L'agriculture urbaine, solution à l'approvisionnement des villes

Face à la croissance de la population urbaine, une solution aux problèmes d'approvisionnement alimentaire: diverses formes d'agriculture urbaine.
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En 2030, 61% de la population mondiale sera urbaine. Ce taux était de 29 % en 1950. Il y a évidemment des écarts selon les continents: en 2007, 74% de la population vivait en ville en Europe, 81% en Amérique du Nord, contre 41% en Asie et en Afrique. Le phénomène va aller en s’accélérant, surtout dans les pays en voie de développement. Se pose, entre autres, la question de l’approvisionnement en nourriture de ces populations. L’agriculture urbaine est une des solutions préconisées. Des expériences sont en cours sur tous les continents. Un certain nombre d’organismes se penchent sur le sujet.

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) a lancé un programme Ravitaillement des villes au travers duquel elle œuvre pour l’implantation de zones de culture en ville et autour des villes: l’agriculture urbaine et périurbaine.

Rapprocher les sources d'approvisionnement

L’agriculture péri urbaine consiste à implanter des fermes proches des villes, limitant ainsi les transports et les délais d’approvisionnement. L’agriculture urbaine, comme son nom l’indique consiste à cultiver en ville.

L’idée est de profiter d’opportunités telles que les cours d’immeubles, leurs toits en terrasse, les terrains de bâtiments laissés en ruine éventuellement en pratiquant l’agriculture hydroponique: culture sur un substrat tel que sable, billes d’argiles, laine de roche, régulièrement arrosé d’une solution qui apporte les nutriments et sels minéraux nécessaires.

Cultivateurs en ville

En France, les «jardins ouvriers» ou «jardins familiaux» sont une tradition de longue date, liée à la révolution industrielle et à l’arrivée d’anciens paysans en ville. En Grande-Bretagne, au Canada, aux Etats-Unis, on a vu éclore les «Victory gardens» ou jardins de la victoire pendant la seconde guerre mondiale lorsque l’approvisionnement a commencé à être problématique: carrés de fruits et de légumes sont apparus dans les cours et sur les toits.

Actuellement, sous forme communautaire ou individuelle, on trouve des expériences dans le monde entier.

A New York, l’idée des jardins communautaires été reprise dès le début des années 1970 et a essaimé dans l’ensemble des Etats-Unis. A San Francisco, le code urbain a été amendé le 17 février 2011 pour autoriser le développement de la culture en ville et la vente des produits agricoles par les « fermiers urbains »

En Espagne, à Murcie, la municipalité a engagé l’expérience en octroyant des terrains baptisés «jardins de loisir» prioritairement à des retraités, sous réserve de cultiver sans engrais ni pesticides chimiques. L’opération avait démarré avec 10 terrains, devant le succès et la demande 35 parcelles supplémentaires ont été attribuées en 2010. Plusieurs villes d’Espagne, dont Madrid, ont développé cette agriculture urbaine plutôt motivée par le plaisir des jardiniers: activité physique, plaisir de produire soi-même ses fruits et légumes, assurance d’obtenir des produits de qualité, ambiance conviviale…

Pour une auto-suffisance

Dans les pays en voie de développement il s’agit vraiment de survie pour nourrir des populations ayant peu de moyens.

A La Havane, ville de plus de 2 millions d’habitants, 50% des produits frais poussent en ville.

La FAO a lancé des programmes dans différents pays d’Afrique, Amérique du Sud, Asie. Il y est déjà de tradition de faire pousser des légumes dans la cour de sa maison, mais la FAO propose des programmes de formation pour développer ces cultures. Elle forme également à la culture hydroponique sur les toits. Dans ce cas, le cultivateur – souvent une cultivatrice – doit acheter la solution nutritive, mais le coût est compensé par la production obtenue. Les micro-agriculteurs parviennent à produire suffisamment pour vendre leur production et se faire un petit revenu qui, par exemple, pourra financer la scolarité des enfants.

L'accent est mis sur la récupération des déchets (eaux usées, compost..) pour une agriculture biologique.

En Inde, à Mumbai, une des mégalopoles à la croissance la plus rapide au monde (14 millions d’habitants), le Dr Ramesh Soshi a créé un jardin de fruits et légumes biologiques sur la terrasse de sa maison utilisant du compost de sucre de canne, des plateformes de briques et des containers en plastique. Grâce à un cycle imaginatif de récoltes, il fait pousser toute une variété de produits, des épices aux aubergines, goyaves et mangues sur le même petit espace. D’autres familles ont suivi son exemple…

Des fermes verticales

A plus grande échelle et dans une optique commerciale, on voit éclore des «fermes hydroponiques» sur les toits d'immeuble: serres dans lesquelles sont empilés plusieurs niveaux de culture ( Gotham Greens à New York), et des projets de fermes verticales: plusieurs étages de cultures ou mêlant étages d'habitations ou de bureaux et étages de culture (SkyFarm à Toronto, Tour Vivante de l’agence SOA en France).

En août prochain, va se tenir la troisième édition de l' Ecole d'été sur l'agriculture urbaine à Montréal. Le paysage de nos villes va-t-il changer ?

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