Révoltes au Burkina Faso en ce début 2011

Depuis mi-février, des émeutes sévissent au Burkina Faso, dont la presse française ne parle que très peu et qui pourraient aboutir à une véritable crise.

Mercredi 30 mars 2001 au soir l’ambassade de France au Burkina Faso avertissait ses ressortissants qu’un couvre-feu était décrété dans l’ensemble du pays, de 21 h à 6 h le lendemain matin.

Que se passe-t-il dans ce pays réputé calme, entre la Côte d’Ivoire et le Niger, qui ont fait ou font encore les titres de la presse ?

Depuis la mi-février, plusieurs villes du pays ont été le théâtre de manifestations : tout d’abord de la part de lycéens, puis de militaires, pour des raisons différentes.

Pour mémoire, le Burkina Faso, ancienne Haute–Volta, est un pays enclavé entre le Niger, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin. « Pays des hommes intègres » selon la traduction de son nom, le Burkina Faso avait la réputation d’un pays stable depuis la prise de pouvoir par Blaise Campaoré, lors d’un coup d’Etat et de l’assassinat du président en place, Thomas Sankara , en 1987.

Il y a bien déjà eu des émeutes à la suite de l'assassinat, en 1998, du journaliste Norbert Zongo qui menait une enquête susceptible de gêner le pouvoir.

En ce début de 2011, la mutinerie militaire qui fait suite à des révoltes lycéennes, a des origines différentes, mais risque de déboucher sur des événements graves.

Révoltes et exactions de militaires

Le 22 mars, des militaires sortaient de deux casernes de Ouagadougou, armés, pillaient le palais de Justice et des commerces, exigeant la libération de cinq de leurs camarades condamnés à des peines de prison allant de 12 à 15 mois à la suite une affaire de mœurs les opposants à des civils.

Les peines ont été suspendues, les condamnés ont été libérés, le calme est revenu, mais les magistrats, avocats et auxiliaires de justice, outrés, décidaient, dès le 23, de lancer une grève illimitée.

Le 29 mars, des faits similaires se sont produits à Fada N’Gourma, une ville à l’est du Burkina, non loin des frontières du Bénin et du Niger. Un soldat a été inculpé pour le viol d’une jeune fille de 14 ans. Ses coreligionnaires, armés de kalachnikovs, sont sortis dans la ville, tirant des coups de feu en l’air, terrorisant la population, et attaquant le palais de Justice d’un coup de roquette pour libérer leur compagnon.

Dans la nuit du 30, à Ouagadougou de nouveaux faits graves se sont produits : attaques par les militaires de la villa du maire de la capitale, Simon Campaoré*, proche du pouvoir, qui, selon la rumeur, aurait été grièvement blessé, et de celles ministre de la Sécurité également blessé et du chef d'état-major des armées.

Le régiment de sécurité présidentiel a bloqué, à proximité de Ouagadougou, des insurgés venus de Fada N’Gourma avec lesquels il a échangé des tirs.

Le président Blaise Campaoré s’est adressé à la Nation. Il devait réunir les chefs coutumiers et religieux le jeudi 31 mars et rencontrer des représentants de l’armée.

Des causes cachées

De tels comportements de la part de l’armée semblent impensables : si, dès qu’un de ses membres est condamné pour un crime avéré, ses compagnons réagissent en prenant les armes, c’est l’impunité assurée et leurs compatriotes peuvent être très inquiets. Certains expriment cette inquiétude en ligne.

Cependant, selon un résident français, il y aurait d’autres causes à ces mouvements de colère : «des revendications liées aux conditions de vie et plus particulièrement de logement qui servent de paravent à des revendications plus structurelles. Ainsi, la nomination à des grades supérieurs d'officiers proches du pouvoir et peu populaires dans l'armée a fortement déplu. Si on ajoute l’usure et la longévité de Blaise Campaoré au pouvoir, les perspectives sont inquiétantes ».

L’opposition appelle à la démission de Blaise Campaoré au pouvoir depuis 24 ans.

Mort suspecte d’un lycéen

A Koudougou, ville d’origine de Norbert Zongo,* un lycéen, est décédé le 20 février dernier après deux séjours au commissariat, à la suite de bagarres. Des émeutes ont éclaté dans plusieurs villes du Burkina. Un policier et un enfant sont morts, on a compté de nombreux blessés et des incendies de commissariat.

Ces événements n’avaient pas fait bouger le pouvoir. Avec une partie de l’armée dans la rue, il en est désormais autrement et le Burkina Faso risque de compter parmi les pays qui font la une de l'actualité.

*NB Au Burkina Faso, comme dans de nombreux pays d’Afrique, il y a de nombreuses homonymies entre nom de famille, deux personnes portant le même nom ne sont pas forcément parentes.

Sources:

RFI

:

Burkina Faso: la contestation des collégiens s'étend - 26/02/2011

Au Burkina Faso, des soldats tirent des coups de feu et pillent des boutiques - 24/03/2011

Burkina Faso: coup de force des militaires pour libérer un des leurs de la prison - 29/03/2011

Au Burkina-Faso, nouvelle protestation des militaires - 29/03/2011

Au Burkina Faso, les troubles se poursuivent à Fada Ngourma et Ouagadougou - 29/03/2011

Au Burkina, les militaires tirent une roquette sur le palais de justice de Fada Ngourma - 30/03/2011

Burkina Faso: le président Compaoré condamne l’action des militaires - 30/03/2011

Afrik.com :

Couvre-feu sans accalmie au Burkina Faso - P. Boureima Salouka 31/03/2011

Lefaso.net :

Dossier Justin Zongo - 23/02/2011

Sur le même sujet