Exposition François Delebecque en région parisienne

Photographe, artiste sculpteur, pensionnaire de la Villa Médicis à Rome dans les années 80, François Delebecque sait faire de la matière un objet décalé.

Les dernières oeuvres sont exposées à la Voz'Galerie du 13 septembre au 24 novembre 2012. La Voz'Galerie, spécialiste de l'art contemporain, organise des rencontres avec des artistes et fait partie de l'association des galeries d'art Carré sur Seine.

De la photographie à l'illustration

François Delebecque commence par la photographie, puis l'illustration de livres, des séries policières, publiées chez Gallimard , et des livres pour enfants dont il signe aussi les textes, publiés aux Editio ns des Grandes personnes . Il réalise ensuite des courts-métrages en relation avec la fabrication d'oeuvres d'art comme les chariots ou autres structures métalliques, et enfin, il réalise des sculptures en acier. Son univers onirique nous entraine dans un monde bien particulier où le réel se confond avec l'imaginaire. Il s'agit d'animaux, de formes primaires, d'êtres humains, de natures mortes et de "machines"...

Certaines oeuvres font partie de collections permanentes, en France, à la Fondation Cartier, à la Bibliothèque Nationale de Paris, et à l'étranger.

Réalisations artistiques

L'évolution du travail de François Delebecque est constante. Il participe à des projets artistiques, de danse, en réalisant un film de commande du spectacle Mito Mito pour Georges Appaix et Pascal Houbin , (Correspondances avec Trônes), diffusé pendant le duo dansé. Il signe une des affiches du spectacle Ni d'Eve ni d'Adam de Pascal Houbin et Dominique Boivin en 2007.

Aujourd'hui, loin d'oublier la photographie du gorille de l'exposition Bestiaires en 2011, les oeuvres sont des objets marquants. On pense aux chariots ou dernièrement aux sculptures métalliques lumineuses exposées cette année.

Les structures et sculptures en acier

François Delebecque travaille autour d'une idée. En éclairant et en décalant la structure, la photographie, à l'arrière, l'image a plus de profondeur. Il utilise l'acier et le fer à béton.

Entretien avec François Delebecque

- Suite101: A quel moment vous êtes vous lancé dans le métier d'artiste sculpteur ?

FD: "Je suis d'abord photographe, et cela pour l'impact du "Réel" qui est la matière première de ma photographie; "Réel" qu'il me plait d'incurver, poétiquement, au gré de mes constructions intimes.

J'ai commencé la photo vers 15 ans et suis devenu "professionnel" et artiste en 1981 après avoir décidé de mon "orientation" lors d'un stage en Arles en 1976: la photo d'investissement artistique.

C'est un peu plus tard, en 1985, que j'ai commencé à sortir de la deuxième dimension en construisant des structures en acier (que je soude) recevant des photos tirées sur film transparent.

Puis je suis devenu constructeur de chariots "pour les transports amoureux et les transports de l'âme".

Et comme ils roulent je suis passé de l'image fixe à l'image animée, en réalisant 4 petits films artistiques et narratifs (qui ne sont pas des "vidéos").

J'alterne ces trois pratiques continuellement."

- Suite101: Vous n’êtes pas seulement sculpteur. Vous êtes photographe et vous confectionnez également des livres. Qu'est-ce qui vous semble le plus accessible?

FD: "Je dois différencier -et je les revendique- les différentes facettes de ma vie professionnelle, et elles sont complémentaires:

Je "vibre" essentiellement pour ma production artistique sous ses différentes formes : photographie "fine art" traditionnelle (argentique ou numérique), sculptures (des petites pièces aux chariots monumentaux) et films courts (mes (4) films sont narratifs, artistiques, muets mais avec une musique composée pour le film).

Dans mes travaux plus "alimentaires" j'ai très tôt travaillé dans l'édition (pour Gallimard avec le service jeunesse qui débutait (illustrations (photos) pour des Folio Junior Poésie, roman photo policier pour adolescent avec le romancier Michel Chaillou, etc… mais aussi couvertures de Série Noire, ou une campagne d'architecture gothique pour la collection l'Univers des Formes…).

Ainsi je suis venu au livre pour enfant; grâce aussi à ma rencontre avec l'éditrice Brigitte Morel, avec qui j'ai publié 6 de mes 7 livres photographiques , dans un domaine essentiellement dominé par l'illustration. Mais comme j'ai une écriture visuelle poétique…

Nous avons mis au point ce principe de silhouettes noires sur un volet que l'on soulève et qui découvre la même forme en couleur…(pour les tout petits); c'est un espace de recherche que j'apprécie beaucoup. J'essaye de faire un livre tous les deux ans. ( www.delebecque-livres.net )

Enfin dans une partie encore plus alimentaire j'ai été photographe de la revue d'informatique SVMmac pendant 24 ans qui me laissait une grande liberté créatrice pour mettre scène du matériel informatique… je peux dire que j'ai contribué à faire l'image du journal, grandement apprécié dans les milieux créatifs.

- Suite101: Poésie, géométrie, matière… votre travail réunit plusieurs paramètres. Quel est votre méthode de recherche ? Où trouvez-vous l'inspiration ? Comment rendez-vous cohérentes les interactions entres toutes les matières que vous travaillez ?

FD: "Dans cette première partie de ma vie artistique, j'ai suivi une chemin qui est une sorte de représentation de la structuration de mon intime.

Sans être spécifiquement psychanalytique, je suis une voie, une trace qui se construit, intuitivement, et à laquelle je ne peux échapper et qui me mène par le bout de ma création : par exemple ma première série ( Ces Plis là ) était une sorte de naissance décidée représentant les plis du ventre maternel dans les plis d'une toile de cirque, puis -une fois né- j'ai eu besoin de représenter la force dont j'allais avoir besoin pour affronter ma vie artistique donc j'ai réalisé cette série sur les Gorilles , ensuite je me suis tourné vers la Nature qui nous environne (série "Natures Souples", et suivantes (légumes etc…)) et progressivement je me suis approché de l'homme et le corps- siège de tout notre être, physique, mental, charnel, émotif- à travers mes nus féminins ou masculins.

Cette intuition construite me porte en grande liberté à ne pas me limiter à une pratique (photographique) mais à avoir l'ouverture vers d'autres pratiques qui complètent mon discours. Tout comme un peintre fait de la sculpture, de la gravure ou maintenant de la vidéo…"

- Suite101 : Lorsque vous dites "le réel, je le transforme : j'apporte une réponse poétique", quel est votre message, votre objectif ?

FD: "Dans la représentation de mon réel, je fais des choix esthétiques de cadrage, de format (j'ai beaucoup photographié et composé en carré), de qualité d'image, de noir et blanc) et conceptuels, portés par un désir intime d'élévation poétique, une aspiration à l'absolu qui prend parfois un chemin où l'humour est présent, le décalage, la distance, sans trop de manipulation artificielles, c'est un équilibre à trouver. On sait quand une photo est chargée de sa juste quantité d'investissement artistique…"

- Suite101: Pour la série : Hublots, cages et suspensions, Sculptures photographiques lumineuses, comment avez-vous envisagé votre travail ?

FD: "Proche de la matière, j'ai souhaité sortir des deux dimensions de la photographie sur papier, et j'ai réalisé, en 1985 lors d'une exposition à la Fondation Cartier (à l'époque à Jouy en Josas), une installation Le Temple de la Lune qui utilisait pour la première fois 3 tirages sur film installés dans un petit temple en plâtre réalisé par un ami sculpteur. Un petite lumière éclairait ces trois photos derrière un verre dépoli. C'est ce principe que j'ai mis en application dans mes différentes "petites" sculptures."

- Suite101: Vous utilisiez des câbles en acier dans votre précédente exposition Bestiaires. Pour celle-ci, vous vous servez d'hublots et de structures métalliques pour réaliser vos oeuvres. Comment les concevez-vous ? Le matériau est-il source d'inspiration ou simple support ?

FD: "Le matériau de base est le fer à béton tors que j'achète en barres de 6m que je découpe et soude.

J'aime alterner la rugosité de ce matériau avec la douceur des images, comme un rappel de la nature si délicieuse mais qui nous contraint à ses lois…

Je travaille toujours d'après croquis, d'abord une esquisse, puis un dessin de plus en plus technique. Certaines pièces sont réalisées à l'extérieur comme l'âme des hublots, ou quand j'utilise du verre que je fais découper par sablage haute pression.

On trouvera aussi fréquemment des bogues de châtaignes dans mes petites sculptures, où l'on retrouve encore cette chaleur piquante de la nature …"

- Suite101: Quels sont vos projets ?

FD: "J'ai déjà bien entamée une nouvelle série uniquement photographique, nocturne, végétale, et en couleur…

Je souhaite créer un spectacle, une succession de saynètes artistiques, pour montrer comment l'on se sert des chariots et dans quel but ils ont été construits.

Et découvrir de nouveaux champs d'investigations artistiques…"

Hublots, cages et suspensions-Sculptures lumineuses,

François Delebecque,

Exposition à la Voz'Galerie

41 rue de l'Est, 92100 Boulogne,

Tél/ 01 41 31 40 55

Du 13 septembre au 24 novembre 2012.

contact@vozimage.com

www.vozgalerie.com

www.françoisdelebecque.com

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