L'eau : la gérer et la partager pour nourrir la planète

La terre pourra-t-elle nourrir 9 milliards d'hommes en 2050 ? La réponse est dans la façon dont nous gèrerons l'eau et son utilisation en agriculture.
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Notre planète regorge d’eau, 1,4 milliards de km3 mais 97 % de ces réserves sont constituées par les océans. Les stocks d’eau douce sont proportionnellement très faibles. De plus ils sont contenus à 64% par les glaciers, mais il n’y a, pour l’instant, pas d’inquiétude à avoir : le cycle évaporation / pluie assure la permanence des réserves nécessaires à nos besoins. Le problème tient par contre à la répartition sur notre globe, tant en terme de précipitations que de réserves en surface ou souterraines : lacs et fleuves, nappes phréatiques, et à l’impact sur les capacités de production agricole

De l’eau pour manger

La consommation en eau pour la vie quotidienne des humains dépend des ressources et du mode de vie : une moyenne de 300 litres par jour, mais 500 litres dans les pays développés, 20 en Mauritanie.

Ces besoins sont couverts par l’eau de pluie déversée tout à fait inégalement sur notre terre : 21 % de l’humanité vit dans les zones désertiques ou arides où se trouvent 2% des ressources en eau.

Cette utilisation ne représente qu’une infime partie de la consommation totale. 96% de l’eau nécessaire à l’homme est utilisée en agriculture : de l’eau, non pour boire mais pour manger. La consommation alimentaire de la planète requiert 1 000 m3 par habitant et par an, soit en 2012 environ 7 milliards de km 3 d’eau. Certaines productions sont extrêmement gourmandes : pour produire un kg de blé il faut 1000 l d’eau, pour produire un kg de bœuf il en faut 13 000 !

Comment se profile l’avenir alors qu’on estime qu’en 2050, il faudra 1,85 fois plus de nourriture qu’en 2000 et que nos ressources en eau semblent diminuer ?

Le réchauffement climatique, source d’inquiétude

Les climatologues prévoient que dans 100 ans, du fait du réchauffement climatique, on va assister à un déplacement des précipitations dans l’hémisphère nord, vers le nord et dans l’hémisphère sud vers le sud : Paris aura des problèmes d’eau en été et jusqu’en septembre – octobre.

Dans les zones méditerranéennes, l’humidité des sols va connaître une forte réduction dues à l’évaporation : un impact sur la sécheresse agricole plus que sur les réserves hydrologiques. Les chercheurs estiment que si la température augmente entre 1 et 3°C on aura de meilleurs rendements en Europe du nord, mais ils baisseront en Europe du sud et dans les zones tropicales. Au-delà de 3°C, les rendements baisseront partout.

Entre agriculture irriguée et agriculture pluviale

La majeure partie de l’eau consommée est donc utilisée pour la production agricole. On observe deux types d’agriculture selon l’origine de l’eau :

  • agriculture pluviale, arrosée grâce à l’eau de pluie,
  • agriculture d’irrigation, grâce à l’eau puisée dans les cours d’eau ou les nappes phréatiques.

Se nourrir autrement signifie, entre autre, réduire la consommation de viande des pays développés, forte consommatrice d’eau comme il l’a été montré plus haut, réduire les gaspillages d’environ 30%.

Produire plus impliquera de consommer plus d’eau (un surplus de 4 500 km 3 par an), sur des surfaces étendues et pour une agriculture qui devra intégrer produits phytosanitaires et engrais. Il ne pourra être question de développer une agriculture bio, mais écologiquement intensive .

Il faudra par ailleurs augmenter les surfaces cultivées aussi bien en agriculture pluviale qu’irriguée. On estime qu’en 2000, 39% des surfaces cultivables dans le monde étaient effectivement exploitées – avec de grandes disparités : 75% en Asie, 19% en Amérique latine.

Au rythme actuel d’augmentation des surfaces irriguées, on disposera en 2050 de 330 millions d’ha, pour une consommation en eau de 500 km3, loin des 4 500 km3 jugés nécessaires. Il faut donc développer l’agriculture pluviale…

En agriculture pluviale, si l’on combine les superficies effectivement cultivables et la capacité à augmenter les rendements on arrive encore à des situations très inégales.

Pression sur les terres cultivables

Selon des scenarii « Agrimonde » bâtis par l’ INRA et le CIRAD , l’Asie se trouve en 2050 en déficit de production agricole de 660 millions de tonnes à 760 millions de tonnes, le Moyen-Orient et l’Afrique du nord seront également en déficit tandis que les autres parties du monde seront soit à l’équilibre (Afrique subsaharienne et éventuellement la Russie et CEI) soit en excédent. Au total, le monde arrive à l’équilibre, cela implique des exportations des zones excédentaires vers les déficitaires. C’est ainsi qu’on assise à des achats massifs de terres cultivables à Madagascar, en Afrique ou en Amérique du sud par des investisseurs étrangers, particulièrement asiatiques. En Russie, les terres arables sont cotées en bourse.

L’eau fera-t-elle l’objet des conflits du XXIe siècle ? C’est ce que craignent nombre de chercheurs en géo-stratégie.

En savoir plus

“L’eau, un trésor en partage” Ghislain de Marsily – Editions Dunod

Les scénarii Agrimonde

Cycle de l’eau et réservoirs, des stocks restreints

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