Maquette de chantier, d'arsenal, de compagnie

D'une qualité exceptionnelle, la maquette de bateau entreprise dans les arsenaux reflète le niveau d'exigence et l'intérêt croissant pour le monde de la mer
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Jusqu'au 17ème siècle, les constructeurs de bateaux n'utilisent ni plan, ni science, mais favorisent plutôt le savoir-faire traditionnel et l'instinct. Progressivement, et surtout grâce à Colbert, les premiers traités de constructions de vaisseaux apparaissent, et ainsi se met en place une véritable stimulation créatrice dans les chantiers, et les arsenaux.

La maquette de chantier et d'arsenal

La première étape consiste à retracer les plans des bateaux disparus. On recense toute la flotte; chaque navire est représenté dans un album, de profil, avec toutes ses caractéristiques. Un nouvel élan scientifique, l'aide des mathématiques, et ainsi se tracent les plans des futurs grands vaisseaux.

N'oublions pas cependant que les chantiers étaient encore dirigés par des maîtres charpentiers et des compagnons qui, bien au-delà des considérations sur les notions de centre, dérive, point vélique...avaient viscéralement besoin de voir et de toucher !

De même, les rois et ministres avaient du mal à se représenter un plan ou une coupe; aussi, afin de visualiser les projets, on réalisa des bateaux " jouets " ; et de la sorte s'est développé cet art de la maquette d'arsenal. Ces modèles, parfaitement à l'échelle, représentaient à l'identique la réalité, et s'orientaient en fonction des destinataires.

Si, en effet, il s'agissait d'un modèle de charpente, le chevillage était apparent ; si c'était une maquette d'emménagement, l'intérieur était complètement accastillé ; sinon c'était les gréements qui étaient complets.Les maquettes d'arsenal servaient donc à l'instruction des officiers, et les grands du royaume appréciaient particulièrement de les manoeuvrer lorsqu'ils étaient en bassin " sous voile "!

Les modèles de constructeurs et de compagnies

Globalement, on constate que les priorités ont changé. Le faste disparaît et laisse la place à des préoccupations d'économie et de gain de temps. C'est surtout le travail de la coque qui intéresse l'acheteur et le constructeur, et comme les deux bords sont symétriques, on se contente souvent de demi-coques, et le gréement se limite à un dessin de voilure sur papier !

Cependant les compagnies les plus riches, telles La Cunard, Compagnie Générale Transatlantique, Messageries Maritimes... n'hésitaient pas à faire réaliser à grands frais leurs tous derniers prototypes. Ces modèles qui reflétaient la précision de l'exécution et la complexité des pièces mécaniques réalisés à l'unité, impressionnaient bien sûr les fréteurs mais aussi impliquaient une plus grande confiance pour les voyageurs.

Les ouvriers qui ont réalisé ces joyaux ont parfois continué, à la retraite, pour leur plaisir ou pour améliorer leur quotidien. En tout cas, aucun modèle ne restait à l'arsenal : soit il était donné à un musée soit vendu à un notable. Actuellement on peut encore admirer ces modèles dans les grands musées, les grandes collections privées et parfois chez des antiquaires spécialisés.

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