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SÉBASTIEN NADOT

Publié dans : Les articles Histoire de Sébastien Nadot

1989 : la chute du Mur de Berlin annonce la fin de l'Empire russe

En cette fin d'année 1989, le Rideau de Fer qui sépare Est et Ouest est déchiré à Berlin. Le Mur, symbole de la Guerre Froide, est franchi librement.

Depuis 1961, Berlin est divisée en deux par un mur de béton, de fil de fer barbelé, parsemé de miradors et de bunkers, gardé sans relâche par des troupes frontalières est-allemandes bien armées.

Le 9 novembre 1989, la phrase maladroite de Günter Schabowski, haut responsable est-allemand, provoque une étincelle. Vraisemblablement surpris par la question d’un journaliste, il annonce à la télévision d'État que les citoyens est-allemands qui le désirent sont autorisés à quitter le pays "tout de suite, immédiatement". Le soir même, on danse sur le mur. Le régime politique est-allemand s'effondre.

Le gouvernement est-allemand à bout de souffle

En 1988, Erich Honecker, secrétaire général du parti communiste est-allemand (depuis 1971) et président du Conseil d'État (depuis 1976) apparaît déconnecté des réalités de la vie quotidienne de ses compatriotes. Sa politique économique et industrielle a mené son pays vers un déficit budgétaire de 120 milliards de mark-est, une dette extérieure de 20 milliards de dollars, sans compter les coûteux et hasardeux investissements dans la microélectronique et l'armement.

En place depuis trop longtemps, à la tête d'un état figé, Honecker est incapable d'amorcer les réformes nécessaires à un pays en crise économique, sociale et politique.

L'URSS abandonne son soutien à la RDA

Conscient des retards accumulés par l'URSS, Mikhail Gorbatchev initie une restructuration économique (perestroika) et une tentative de démocratisation du régime soviétique (glasnost) à partir de 1985. Les difficultés économiques et sociales de l'URSS ne sont pas pour autant surmontées. La crise et l'urgence à régler ses problèmes internes limitent l'intervention russe sur la scène internationale.

Les dirigeants des pays satellites du géant russe ne peuvent plus compter sur son aide économique ni sur le soutien de son armée. Le gouvernement de la RDA est confronté à ses erreurs.

Fuites massives via la Hongrie et contestation en Tchécoslovaquie et Pologne

Chris Gueffroy est probablement le dernier allemand de l’Est mitraillé pour avoir tenté de franchir le mur, le 5 février 1989. En effet, pour ceux qui veulent absolument rejoindre l’Ouest, des voies moins dangereuses se profilent. Sans trop se faire remarquer, car il s'agit d'un lieu de vacances habituel pour eux à l'approche de l'été, de nombreux Allemands de l'Est se rendent en Hongrie dont la frontière avec l'Autriche est de moins en moins hermétique.

Le 19 août 1989, un poste frontière est ouvert à proximité de Sopron, permettant à des dissidents hongrois et des intellectuels autrichiens d’organiser un pique-nique commun et à quelques 900 Allemands de l’Est de s’échapper du bloc de l’Est. Le 11 septembre, la Hongrie démantèle définitivement sa frontière avec l’Autriche, ouvrant une sérieuse brèche dans le Rideau de fer.

Il est difficile de dire avec précision où s'effondre en premier le Rideau de fer. En effet, le mécontentement populaire s'exprime dans la plupart des pays du bloc communiste sous des formes variées. Les manifestations massives sont nombreuses en RDA, en Tchécoslovaquie ou en Pologne. A Prague, les ambassades des pays de l'Ouest sont prises d'assaut par les Allemands de l'Est qui ne veulent plus les quitter que pour un billet vers le monde occidental...

La RDA sans pilote

Plusieurs grandes villes est-allemandes connaissent de grosses manifestations qui laissent les dirigeants sans réaction. Leur préoccupation essentielle consiste à édicter de nouveaux interdits pour mettre fin aux fuites massives vers l'Ouest par la Hongrie ou la Tchécoslovaquie.

À l'été 1989, Honecker, malade, est mis sur la touche par le "politburo" du parti communiste est-allemand. Les nouvelles décisions politiques tardent toujours à venir: ni Egon Krentz ni les autres dirigeants ne parviennent à sortir leur pays de cette impasse liée à 40 ans de dilution des responsabilités dans un système où la peur de l'autre freine toute évolution. Il ne se trouve personne pour réagir à une crise à la fois politique, sociale et financière qui dure depuis trop longtemps.

"Nous sommes le peuple"

Depuis plusieurs mois, des manifestations se tiennent partout en Allemagne de l'Est. Le 4 novembre 1989, un immense rassemblement de contestation a lieu à Berlin-Est, réunissant près d'un million de personnes autour de l'Alexanderplatz. L'un des slogans est : "Nous sommes le peuple" (Wir sind das Volk). Les policiers du régime communiste, pourtant très nombreux, ne réagissent pas.

Aucun dirigeant ne prend la décision de faire repousser par les armes les curieux ce 9 novembre 1989, lorsque les premiers Berlinois pourtant sceptiques se présentent devant les postes frontières du mur pour vérifier ce qu’ils ont entendu à la télévision.

Même s'ils viennent d'apporter leur soutien aux camarades du gouvernement chinois dans la répression sanglante aux manifestations de la place Tian'anmen à Pékin, les leaders est-allemands préféreront laisser libre cours à l'élan de liberté déferlant sur toute la RDA.

Joie et réunification allemande

Un mouvement populaire pacifiste mais déterminé s’impose. Berlinois de l’Est et de l’Ouest se retrouvent pour une étrange et joyeuse nuit de liesse. Les pays de l'Ouest paraissent plutôt surpris de l'effondrement si rapide du mur, pensant que l'URSS entraverait avec davantage de force ce mouvement.

Quasiment un an après la chute du mur, la réunification de l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest est effective, le 3 octobre 1990.

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SÉBASTIEN NADOT

Directeur éditorial : éd. An Zéro 2.0 (Toulouse)

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