L'œuvre de Marguerite Duras enfin dans La Pléiade !

Voici 15 ans que l'auteure a déserté la littérature de sa voix forte et singulière. Il était temps de rendre hommage à cette plume sans équivalent...

Marguerite Duras, c'est 52 ans d'écriture. De son premier roman ( Les Impudents ), publié en 1943, à son dernier texte (C'est tout), paru en 1995, l'écrivain s'est essayé à tous les genres. Rares sont les auteurs à avoir connu une telle longévité littéraire. Aujourd'hui, Duras entre dans le panthéon des écrivains consacrés par La Pléiade . Que penser de cet adoubement ?

Duras aurait-elle apprécié un tel hommage ?

Oui et non. Comme toujours, avec elle, on est dans la contradiction...

Oui parce qu'elle sera toujours restée une enfant espiègle et avide de reconnaissance. Celle que sa pasionaria de mère ne lui accordera jamais malgré ses tentatives désespérées, consignées (entre autres) dans la pièce autobiographique Des Journées entières dans les arbres .

Non parce qu'elle fut - sa vie durant - une rebelle, hostile à tous les courants littéraires. S'insurgeant sans cesse contre la pensée unique, le simplisme. Nonobstant ses accointances avec le pouvoir en place : elle fut une intime de Morland (alias Mitterrand) qui l'aida à se sortir d'un guet-apens nazi au cours de la seconde Guerre mondiale...

Si L'Amant a été couronné par le Goncourt en 1984, Duras a accueilli ce Prix avec peu d'enthousiasme. Sans doute parce que ce livre était trop viscéral pour faire l'objet d'une "remise de médaille" un peu dérisoire, eu égard à la gravité du propos. Et aussi par pudeur, comme la romancière l'explique à Bernard Pivot dans le numéro d' Apostrophes qu'il lui consacre à la parution de l'œuvre.

Rappelons qu'en 1950, déjà, Un barrage contre le Pacifique (sorte d'ébauche de L'Amant ) avait raté de peu le Prix tant convoité par nombre d'écrivains. Duras prétendait qu'il lui avait été refusé (au profit des Jeux sauvages de Paul Colin) à cause de son appartenance d'alors au Parti communiste français...

Un hommage tardif ?

Comme l'explique Gilles Philipp dans une interview accordée à RFI : «Duras était un personnage polémique». De même que sa vie et son écriture, tout aussi sulfureuses. Peut-être fallait-il laisser le temps faire son œuvre et qu'il apaise les passions (souvent négatives) autour de cet "ovni littéraire", tant controversé et raillé en son temps. On pense aux parodies acerbes de Patrick Rambaud qui, sous le pseudonyme de Marguerite Duraille, se moqua allègrement de cet auteur qui l'exaspérait.

Pourtant, certains écrivains (moins importants ?) ont été consacrés par La Pléiade de leur vivant. Citons, entre autres, la théoricienne du Nouveau Roman Nathalie Sarraute, qui fit son entrée dans la collection en 1996 (trois ans avant sa mort). Il est donc légitime de s'interroger sur cette consécration tardive, tout en s'en satisfaisant car elle aurait très bien pu ne jamais avoir lieu...

Le contenu de l'édition

Pour l'instant, seuls deux tomes sont publiés. Ils couvrent les trente premières années de la création durassienne : des Impudents (1943) à India Song (1973). Une période découpée, de manière très artificielle et presque incongrue, en "cycles". India Song étant censé achever le "cycle indien", dont Duras elle-même ne parla jamais...

Les deux derniers volumes devraient paraître en 2014, pour le centenaire de la naissance de Marguerite Duras. Quoiqu'il en soit, en cette période de fêtes, le coffret regroupant les deux premiers tomes sont un magnifique cadeau à offrir à tous les amoureux de cet écrivain majeur du XXe siècle !

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