La Grèce antique orpheline après la mort de Jacqueline de Romilly

Le décès de la plus grande spécialiste, en France, de la civilisation et de la littérature de l'Antiquité grecque laisse un vide.

Jacqueline de Romilly, née en 1913, membre de l'Académie française et première femme nommée professeur au Collège de France, est décédée à l'âge de 97 ans.

Des études brillantes

Reçue à l'agrégation de lettres en 1936, après un passage à l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm (Paris), elle avait été suspendue de ses fonctions de professeur par le régime de Vichy, en 1941, en raison de ses origines juives.

Une thèse de doctorat sur Thucidyde

En 1947, elle obtient son doctorat: Thucidyde et l'impérialisme athénien, la pensée de l'historien et la genèse de l'œuvre (publié aux éditions Les Belles-Lettres à partir de 1961).

Une enseignante pour des générations d'étudiants

Erudite, elle enseigne à l'université de Lille puis à la Sorbonne à partir de 1957. Traduisant les textes de Thucidyde, elle développe des analyses approfondies des textes d'Eschyle, d'Homère ( L'Iliade et L'Odyssée ). Ses recherches sont alors internatonalement reconnues.

La reconnaissance internationale

En 1973, elle obtient la chaire de la Grèce (formation de la pensée morale et politique) au Collège de France, où elle est la première femme professeur, tout un symbole pour celle qui a traversé le XXe siècle en étant touchée de près par tous ses tourments (son père est mort pendant la guerre de 14-18).

En 2009, un collège de Magny-le-Hongre (Seine-et-Marne) est baptisé Collège Jacqueline-de-Romilly. L'érudite a su se faire aimer des plus grands esprits comme de tous ceux qui étudient. Sa passion était communicative.

Un esprit curieux durant toute sa vie

Cette chercheuse n'a jamais vraiment arrêté ses travaux même si ses problèmes de vue avaient diminué ses capacités de travai. Cet hommage reflète une carrière impressionnante, autant en direction du cercle fermé de la recherche que des médias et de la jeunesse.

Un vide bien difficile à combler...

La disparition de la plus grande helléniste française (et peut-être mondiale) accompagne la progressive désaffection pour les études sur la Grèce antique qui est pourtant l'un des berceaux de notre civilisation. Il reste à espérer que la mort de Jacqueline de Romilly permettra de raviver cette flamme universitaire qu'elle a porté toute sa vie.

Le grand public, lui, ne semble pas bouder les émissions ou les ouvrages sur l'Antiquité, pour peu qu'on se donne la peine (et les moyens) de lui proposer des voies d'entrée pas trop obscures, ce que Jacqueline de Romilly savait faire parfaitement.

Voir aussi :

- une interview en 2007 de Jacqueline de Romilly

- Discours à l'académie française en 1989.

- Hommage à Jacqueline de Romilly, émission de France Culture : La fabrique de l'histoire (55 min) en registré en 2005 .

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