De l'Anglais au Français en passant par le Québec

Du fait de la domination économique des Etats-Unis, la langue française est envahie par les mots anglais. Heureusement nos cousins québecois veillent.
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Vu sur un marché de la région parisienne : une commerçante qui vend des fruits secs et annonce sur une de ses corbeilles « cranberries » et, entre parenthèses en plus petits caractères « canneberges » !

Acheter son « hambourgeois » au « service au volant »

Pourquoi utiliser le mot anglais quand le mot français existe ? Les canneberges ne poussent pas en France et nous sont importées des Etats-Unis en majorité. Mais les canneberges poussent au Québec, dans un pays francophone qui nomme ces baies d’un mot français. Canneberge est une adaptation de cranberry, le mot d’origine dira-t-on. Si on veut utiliser le véritable mot d’origine, il faut parler d’« atocas », le nom dont les autochtones indiens désignaient cette baie.

Les Québécois sont très sensibles à la défense de la langue française, leur patrimoine. Ils se font un point d’honneur d’utiliser l’équivalent français pour tous les mots que nous avons adoptés de nos amis anglais ou américains.

Sur la route, par exemple, ils ne s’arrêtent pas à un « Stop» mais au panneau « Arrêt ». Évidemment, on ne gare pas sa voiture dans un « parking », mais dans un « stationnement » », de même qu’on ne se rend pas au « drive in », mais au « service au volant ». Pour passer sur l’autre rive du Saint-Laurent, on ne prend pas le « ferry », mais le « traversier » (mot utilisé en France au XVIè siècle ).

Quand le mot n’existe pas, ils le créent en adoptant la traduction littérale : ils mangent un «chien-chaud » ou un « hambourgeois » et non un hot-dog ou un hamburger ; ou en francisant le mot anglais : ils pataugent dans la «sloche » (de slush) lorsque la neige fond. Et nous ne ferons qu’évoquer les « magasiner» ou autre « magasinage ».

Du clavardage à l’infonuagique

Avec les nouvelles technologies, arrivent de nouveaux mots, anglais évidemment. Les Québécois les adaptent en cherchant l’équivalent français. C’est ainsi qu’ils ont inventé « courriel » pour le courrier électronique, joli mot pour traduire « e-mail ». En France, nous parlons le plus souvent de « mail » (sans le « e » devant, ce mot signifie n’importe quel courrier en Anglais) ou de « mel » si on veut franciser. Le «courriel » a quelques adeptes, mais il a l’inconvénient d’être un peu long (huit lettres !).

Autre joli mot de nos cousins du Québec : le « clavardage ». Il s’agit de bavarder au moyen du clavier, autrement dit « chatter » (prononcer « tchatter » évidemment !)

Quant au dernier né : « infonuagique » pour traduire le « cloud computing » ou «informatique en nuage», il semble devoir faire des adeptes du fait son caractère condensé et… poétique.

Dans le bain anglophone

Il y a cependant des mots que les Québecois ont adoptés sans état d’âme. En situation minoritaire,(environ sept millions de francophones parmi 320 millions d'anglophones en Amérique du nord) ils sont fortement influencés, au point d'utiliser, sans même parfois s'en rendre compte, des termes anglophones francisés . Ils « cancellent » pour annuler (to cancel) et cédulent pour programmer une activité (to schedule), vont à un «party » (prononcer «parté ») pour une fête ou une soirée.

Tout comme en France, le vocabulaire courant inclut de nombreux mots anglais (job, speech...), mais du fait de leur environnement et non par ce qui peut tenir du snobisme. Un Québécois vous parlera de « sa job », au féminin, pour son travail, d’ «une joke» pour une plaisanterie, quand il ne fera pas un joli mélange : qu’est-ce-qu’ un « brake à bras » ? Un frein à main !

Pour aller plus loin

Dictionnaire québécois

Office québécois de la langue française

Lexique de Français québecois

Mots du Québec

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