davantage de sécurité, réaliser un petit haubanage reliant plusieurs clous plantés dans la coque à la tige.

Pour les plus grands modèles, de nombreuses précautions étaient également prises, notamment la préparation d'un support lors de l'assemblage des différentes pièces.

Les caractéristiques

On choisissait du bois tendre, comme le sapin, pour confectionner la coque; coque pleine ou évidée par un creusement avant pontage. La palette des couleurs se limitait au noir et blanc, au rouge et vert pour l'extérieur; les aménagements intérieurs étaient quant à eux vernis.

Arrivait alors la partie la plus délicate : la réalisation des pièces les plus fines comme l'ancre et sa chaine, les canons, les poulies... détails essentiels qui, à juste titre distinguaient les artistes !

Pour faire face à ces difficultés, les marins gardaient précieusement leurs trouvailles à bord : morceau de plomb récupéré sur la sonde, os de reliefs ou d'animaux; mais également par précaution, ils emportaient avec eux en s'embarquant tout un assortiment de " trésors" et de bobines de fils.

L'outil principal, le couteau, était toujours aiguisé comme un rasoir, auquel s'ajoutaient quelques poinçons pour percer et du papier de verre pour affiner et pour lustrer. Il était évident que la maquette entreprise par le charpentier de marine avait une coque splendide pour une mâture souvent simpliste, alors que celle exécutée par le gabier possédait un superbe gréement pour une coque plus négligée.

Ainsi donc, ce qui nous touche particulièrement lorsque nous sommes devant une maquette de matelotage, ce sont surtout les accents d'authenticité, de sincérité, et parfois même de naïveté. Quelques imprécisions ici ou là, un vrai savoir-faire, une école du large, une communauté solidaire; autant d'ingrédients qui justifient notre émotion !

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