Les tombes de Sipan (Pérou), découverte archéologique majeure

Les merveilles extraites du site archéologique de Sipan permettent une avancée majeure dans la connaissance de la civilisation pré-colombienne mochica.
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En 1987, les premières fouilles à Sipan, côte Nord du Pérou , laissaient apparaître un site d’un intérêt majeur avec des tombes regorgeant de trésors. La découverte a fait moins de bruit que celle de tombes royales de Mycènes en 1876, le tombeau de Touthankamon en 1922, celui du souverain maya Pakal dans les années 1950 ou le mausolée de l'empereur Qin à XIan en Chine. Or, selon Christopher Donnan de l’Université Los Angeles, qui participe aux fouilles, elles sont d’un tout aussi grand intérêt, au point que le National Geographic les sponsorise.

Les découvertes de Sipan ont permis de comprendre à quel point la civilisation mochica, ou moche, avait été riche et avancée. Elle s’est développée entre les 1er et 7ème siècles de notre ère avant de disparaître, vraisemblablement du fait de phénomènes climatiques. Les Mochicas ont transmis aux Incas qui s’étaient petit à petit implantés sur l’ensemble du pays, leur art et leurs techniques.

Les pyramides de Sipan

Sipan est un village à 350 km au nord de Lima. Deux « collines » de sable surgissent de la plaine fertile. Ce sont les « huacas » ou pyramides. Faites d’ adobe , leur sommet était tronqué. Au fil des siècles, elles ont été recouvertes par le sable qui les ont camouflées.

Leur découverte a été provoquée par l’arrestation, en février 1987, de pilleurs de tombes dont le butin était d’une telle beauté que les archéologues alertés en ont déduit qu’il ne pouvait venir que d’une tombe royale.

Les deux pyramides, disposées d’ouest en est, sont précédées de plates- formes funéraires. Les pyramides elles-mêmes étaient des lieux de culte et cérémonies. L’édifice ouest mesure 140 de côté, et culmine à 35 m. Le second, dont la forme rappelle mieux la pyramide d’origine, a une superficie de 70 m2 et a dû atteindre une hauteur de 37m. Des plans inclinés permettaient l’accès au sommet.

Les fouilles

Sous la direction de l’archéologue Walter Alva, qui a été baptisé l’ Indiana Jones péruvien, en collaboration avec Christopher Donnan, les équipes se sont d’abord attaquées à la plate-forme d’où venaient les objets dérobés. Les trois principaux niveaux avaient été creusés d’une centaine de puits, jusqu’à six mètres de profondeur. Des tonnes de débris couvraient la surface de la plate-forme.

La première tâche fut d’évaluer la configuration de l’édifice, retirer des débris et consolider l’ensemble. Les fouilles purent ensuite commencer, par couches de quelques centimètres si ce n’est millimètres, Walter Alva précise dans son ouvrage« Sipan, discovery and research » * qu’il a fallu mettre en place des techniques sans précédent dans l’archéologie andine.

Autre difficulté : l’hostilité de la population locale qui se voyait interdire l’accès au site et dont une source de revenus disparaissait…

La découverte

La récompense vint rapidement. Après avoir dégagé ce qui s’avéra une chambre d’offrandes : 1 137 pièces de céramiques, quatre couronnes de cuivre, un masque… , le 26 juillet 1987, la tombe du Seigneur de Sipan apparaissait. Walter Alva a parlé d’une « découverte majeure qui allait changer [sa] vie et l’histoire de [son] pays » .

Il s’agit d’une véritable chambre funéraire abritant le Seigneur et son entourage. Le premier personnage qui apparut aux yeux des archéologues est un gardien, dont les pieds avaient été coupés pour s’assurer qu’il resterait à son poste ! Dégageant petit à petit les couches de terre, les archéologues mirent à jour un sarcophage intact. L’ouvrant délicatement, il leur apparut des objets de cuivre oxydés , avec en leur centre une masse circulaire de 5 cm de diamètre en or et, rencontre inoubliable dit Walter Alva, dans son livre*: une effigie en or et turquoise « probablement le plus bel exemple de l’orfèvrerie mochica connue à ce jour »* , partie centrale d’une boucle d’oreille de 92 mm de diamètre représentant un guerrier mochica. Même surprise admirative au fur et à mesure des découvertes : le diadème, un ornement de nez, un collier, des sandales en argent etc. Les restes du squelette aux quels avaient appartenu ces trésors étaient vraisemblablement ceux d’un haut dignitaire. Les archéologues l’ont baptisé le Seigneur de Sipan.

Dans la même chambre funéraire gisaient, outre le gardien, trois femmes, un enfant, deux hommes, des lamas, un chien.

Des découvertes d'un intêret capital

Au total, 14 tombes ont été identifiées, dont deux que peuvent également voir les visiteurs : celle d’un prêtre et celle d’un personnage qui a été baptisé « le vieux seigneur de Sipan ».

Ces découvertes ont fait apparaître la richesse de la civilisation mochica, son organisation très hiérarchisée. Elles sont d’une importance majeure pour la communauté des archéologues, l'histoire du Pérou et pour la population de cette région, à qui elle a ouvert les yeux sur ses racines.

Sources

* Livre : " Sipan - discory and research " Walter Alva - Q.W. Editores S.A.C

Interview de Walter Alva

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