Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire

Envie d'une lecture légère et amusante? La série de Lemony Snicket est la série idéale. Mais attention, elle a plus d'une surprise en réserve.

Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire raconte une suite de malheurs, plus extraordinaires les uns que les autres, qui bouleversent la vie de trois enfants: Violette, Klaus et Prunille Baudelaire. La série de treize tomes se présente sous forme de romans-feuilletons. Son auteur Daniel Handler, qui l'écrit sous le pseudonyme Lemony Snicket, réussit à contourner la difficulté de la répétitivité grâce à son humour et au rôle qu'il donne à son narrateur.

Particularités narratives

Force est de constater que le narrateur a un très grand rôle dans le récit. Il est omniprésent et s'avère impliqué dans l'histoire qu'il conte. Sa voix est celle qui emplit les romans, bien plus que celle des trois enfants qui sont pourtant censés être les héros. Son lien aux aventures des Baudelaire éveille de façon subtile et progressive la suspicion du lecteur: n'est-il qu'un narrateur? Ou est-il un personnage? Il s'autorise souvent des pauses narratives qui peuvent avoir plusieurs buts. Le premier est de ménager du suspense car le narrateur arrête souvent le récit en pleine action. Mais sa présence est aussi le moyen d'amener un intervalle comique. Il peut par exemple se réapproprier une expression populaire et la détourner ou encore supplier au lecteur de se choisir un autre livre car celui qu'il a en main n'est que tristesse d'un bout à l'autre.

Humour et autres sous-entendus

Le ton des romans reste léger malgré toutes les mésaventures dont les Baudelaire sont victimes. Quoique leur profondeur psychologique ne soit pas explorée, chaque personnage est souvent caractérisé par des traits très distincts et parfois grotesques: Mr. Poe est enrhumé en permanence et est quelqu'un de passif, Violette agit avec une attitude maternelle envers ses deux cadets et est une inventrice dans l'âme... Cependant, le lecteur assiste à une certaine évolution des trois personnages principaux, surtout concernant Prunille.

Les romans débordent de jeux de mots et sous-entendus en tout genre. Par exemple, avant de rencontrer pour la première fois le Comte Olaf, les enfants passent devant la fontaine "Aléa". Pour le lecteur attentif, cette anecdote est lourde de sens et ne manquera pas de lui rappeler qu'aléa signifie "jeux de dés" en latin et a pris le sens plus large de "évènement imprévisible". Tout le monde se souvient également de la célèbre citation de César: "Alea jacta est" (le sort est jeté). Cette citation semble s'appliquer comme un gant à l'histoire. Le narrateur aime aussi à faire des clins d'œil à d'autres écrivains célèbres: dans Le Laboratoire aux serpents , un reptile a été nommé "couleuvre-Wolf de Virginie", allusion évidente à Virginia Woolf. Georgina Orwell dans Cauchemar à la scierie semble, quant à elle, un travestissement cocasse de l'écrivain George Orwell. Ironiquement, Georgina est ophtamologue et habite dans une maison en forme d'œil, évocations de Big Brother dans 1984 : "Big Brother vous regarde". Toutefois, certains jeux de mot sont beaucoup plus faciles à comprendre pour les lecteurs enfants, comme le lieu de travail de Mr. Poe: Comptoir d'escompte Pal-Adsu ("Compte-pas là-dessus").

Enfin le sous-entendu le plus évident se retrouve dans la structure même de la série. La série se compose de treize tomes, chacun sauf deux composé de treize chapitres. La récurrence de ce chiffre met en avant la malchance de nos trois héros. Paradoxalement, le chapitre treize de chaque livre révèle un élément de résolution et met en suspens, si peu de temps soit-il, le malheur des enfants. Cependant, le dernier roman La Fin surpasse ce stade de "suspension" et offre avec son quatorzième chapitre la vraie fin des mésaventures.

Film

L'adaptation cinématographique a gardé le plus fidèlement possible le caractère des personnages. Le Comte Olaf et ses manières grandiloquentes est joué magistralement par le très déjanté Jim Carrey. La voix narrative est également très présente ainsi que son humour. Par exemple, le début a dérouté plus d'un spectateur car il montre une sorte de comédie musicale sur la vie d'un elfe. En plein milieu d'une action, la machine à écrire sur laquelle le narrateur se bloque, créant une pause dans la narration. Même les bruits de Prunille sont sous-titrés. Cependant, le scénario change beaucoup, étant donné qu'aucune suite n'était prévue et le film nécessitait ainsi sa propre fin.

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