Le sport, miroir de la société ? Emotions fortes, jeux et dérives

L'écrivain François Bégaudeau (Hors les murs) a croisé le fer avec les philosophes R. Redeker et M. Perelman lors du salon du livre de Toulouse. Sportif !
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Dans le passionnant débat offert par le salon du livre de Toulouse, les trois invités ne s'accorderont guère que sur une chose : le sport n'est pas vraiment un miroir de la société. Alors qu'est-ce que c'est ?

Un besoin anthropologique à la dérive

Pour Robert Redeker (auteur notamment de Le sport est-il inhumain ? et de L'emprise sportive ), le sport est la matrice de notre société. Rien de moins ! Ce raisonnement inversé a de quoi surprendre et sa justification n'est pas développée. Redeker ne voit donc pas dans le sport un miroir de la société, notamment parce que l'un et l'autre ne sont pas deux entités séparées, distinctes dans l'espace.

Le sport, poursuit R. Redeker, est antinomique du jeu : il est une forme de propagande permanente pour le libéralisme économique qui exalte les marques, la consommation à outrance mais aussi la loi du plus fort, le mépris des plus faibles, le culte de la performance, de l’évaluation, de la maximisation des forces, de la concurrence forcenée... Le sport serait un objet anthropologique fourvoyé qui aurait pris la place du jeu.

Les failles n'interdisent pas l'émotion et le plaisir

François Bégaudeau, écrivain artiste (Palme d'or du festival de cannes en 2008 pour la réalisation du film Entre les murs ), prend une position différente, non sans avoir au préalable déploré les dérives et dégâts qui traversent régulièrement le sport. Pour lui, le sport induit l'émotion, qu'il soit vécu ou vu. Le supporter ne se réduit pas à son état de supporter. C'est un individu qui à un moment donné décroche de la réflexion profonde pour prendre de l'émotion immédiate dans l'activité sportive. Le sport appelle les élans du coeur et contient en lui de nombreuses contradictions. Il n'est pas pour autant à rejeter dans son ensemble. Le jeu et le plaisir qu'il procure empêchent de réduire le sport à un grand ensemble néfaste au service de puissances obscures. Ouf ! Regarder ou faire du sport ne fait pas nécessairement de nous des abrutis...

Un outil de gestion pour un projet politique de domination des masses

En pionnier de la critique systématique du sport, Marc Perelman (auteur de Le sport barbare ou encore de Le football, cette peste émotionnelle ...) expose une approche crépusculaire du sport. Le sport est par essence un outil au service d'un projet politique : celui du libéralisme, des forces de l'argent et de la compétition à tout crin. Rien à ses yeux de positif dans le sport. Il suffit de mesurer le dopage, de considérer la peur d'aller au stade pour des gens normaux, de constater la violence générée par le sport. Sa vision très claire de ce qu'il considère comme le véritable premier média de la planète est sans concession. Le sport est par essence mauvais et ne trouve aucune excuse.

De ces trois visions le plus souvent opposées ressort que le sport est un phénomène complexe, souvent réduit à ses symptômes, rarement entrevu comme un objet au passé très riche et lointain, hautement révélateur de la nature humaine.

Pour aller plus loin :

Marc Perelman

François Bégaudeau

Rober Redeker

et aussi :

Sport et argent : une vieille histoire d'amour

Histoire et géopolitique du sport

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