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SÉBASTIEN NADOT

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Sébastien Nadot

Vote par internet : fausse bonne idée démocratique.

Difficile de faire une histoire des votes truqués tant les sources abondent. Les nouvelles technologies peuvent-elles améliorer le processus démocratique ?

Les élections truquées sont-elles réservées aux pays africains ou bien au mode de fonctionnement soviétique ? Le vote par internet apporterait-il de nouvelles garanties ?

Une pratique ancestrale

En remontant jusqu’au berceau de la démocratie, il est possible de trouver des exemples de triches lors des élections. En 133 avant J.-C., Rome, qui sort d'une troisième guerre contre Carthage, est au bord de la faillite. Les populations à la recherche de travail se massent dans la capitale tandis que la corruption règne au sommet de l'État. Lorsque les deux frères, Tiberius et Caius Gracchus (connus sous le nom des Gracques), prennent le parti du peuple et tournent le dos aux idéaux conservateurs des classes dirigeantes dont ils sont issus, ils doivent faire face à une riposte impitoyable du Sénat. Cette belle institution commence par acheter quelques grands électeurs puis fait assassiner les deux frères. Politiciens véreux, arrangements mafieux, élections truquées, la démocratie moderne sait de qui tenir…

Le pouvoir appelle le pouvoir

L’histoire montre que dans bien des cas, il paraît psychologiquement impossible pour un chef d’état d'organiser des élections et de les perdre. Aussi, celui-ci, qui détient les clefs du système d’élections, les organisent en assurant sa suprématie, quelle que soit la réalité des votes. Les méthodes sont connus et nombreuses. Mais s’y opposer est beaucoup plus difficile puisque ceux là même qui organisent le scrutin et en prononcent les résultats sont intéressés dans la reconduite de leur situation.

L'informatique : outil de fraude à grande échelle ?

Avec les machines à voter, un nouvel écueil vient entacher toute élection.

Quelques génies de l’informatique disposent probablement des éléments pour trafiquer les décomptes… Alors que de nombreuses villes françaises sont équipées de machines à voter, le doute existe. Le cas de la ville de Grenoble est exemplaire. Après avoir envisagé de s’équiper en machines à voter, elle fait finalement marche arrière. Gilles Kuntz, adjoint au maire et maître de conférences en informatique, explique : « Cet important investissement, dont la rentabilité est loin d’être prouvée, pose de sérieux problèmes démocratiques. L’accès au code source de ces ordinateurs est impossible, même pour la Ville de Grenoble, qui désire les acquérir. Nul ne sait si les experts du ministère qui ont donné l’agrément de ces machines ont pu eux-mêmes examiner ce programme et prouver son exactitude et son inviolabilité. »

Bourrage planétaire

Il est impossible d’être exhaustif sur le sujet tant le nombre de pays ou l’on peut recenser des triches lors des élections est élevé. La période soviétique est des plus illustratives. Les élus à plus de 90 % des suffrages exprimés y étaient légions. Certains pays satellites de l’URSS, quand ils s’autorisaient des élections, en avait fait une méthode. Même si la récente élection au Sénégal est encourageante, le continent africain – pays d’Afrique du nord inclus – paraît gangrené par un vote systématiquement truqué. Peut-être peut-on y voir là l’empreinte des anciens pays colonisateurs car il serait hâtif de les juger exemplaires…

Si la dernière élection de Poutine est considérée par beaucoup d’observateurs comme largement entachée de fraude, que les élections en Ukraine de 2004 avaient mis 500000 personnes dans les rues en raisons des fraudes, des pays considérés comme davantage ancrés dans la démocratie ont également leur part d’ombre. Ainsi, aux Etats-Unis, les élections de 1960, de 2000 et de 2004 ont été entachées d’irrégularités. Le président Bush semble avoir bénéficié d’un comptage très discutable en Floride pour son élection en 2000...

Des pratiques franchouillardes peu recommandables

En France, l’élection présidentielle des présidents de la 5e République ne semble jamais avoir eu à souffrir d’une fraude inversant les résultats. En revanche, dans les élections locales, le vote pour le rattachement de la Savoie à la France reste comme un bel exemple de manquement aux principes démocratiques. Plus près de nous, le maire du 5e arrondissement de Paris a été naguère condamné pour avoir fait voter des morts… Enfin, la « fraude à la chaussette » des élections municipales de Perpignan est restée dans les mémoires comme un exemple truculent des tricheries des édiles locaux.

Antidote introuvable

Si certains cas ont pu être jugés par la justice, on peut imaginer le nombre de fois où l’impunité est restée la grande gagnante des élections. Risquée mais techniquement largement faisable, la fraude est une arme redoutable entre les mains d'un pouvoir qui ne saurait plus reconnaître les principes démocratique.

Rien ne permet de garantir l'honnêteté d'une élection, d'autant plus quand les enjeux en sont importants. La confiance dans un vote totalement électronique est impensable. Une seule personne pourrait (certes avec du talent) inverser le résultat d'une élection en allant jouer un peu des codes sources et autres joies du net. Avec l'externalisation des données de chaque machine (le fameux "cloud"), qui peut dire ce qui se passe des informations lorsqu'elles sont en transit, quelque part entre hébergeurs, serveurs et sites...

Sources :

- sérieuses

Ministère de l'intérieur

Site de la chaîne Public Sénat

La primaire UMP face au risque de fraude, le monde 31 ami 2013.

- imaginées

La théorie de l'information, Aurélien Bellanger

PAMPHLET 2.0, sébastien nadot (roman numérique... où toute ressemblance avec des personnages de la vie réelle serait fortuite)

À propos de l'auteur

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SÉBASTIEN NADOT

Directeur éditorial : éd. An Zéro 2.0 (Toulouse)

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