S'expatrier en Roumanie : enfer ou paradis ?

De plus en plus d'entreprises se délocalisent en Europe de l'Est, et particulièrement en Roumanie. Mais est-il avantageux pour un salarié de s'expatrier ?
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Avec ses 22 millions d'habitants et son salaire minimum garanti qui ne dépasse pas les 170 euros, la Roumanie présente de nombreux avantages pour les sociétés occidentales, qui cherchent à faire des économies sur leur production. L'exemple le plus marquant a été celui de Renault qui a racheté les usines Dacia , pour y produire, entre autres, la Logan ou la Duster, avec le succès immédiat que l'on sait.

Pas de doute, ce sont les salariés roumains et leurs faibles revenus qui font tourner ses usines et permettent aux entreprises françaises d'engranger des bénéfices considérables. Mais qu'en est-il de ces salariés à qui l'on propose de partir quelques années suivre l'évolution du marché sur place ?

Lorsqu'il s'agit de reclassement d'ouvriers, avec salaires de base, la réponse est assez évidente. Les salaires offerts sont le plus souvent alignés sur ceux du pays d'accueil. Inutile de déraciner toute une famille pour à peine 1000 euros par mois. D'autant que cette somme suffirait à peine à garantir un niveau de vie égal à celui qu'elle avait en France.

Le prix des produits de base parfois aussi élevés qu'en France

La question est plus ardue quand il s'agit de cadres, à qui les entreprises offrent parfois jusqu'au double de leur salaire français, en raison de la prime de mobilité, pour se rendre en Roumanie. Les employeurs ont en effet la possibilité de verser à leurs salariés une prime pour pallier le coût du déménagement. Elle permet ainsi d'"appâter" les candidats à la délocalisation.

Ses salaires sont d'autant plus alléchants que le niveau de vie apparaît à tous comme bien moins élevé en Roumanie. Il convient néanmoins de se méfier des sirènes... Selon un sondage effectué en décembre 2010, le prix du pain, mais aussi du lait et des pommes de terre, était le même en Roumanie qu'en France... pour des salaires huit fois moins élevés ! L'étude d'Eurostat, " indices des prix à la consommation harmonisés ", réalisée en 2008, indique même que les prix des produits de base ont évolué quatre fois plus vite en Roumanie qu'en France entre mars 2007 et mars 2008.

Un taux de chômage officiel de 7,4%

Inutile donc de vous joindre aux 28 403 Français inscrits officiellement auprès du consulat (chiffre arrêté au 31 décembre 2010 et publié sur le site expatriés Sénat ) comme vivant en Europe de l'Est si vous n'êtes pas certain de toucher un revenu nettement supérieur à celui que vous avez en France. Le jeu n'en vaudrait pas la chandelle d'un point de vue strictement financier.

D'autant que le taux de chômage étant relativement élevé, avec 7,4% de la population active en recherche d'emploi (chiffres arrêtés en décembre 2010 et fourni par Eurostat), votre conjoint risque d'avoir du mal à trouver du travail.

Ou il ira rejoindre les quelque 25 % de la population (chiffre au 31 décembre 2010) vivant en dessous du seuil de pauvreté . Ce seuil, fixé à 60 % du revenu médian du pays, atteint 159 euros (en 2010). Et de nombreux travailleurs (temps partiel, missions courtes, etc), se retrouvent dans cette catégorie.

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