Burkina Faso : émeutes récurrentes au "Pays des Hommes Intègres"

Burkina Faso : les émeutes estudiantines et militaires de 2011 font suite à d'autres manifestations de colère depuis le coup d'Etat contre Thomas Sankara.
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Voisin de la Côte d’Ivoire où sévit une guerre civile entre pro Gbagbo et pro Ouatara, le Burkina Faso, réputé calme, est en réalité sujet à des révoltes récurrentes.

2011 : mutinerie militaire et révoltes étudiante

Le 31 mars 2011, Blaise Campaoré, le président du Burkina Faso, rencontrait les représentants de militaires qui depuis le 22 mars s’étaient mutinés et avaient semé le trouble dans la capitale, Ouagadougou, et dans une ville de l’est du pays, Fada N’Gourma. Il obtenait le retour au calme.

Cependant, dans le pays, perdure la révolte lycéenne et étudiante déclenchée à la suite du décès suspect de Justin Zongo, un lycéen de Koudougou, le 20 février précédent. Le 5 avril, le Président a rencontré des représentants des étudiants. Au-delà des demandes d'éclaircissement concernant les circonstances de la mort de Justin Zongo, puis de cinq autres jeunes lors des affrontements, et comme les militaires, les revendications portent sur les conditions de vie.

2008 : les émeutes de la faim

En février 2008, suite à la flambée des prix (de 10 à 65 % selon différentes estimations), une centaine d’émeutiers s'en sont pris, à Bobo Dioulasso, seconde ville du pays, à des bâtiments publics, des commerces et des stations services. Dans les jours qui ont suivi, des émeutes identiques ont éclaté dans une ville proche, Banfora, et à Ouhigouya, troisième ville du Burkina.

De telles émeutes se sont à nouveau produites en mars et mai de la même année. Plusieurs pays voisins ont connu le même phénomène qui se poursuit en 2011, faisant craindre aux autorités de nouvelles manifestations de colère.

Décembre 2006 : affrontements entre militaires et policiers

En représailles à un différent qui avait opposé des militaires et des policiers quelques jours plus tôt, des jeunes de la troupe se sont mutinés, les 20 et 21 décembre, et ont violemment attaqué le commissariat central de police de Ouagadougou ainsi que la Direction générale de la police. Des échanges de tirs ont eu lieu entre les deux corps habillés. Les militaires ont logiquement pris le dessus et les policiers ont été contraints de faire profil bas dans la ville et jusque dans leur quartier de peur d’être pris à partie par les mutins.

Conséquences: des Ouagalais, dont certains se sont retrouvés bloqués sur leur lieu de travail jusqu’au lendemain matin, ont été traumatisés; les sommets UEMOA et CEDAO qui devaient se tenir dans la capitale ont été annulés, et la hiérarchie a été obligée de calmer les esprits.

L’affaire Norbert Zongo (1998) reste dans les mémoires

Alors qu’il enquêtait sur la mort après torture du chauffeur d’un frère du Président, le journaliste Norbert Zongo était retrouvé mort calciné dans son véhicule ainsi que les trois personnes qui l’accompagnaient. Son enquête risquait d’être gênante pour le pouvoir car elle mettait en cause des membres de la garde présidentielle. Comme l’expliquait Alpha Barry, journaliste à RFI à l’occasion du dixième anniversaire de cette mort, « un collectif contre l’impunité est créé pour réclamer vérité et justice dans cette affaire. Ce collectif dirigé par l’activiste des droits de l’homme, Halidou Ouédraogo, est formé d’associations, de partis politiques et de syndicats. A l’appel de toutes ces organisations, des milliers de gens descendent régulièrement dans la rue. C’est la crise dans tout le pays».

Le pouvoir a accepté la constitution d’une commission d’enquête indépendante (CEI) qui mettra de nouveau en cause des éléments de la garde présidentielle. Cependant, en 2006, coup de tonnerre : le juge a déclaré un non-lieu. De nouveau, des manifestations se sont organisés, au cours desquelles ont été scandés des slogans hostiles au pouvoir.

Avec Thoma Sankara, Norbert Zongo est devenu un symbole de la liberté au Burkina Faso.

1987 : la révolution Sankara

Le 15 octobre 1987, Blaise Campaoré, l'actuel président de la République, instaurait un coup d’Etat dans lequel Thomas Sankara, au pouvoir depuis 1983, était tué. Ce dernier était lui-même arrivé à la tête de l’Etat grâce à un coup de force. Tiers-mondiste et marxiste, il a changé le nom du pays Haute-Volta hérité de la colonisation, en Burkina Faso : « Pays de Hommes Intègres » en moré, langue de l’ethnie mossi dominante. Il mit en œuvre un programme pour mettre fin à la corruption, développer l’éducation, l’agriculture, améliorer le sort des femmes, et instaurer la rigueur dans le fonctionnement de l’Etat. Les fonctionnaires, par exemple, devaient porter une tenue traditionnelle en lieu et place de costume occidental et qui avait été baptisé « Sankara arrive » car les visites inopinées n’étaient pas rares : on enfilait alors vite la tenue réglementaire.

Son « jusqu’au boutisme » indisposa les chefs traditionnels, les pays voisins, l’Occident et malgré l’annonce d’une pause dans les réformes en 1987, il fut victime d’un coup d’Etat de la part de celui-là même qui l’avait aidé à parvenir au pouvoir.

Blaise Campaoré : élection et réélections

Depuis le 15 octobre 1987, Blaise Campaoré a été réélu à la tête de l’Etat en 1991 (rétablissement du multipartisme), 1998, 2005 et 2010 (80 % des voix). Réélection contestée par l’opposition déjà en 2005 car contraire à l’article 37 de la Constitution (version 2000) selon laquelle le président est élu pour 5 ans et le nombre de mandats limité à trois. La révision de cet article est actuellement étudiée de façon à faire sauter cette limitation en prévision des élections de 2015.

De nouveaux heurts en perspectives ?

Sources

  • Heurts entre policiers et militaires : Ouagadougou entre psychose, rumeurs et fausses alertes - vendredi Lefaso .net - 22 décembre 2006
  • Assassinat de Norbert Zongo : dix ans après, ni vérité, ni justice par Alpha Barry RFI -12/12/2008
  • Emeutes à Ouaga : 184 personnes arrêtées Lefaso.net - mardi 4 mars 2008
  • La hausse des prix alimentaires a fait sombrer 44 millions de personnes de plus dans la pauvreté - Banque mondiale - 15 février 2011
  • Le président Blaise Compaoré a rencontré des représentants de l'armée et des magistrats RFI - jeudi 31 mars 2009
  • Rencontre Campaoré/ monde de l'éducation : "Nous avons dit mille vérités à M. le président du Faso" Fasozine - 6 avril 2011

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