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SÉBASTIEN NADOT

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Sébastien Nadot

Pourquoi le peuple de gauche aime (aussi) le sport business ?

Dopage, matchs truqués, travail précoce des enfants, publicité à outrance, fonds d'investissement étrangers qui s'offrent les clubs comme des bonbons...

Le modèle du sport business séduit toute la classe politique

Depuis une vingtaine d’années, le sport accumule inlassablement les casseroles sans provoquer de réaction de fond, ni à gauche, ni à droite. Si à droite, on peut pardonner les écarts et dérives d’un système qu’on soutient par ailleurs, comment se fait-il que la gauche n’utilise pas davantage le sport comme fenêtre ouverte sur les dégâts évidents du capitalisme ?

On vous promet la paix…

Le sport, assènent en continu les médias, apaise les tensions internationales. Certes, Thucydide décrivait déjà les Jeux olympiques de 428 avant J.C. comme « un temps de contacts diplomatiques pendant cette trêve sacrée ». Mais aujourd’hui, il y a tromperie : il s’agit bien plus de canaliser les ardeurs sociales internes à un pays, une région ou une catégorie d’individus que de diminuer l’intensité des conflits entre pays. Les grandes rencontres sportives mettent la plèbe et son souverain face à face. Et, là, le prince (les autorités politiques) en profite et se rend particulièrement populaire en acceptant de récompenser les acteurs et les champions que le public préfère, explique Paul Veyne dans Le pain et le cirque.

Ainsi, pour ne prendre que cet exemple criant, le football-spectacle n’est pas simplement un « jeu collectif » qui permettrait de rapprocher les peuples, mais une politique d’encadrement pulsionnel des foules, un moyen de contrôle social qui permet la résorption de l’individu dans la masse anonyme, c’est-à-dire le conformisme des automates, écrivent Jean-Marie Brohm et Marc Perelman.

Le peuple de gauche, qui ne souhaite pas l’asservissement d’un groupe social par un autre, se fait donc berner. La naïveté ne peut tout expliquer.

Un jeu de séduction bien rodé

Souvent séduit, le sportif (ou son spectateur) n’en est pas moins manipulé. Vers la fin du 1er siècle, Juvénal se désespérait de voir un jour le peuple romain se réveiller lorsqu’il écrivait ces mots : « Du pain et des jeux. » Rien n’y a fait jusqu’à ce jour. Les vendeurs de rêves sportifs mènent la danse.

Spectateurs, vous regardez un théâtre d’illusions. Agréable, distrayant, facile à comprendre. Comme l’oie gavée, le public ne sait plus tourner la tête pour se détourner de son délicieux poison. Pratiquants, vous voilà devant le miroir aux alouettes. Ici, les bénéfices de votre activité transformeront votre corps imparfait en une mécanique irrésistible.

Là, vous atteindrez bientôt le Graal du sport de haut niveau, un monde enchanté...

Emprunts à :

Thucydide, La guerre du Péloponnèse, Paris, 2000.

P. Veyne, Le pain et le cirque, sociologie historique d'un pluralisme politique, Paris, 1976.

J.-M. Brohm, M. Perelman, Le football, une peste émotionnelle, Paris, 2006.

Juvénal, Satires, X : Panem et circenses.

Pour aller plus loin :

L'odeur de l'argent. Le sport est-il par essence capitaliste ?

À propos de l'auteur

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SÉBASTIEN NADOT

Directeur éditorial : éd. An Zéro 2.0 (Toulouse)

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