Classes affaires : la nouvelle donne

Moyen de limiter les dégats pour les compagnies, la quatrième classe dans l'aérien représente une alternative crédible pour les entreprises.

Les détracteurs du genre, vingt ans plus tôt, n’ont plus qu’à acquiescer. « La quatrième classe », comme ils l’appelaient alors, n’avait aucune chance de rencontrer le succès. Trop hybride entre l’économique et la business. Inutile. Les transporteurs aériens regardaient alors les initiateurs du modèle, en l’occurrence Eva Air et Virgin Atlantic, légèrement de travers. C’est au début des années 2000, finalement, que l’économique premium a trouvé ses premières lettres de noblesse, grâce à l’intérêt que lui a porté British Airways, acteur majeur du transport aérien mondial.

« A l’époque, raconte Patrick Malval, directeur pour l’Europe de l’Ouest chez British Airways, notre cible était davantage la clientèle de loisirs. La nouvelle classe devait tirer la clientèle économique vers le haut en leur offrant un peu plus d’espace en cabine et des sièges spéciaux, des trousses de toilettes différentes et des repas améliorés. Le tout, sans avoir à payer le tarif d’une classe affaires. Et pour la compagnie, cela engendrait une hausse de la rentabilité. » Le constat de la compagnie est alors le suivant : les passagers de la classe économique sont prêt à débourser un peu plus, mais pas trois ou cinq fois plus comme l’exige un billet en business…

Le produit est monté en puissance

Au cours des dernières années, ce produit est considérablement monté en puissance et les transporteurs ont, à tour de rôle, adapté leur offre aux nouveaux besoins des passagers désireux de voyager moins cher, quitte à fait l’impasse sur certains services. Car force est de constater que depuis quelques années, « la différence entre les classes affaires et économiques s’est considérablement amplifiée, les premium étant toujours plus spacieuses et luxueuses », explique-t-on chez Air France. Et d’ajouter que « les sièges lits, que l’on retrouve désormais souvent en business, confirment bien cette réalité ».

Aujourd’hui, cette quatrième classe se retrouve dans un grand nombre d’avions et trouve sa place auprès d’une clientèle large, notamment auprès des voyageurs d’affaires. Mais, avec la crise, l’effet de cette classe intermédiaire s’est tout simplement inversé : « Pour les compagnies, il s’agit grâce à ce produit de limiter la baisse des réservations premium au profit des classes économiques les moins chères », explique Didier Bréchemier, consultant expert du transport aérien chez Roland Berger. Il faut dire que, selon l’Association international des compagnies aériennes (Iata), les réservations au devant des avions ont chuté, en 2009, de près de 30%.

Phénomène amplifié par la crise

La crise a bien entendu amplifié ce phénomène. Et si, pour les transporteurs, celui-ci s’est imposé comme une contrainte, voire une nécessité, il s’est en revanche offert aux entreprises comme une nouvelle possibilité. « Comme une alternative tout à fait crédible aux classes affaires, que beaucoup de sociétés ne sont plus prêtes à intégrer dans leur politique voyage en considérant que, pour les vols courts et moyens courriers notamment, l’intérêt était finalement très faible », reprend Didier Bréchemier (Roland Berger).

Pour les travel managers, c’est une aubaine : les compagnies proposant ce produit se multiplient. L’occasion de revoir un chapitre important de la politique et du budget, réduction et limitation des dépenses oblige, sans priver les collaborateurs d’un confort et d’un service supérieur à la prestation d’une classe économique. Et pour le collaborateur en question, l’intérêt se situe également au niveau du cumul de miles supérieur à celui d’une réservation économique.

Premium Voyageur chez Air France

Air France fait partie des dernières compagnies à avoir intégré une classe intermédiaire dans ses cabines. C’est fin 2009, en investissant 75 millions d’euros, que sa Premium Voyageur a débarqué dans certains de ses avions. Sa flotte en sera intégralement équipée d’ici à 2011. La différence avec la classe économique se situe au niveau de l’espace offert au passager, de 40% supérieur, de l’inclinaison doublée des sièges et de la coque fixe. C’est, peu ou prou, ce qui caractérise une grande partie des classes intermédiaires.

Mais certaines compagnies voient les choses autrement et se contentent, comme United Airlines, d’un espacement entre les rangées légèrement accru, « afin de surclasser les passagers les plus fidèles de l’économique sans avoir à remplir la business de clientèle économique », assure-t-on chez United. KLM, le partenaire d’Air France, s’est largement inspiré de cette vision pour introduire son produit baptisé Economy Comfort quelques semaines après Air France. Le développement se poursuit et de nouvelles compagnies montrent leur intérêt. Mais la réflexion se poursuit et d’autres compagnies, comme SAS, envisagent de commercialiser un produit mixte basé sur la classe économique mais offrant les avantages au sol d’une business : accès au salon, embarquement prioritaire, etc.

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