Pratiquer le micro-crédit solidaire sur internet

On peut aider des petits entrepreneurs ou des paysans de pays en voie de développement, en faisant des micro-prêts d'un simple clic.
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Observant de petits artisans obligés de verser une redevance pour la location de leur outil de travail, M. Yunus, prix Nobel de la paix 2006, a imaginé et lancé le micro-crédit pour leur permettre d'en devenir propriétaires.

Le micro-crédit consiste à prêter les petites sommes dont ont besoin ces « micro-entrepreneurs » pour démarrer ou développer leur activité. Depuis le lancement de la Grameen Bank de Yunus, le concept s’est étendu : en France, Jacques Attali a créé Planète Finances; Maria Novak, l'Adie...

Des ONG ont adopté l'idée pour collecter des fonds auprès de particuliers qui, en devenant micro-prêteurs, apportent leur aide aux pays en voie de développement.

Prêter ou donner ?

On objectera qu'on a les moyens de donner et que, via des ONG, on participe à la construction d'un puits dans un village au Mali, à la scolarisation d’enfants au Vietnam etc.

Les deux démarches ne sont pas antinomiques. Il est des cas qui ne relèvent que du don, mais un don n’est pas multipliable à l’infini. Dans le micro-crédit, la somme que l’on met en jeu va aider des dizaines de personnes puisque l’emprunteur rembourse et que l’on peut réinvestir le montant pour aider un autre projet.

Dans un article paru dans Le Monde (7 novembre 2008), la journaliste Caroline Fourest qui prête via Kiva, raconte :

« Maria Elena avait besoin de 575 dollars pour acheter une nouvelle machine à coudre et développer son magasin de couture à Huancayo, au Pérou. Aucun dossier à monter auprès d'une banque, ni mesure "prudentielle" ni défaut de liquidités. En quelques heures, grâce à 16 autres donateurs (Nina, Scott, Charly...), Maria Elena tenait son prêt. Son atelier s'est développé. Il fait vivre sa famille et d'autres femmes. En moins d'un an, Maria nous a remboursés. Depuis, j'ai recliqué pour reprêter cette somme au moins dix fois. Ces 25 dollars ont fait le tour du monde. Patience, une Nigériane de 53 ans, a pu acheter de nouvelles statuettes pour sa boutique d'art africain. Nisrine, une Libanaise de 31 ans, a renouvelé le stock de son magasin dans la plaine de la Bekaa… »

Anaïs, une jeune femme qui s’est lancée dans le micro-crédit, témoigne : « J'ai fait mon premier prêt via Kiva en juillet 2009. J'en suis maintenant à un total de huit prêts, dont certains grâce à des certificats cadeaux que j'ai reçus de parents et amis. Tous les remboursements ont été faits selon les échéanciers prévus. Il est fascinant d'observer la rapidité à laquelle les projets proposés sur le site trouvent leur financement, grâce à prêts consentis par des investisseurs désintéressés aux quatre coins du monde ! Avec le micro-crédit, on a vraiment l'impression d'aider de la bonne manière, en favorisant des initiatives à petite échelle, mais qui permettent à des familles de s'en sortir. »

Il faut préciser que les organismes de micro-crédit ne financent pas directement les projets. Les emprunteurs sont parrainés par une ONG locale qui étudie le projet, le valide et à qui l’organisme confie les fonds collectés.

Devenir micro-prêteur

On a cité Kiva, mais il existe d'autres organisations.

Kiva comme Babyloan fonctionnent sur le même principe : on s’inscrit, on choisit parmi les projets, on paye en ligne, et on reçoit les remboursements au fur et à mesure qu’ils sont effectués. Ils arrivent dans le «panier» du prêteur qui choisit de les récupérer ou de les remettre dans le circuit.

Kiva

Le pionnier, soutenu par Bill Gates soi-même : avec un total de prêts de 171 millions de dollars, elle intervient dans 208 pays et totalise 446 000 bénéficiaires et 497 000 prêteurs (chiffres arrondis, au 10 novembre 2010). Le site est en anglais. On peut payer par carte ou avec paypal.

Babyloan

Malgré son nom anglais (jeu de mot : baby - loan = Babylone !), le site est français et s’annonce comme le premier site européen de micro-crédit solidaire.

Lancé en septembre 2008, le site réunit à ce jour 17 305 « babyloaniens » et a prêté 1,145 million d’euros.

Prêts à partir de 20 €, mais par défaut on vous propose de mettre au pot 50€, plus quelques euros de participation au frais. Le paiement se fait par carte exclusivement.

Zebunet

Là le concept est différent, et le site plein d'humour. Les prêteurs investissent dans un animal : zébu, cochon, chèvre… Il est confié à un éleveur qui bénéficie éventuellement de son lait ou de sa force de traction. Quand il l’a remboursé, il est à lui.

Le prêteur doit d’abord cotiser à l’association (30 euros), puis il pourra apporter sa participation à un des plans d’épargne zébu (PEZ) ou chèvre (PEC)… Ici, le prêteur touche un intérêt de 3 ou 4 %. Pour différentes raisons, l’association souhaite que l’argent reste dans le pays (pas de remboursements en euros) : soit le prêteur le récupère dans le pays du prêt à l'occasion d'un voyage, soit il le réinvestit.

Prêter en France ?

Actuellement la loi interdit aux institutions de microfinance de se financer directement auprès du public. Cela pourrait changer et une organisation comme Babyloan pourrait se rapprocher de l'Adie pour aider de micro-entrepreneurs en France.

Pour en savoir plus sur le micro-crédit

Le livre de Muhammad Yunus : "Pour un monde sans pauvreté" - Etudes (poche) 2007

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