Burj Khalifa : la plus haute tour du monde culmine à 828 mètres !

2010 : la plus haute tour du monde est inaugurée à Dubaï. En dépit de la crise, ce chantier titanesque incarne le dynamisme effréné des Emirats arabes unis.
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Nés de l'éclatement des "Etats de la Trêve", un protectorat de l'empire colonial britannique, les Emirats arabes unis (EAU) se constituent en fédération en 1971.

Sept émirats composent ce jeune Etat : Abou Dabi, Dubaï, Fujaïrah, Ajman, Charjah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn.

Dans les années 60, les premiers puits de pétrole sont découverts, essentiellement dans l'émirat d'Abou Dhabi, faisant la richesse du pays. Grâce à cette extraordinaire manne (les EAU sont parmi les plus grands exportateurs mondiaux de pétrole, derrière l'Arabie Saoudite et la Russie), le pays a connu un développement rapide de son niveau de vie.

Au tournant des années 2000, les EAU ont élargi leur activité économique au-delà de l'industrie du pétrole pour s'intéresser davantage au tourisme, commerce de luxe, port franc, immobilier et armement...

Prestige international

En 2003, la société immobilière Eemar property annonce son intention de lancer un programme immobilier de grande ampleur. Il s'agit ni plus ni moins que de créer un nouveau quartier : commerces, bureaux, habitations (30 000 résidences), un lac artificiel, 19 tours de plus de 100m, le tout avec en son centre un immense building de 560 m de haut qui deviendrait le plus haut du monde.

Dubaï est alors en plein boom : le Burj al Arab, somptueux hôtel en forme de voile de bateau a été construit avec succès sur une île en front de mer (achevé en 1999). Le projet de construction d'une île de sable en forme de palmier a également été lancé (2001). La frénésie immobilière sur fond de bulle spéculative immobilière permet de tout imaginer à Dubaï. Eemar property parvient à réunir suffisamment d'investisseurs pour démarrer son projet pharaonique.

En cours de route, les choses changent : d'autres projets de tour à plus de 600m s'annoncent sur la planète. Qu'à cela ne tiennent, le projet de la tour centrale est revu... à la hausse. Les architectes de Skidmore, Owings and Merrill , une agence dont le siècle est à Chicago, travaillent d'arrache-pied pour assurer leur commanditaire de la réussite de leur ambition.

Rivalités internes sur fond de crise.

Un autre problème se profile en cours de construction : la crise et les problèmes de financement sont là. Certains investisseurs ne peuvent assurer leur engagement. La menace pèse sur l'achèvement de l'édifice. C'est alors que l'émirat d'Abou Dhabi vient en aide à son cousin de Dubaï.

Khalifa bin Zayid Al-Nahyan est le président des EAU tandis que le cheikh Mohammed ben Rachid Al Maktoum, souverain de l’émirat de Dubaï, en est le vice-président et Premier ministre. Bien qu'appartenant au même pays, il existe une certaine rivalité entre les deux principaux émirats (Abou Dhabi et Dubaï).

Aussi, lorsque Dubaï est au bord de la banqueroute alors que la tour n'est pas encore terminée, c'est Abou Dhabi qui vient en aide à Dubaï mais avec une condition de taille : la Tour de Dubaï (Burj Dubaï) devient la Tour de Khalifa (Burj Khalifa), du prénom du président des EAU, issu de l'émirat d'Abou Dhabi, dont les finances, assises sur le pétrole sont encore fiables.

Une folle aventure architecturale

Avant la crise de 2007-2008, il se disait que la moitié des grues de la planète se concentrait aux EAU pour construire de nouveaux gratte-ciels.

Les conditions idéales étaient réunies : peu de contraintes d'urbanisme (on construit sur du désert, là où il n'y avait rien), l'argent coule à flot pour financer des projets originaux (ici une tour en forme de lentille, là, une autre encore plus penchée que la Tour de Pise...) et aussi, une main d'oeuvre très bon marché issue pour l'essentiel des pays asiatiques voisins afflue en dépit de condition de travail souvent dures.

Pour un coût évalué à plus d'un milliard d'euros, la Burj Khalifa est sortie de terre pour s'achever à 828m de haut (sans l'antenne, le toit se situe à 739m). Elle compte 206 étages, dont 40 pour la maintenance.

L'architecte en chef, Adrian Smith, et l'ingénieur en chef des calculs de structure, Bill Baker, de structure ont eu besoin de faire couler 45 000 mètres cubes de béton pour les fondations puis 330 000 pour la tour. L'aluminium utilisé représente celui qu'il faut pour construire 5 airbus A380, sans compter l'acier ou le verre. Certains des 57 ascenseurs peuvent atteindre une vitesse de 36 km/h.

La démesure est partout, de la consommation quotidienne en eau à l'électricité, en passant par la climatisation. A moins qu'elle ne soit seulement adaptée à la plus épatante construction du XXI siècle.

Un pari commercial ?

Un tel édifice peut-il être rentable ? Directement, il ne semble pas possible d'obtenir un retour sur investissement positif. Mais, à travers des projets comme celui-ci, les EAU visent à attirer le regard (et les devises) de toute la planète.

Armani a ouvert il y a près d'un an son hôtel grand luxe. Il y a peu, un restaurant, le plus "haut restaurant du monde", a été ouvert au 122e étage à plus de 420 mètres de haut. L'AT.mosphere est luxueux et sans pareil, pas seulement pour ce qu'il y a dans les assiettes.

Aujourd'hui, la tour s'enorgueillit chaque jour de nouveaux magasins, de nouvelles enseignes. Après le ralentissement lié à la crise économique mondiale, les choses semblent reprendre le chemin prévu initialement.

Le pari est osé. Chacun appréciera. A l'aube du XXe siècle, les détracteurs de la Tour Eiffel aussi étaient légion.

Sources:

Burj Khalifa, la nouvelle merveille de Dubaï : la plus haute tour du monde avec vue imprenable sur la crise, de Nathalie Perennes.

Le site de Burj Khalifa (en anglais) avec toutes les informations concernant sa construction et sa commercialisation.

Le site de l'agence d'architecture Skidmore, Owings and Merrill (en anglais) responsable du projet.

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