« Nos corps muets », Laurent Ducas, un premier roman.

Le premier roman de Laurent Ducas a été publié en début d'année 2012. Jeune auteur de notre temps, il signe ici un écrit sincère et poétique sur l'amour.
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Originaire de Tours, aujourd'hui parisien depuis plus de dix ans, Laurent Ducas ne manque pas de nous faire voyager à travers son roman. L'histoire se passe principalement à Paris, capitale de l'amour où il rencontre les différentes héroines, avec des va-et-vient à Toronto au Canada, à Moscou en Russie et pour finir un récit poignant sur les pays de l'Est.

Le récit de ces histoires passées paraissent réelles. Tout semble avoir existé. Est-ce la magie de l'écriture ou le talent de l'écrivain?

Le style est poètique. Laurent Ducas emploi le « je » du roman autobiographique. Il dresse une peinture des scènes les plus saisissantes. La personnification du monde rend le roman encore plus poètique et l'écrivain tourmenté comme le poète:

« Je me mettais à rêver d'une vie simple juste avec elle. Je ne voulais pas éblouir le monde de ma présence mais bel et bien qu'il m'oublie »

« Le monde devenait alors silencieux. » (p.122)

« Je la raccompagnai devant son hôtel avant de reprendre seul mon chemin, pour une ballade nocturne pleine de rêves sous le regard amusé, nostalgique et romantique de la lune. » (p.45)

L'auteur donne une vision moderne de l'amour, tout en soulignant que le manque de l'autre est intemporel, comme les ruptures et les rencontres. Ce récit est aussi le témoignage d'un amour. Laurent Ducas y fait référence à la fin et se livre totalement au lecteur en s'adressant indirectement à ses personnages:

« Je ne sais rien de leur vie sentimentale et je préfère ne rien savoir. Tout se qui m'importe est de penser à elle très souvent, à la fois tendrement et cruellemnt, et de savoir qu'elles me manquent aussi fortement que leur présence fut grande à mes côtés. » (fin)

Interview de Laurent Ducas:

-Suite101: Avez-vous toujours eu le goût de l'écriture? Quand avez-vous décidé de vous lancer dans l’écriture d’un premier roman?

LD: Oui, j’ai pris des cours d’acteur pour pouvoir écrire pour les autres. C’est une forme d’expression. J’ai décidé d’écrire ce roman, il y a environ quatre ans. Suite à une séparation sentimentale, je me suis mis à écrire ce roman. J’étais inspiré et je pensais à cette personne. On s’était promis de faire quelque chose de notre histoire. L’éloignement géographique nous séparait, comme dans le roman, et l’écriture est devenue notre lien.

J’ai toujours eu envie de raconter des choses, attiré par l’artistique et la politique.

-Suite101: « Nos corps muets », ce titre assez révélateur, fait-il réellement écho à des passages du roman?

P 185: « Ce lit et cette chambre...ne virent pourtant rien de bien plus intime que nos corps muets ».

LD: J’ai muri longtemps l’histoire du roman. Au début, j’étais incapable d’écrire sur l’intimité, sur l’aspect sexuel. J’ai trouvé que ce titre résumait ma pensée. J’étais très amoureux des corps mais le cœur l’emportait sur le physique. Dans le roman, la jeune fille kurde éprouve dans la relation amoureuse ce besoin physique. Instinctif chez ce personnage, l’amour est un rapport sauvage. Les relations avec les deux autres personnages féminins du livre le sont aussi. L’amour physique, sexuel n’est pas si important mais il est présent. Différentes étapes sont à franchir : la rencontre, la connaissance et la découverte de chacun, pour arriver à un rapport physique. Celui-ci n’est pas au premier plan. Les histoires sont en suspens, et l’amour n’est pas forcément consommé, point commun de ces trois filles. Elles ont des attitudes totalement différentes. Celle que l’on croyait délurée se révèle être réservée dans l’intimité et celle qui paraissait prude est en fait plus extravertie en privé.

-Suitre101: Les personnages de « Nos corps muets » semblent avoir existé. Est-ce avant tout un roman autobiographique?

LD: Le roman est réellement une autobiographie romancée. Rien ne s’est passé vraiment comme je le raconte dans le livre. Il y a des choses vraies au milieu d’histoires imaginées. Le roman se termine par des points de suspensions. Tout reste en suspens,comme ces histoires d’amour qui ne se finissent pas vraiment. Je souhaitais continuer ces histoires dans le roman par mes mensonges et mon imaginaire en racontant des scènes qu’elles n’avaient pas vécu.

-Suite101: La description de certaines scènes rende notre roman encore plus vivant et vous semblez écrire avec une certaine aisance. Le sujet vous a-t-il offert une grande liberté d'écriture?

LD: Nous quittons nos névroses avec l’amour. Ce roman m’a permis d’exprimer mon ressenti. Le véritable amour se traduit par la présence obsessionnelle de l’autre. Tout ce qui me semblait ennuyeux auparavant, devient avec l’être aimé un moment de bonheur. Je ne sais pas écrire sur quelque chose que je ne connais pas. J’ai donc écrit plus facilement. Tout m’est familier dans ce roman. J’ai appris avec ces histoires à apprécier les gens très différents les uns des autres. La relation avec la jeune fille kurde était une relation pure. Elle arrivait à Paris et n’était pas encore touchée, influencée par le système et la population.

-Suite101: Vous avez une vision de l'amour assez absolue, le récit est marqué par des ruptures et certains moments sont idéalisés. Vous faites le récit du boulversement de l'amour sur l'homme. Est-ce votre réelle vision de l'amour que vous révélez ici?

LD: Je suis très romantique. Je suis abîmé par cette vie moderne où l’amour est une chose parmi tant d’autres. Je mène presque un combat politique. Le paradoxe du personnage du roman est qu’il est à la fois très romantique et en même temps séducteur. J’ai souvent dit « Je préfère mon blues à celui des autres » car j’ai ma façon de penser et d’envisager l’amour. Je ne peux pas être quelqu’un d’autre. L’amour est important pour moi. Je ne préfère rien vivre plutôt que ces histoires raisonnables, sans risques.

-Suite101: Quels sont vos projets? un nouveau roman? la recherche d'un éditeur différent? Une adaptation cinématographique du roman?

LD: Je recherche un éditeur. Puis j’aimerais écrire l’adaptation cinématographique de ce livre. On ne fait pas assez, en France, de comédie romantique. C’est sous cet angle là que je l’envisage. J’aime l’humour. Je prépare également un deuxième roman.

« Nos corps muets », Laurent Ducas.

Auto-Edition. (2012)

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