Les Jeux Olympiques modernes sont nés au Moyen Age !

L'histoire des Jeux Olympiques mérite que l'on s'arrête sur la période médiévale. On y trouve avec surprise tous les ingrédients du sport moderne.
30

Le sport actuel balance entre deux visions opposées : magnifié pour les valeurs qu’il véhicule dans un discours souvent naïf ou bien décrié pour ses excès. On peut donc être tenté d’interroger son passé pour mieux connaître sa nature.

La plupart des historiens attribuent au sport une date de naissance très récente, autour de la fin du 18ème siècle. Elle correspondrait à l’émergence et à la diffusion des normes de la révolution industrielle jusque dans les loisirs corporels, sans lien avec les pratiques physiques des siècles précédents.

Curieusement, les Jeux Olympiques – fleuron essentiel du sport contemporain – échappent à cette histoire raccourcie. Pierre de Coubertin et ses épigones parlent d’ailleurs de rénovation des Jeux Olympiques, en référence à ceux de l’Antiquité. La filiation entre des pratiques physiques ancestrales et actuelles ne semble alors plus gêner personne, à ce détail près qu’environ 1500 ans séparent les derniers Jeux Olympiques antiques des premiers de l’ère moderne.

Les origines médiévales des valeurs olympiques

Le médiéviste Georges Duby considère que la chevalerie s’est construite progressivement sur les bases d’un système de valeurs partagées par les membres de l’aristocratie militaire à partir du 11ème siècle. Ce système, dit-il, s’est organisé « autour de trois pôles : la prouesse, la loyauté et la largesse (c’est-à-dire le mépris des richesses, le refus de les accumuler et l’obligation au contraire de les dissiper pour le plaisir, par la fête). La chevalerie est également liée à l’idée de justice, qu’elle soit royale ou chrétienne.

L’honneur découle de la loyauté et du respect, dans son groupe d’appartenance, de la parole donnée. Il s’inscrit dans la lutte pour la respectabilité. Quand l’honneur est mis en cause, il mène au défi. Mais souvent, il ne s’agit que d’un jeu et la question peut se régler courtoisement par un combat amical. La courtoisie (apparue plus tardivement vers le 12ème siècle) s’exprime par un double jeu : la séduction des dames mais aussi des membres les plus importants de la cour, au sein de laquelle, la compétition sociale est forte. Pour essayer de gagner la confiance, d’engendrer la sympathie ou l’amour, les chevaliers adoptent des conduites ajustées à la société de cour. Le jeu courtois est un jeu d’apparence qui repose sur un code social implicite motivant notamment les chevaliers à jouter.

Entre guerrier et courtisan, le champion médiéval, c’est-à-dire celui qui excelle dans les combats amicaux, est profondément imprégné par ces valeurs. Elles connaissent une sorte d’uniformisation à l’échelle des cours européennes.

L’idéal chevaleresque précède l’idéal olympique

La construction progressive de l’idéal chevaleresque européen s’appuie aussi sur la pénétration des préceptes religieux chez les guerriers. Mais, il faut surtout souligner l’influence grandissante des milieux de cour sur les jouteurs, imprégnés par la littérature, notamment celle des légendes du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.

Cette culture commune des chevaliers fondée sur un art militaire partagé, des préceptes religieux similaires et renforcée par le souffle courtois qui balaye toute l’Europe à partir du 12ème siècle, donne un lustre magnifique aux champions médiévaux et une assise solide à l’idéal chevaleresque.

Dans l’exercice des joutes, les valeurs chères à l’idéal chevaleresque guerrier et courtois se traduisent par des conduites spécifiques. L’exigence de prouesse se décline dans les lices par la démonstration de sa force, de son endurance, de son habileté et de sa supériorité sur l’adversaire. L’esprit de compétition et de performance en sont les corollaires. En effet, le champion s’affirme en prenant le meilleur sur son opposant dans un contexte compétitif avec le souci d’effectuer une performance mémorable (notamment lorsqu’un même champion affronte successivement une grande quantité d’adversaires).

Exacerbée, la volonté de prouver sa supériorité pousse les combattants à la fanfaronnade, à la provocation, une manière supplémentaire de pimenter l’exercice, de susciter la curiosité des spectateurs, de se donner du courage. Les bravades qui égaient l’avant combat s’inscrivent dans le jeu de l’honneur et du paraître, caractéristique de la courtoisie.

Et si le fair play n’était pas anglais ?

Une autre valeur est essentielle dans l’univers des champions médiévaux : le fair-play. Le mot est anglais et appartenait déjà au vocabulaire de Shakespeare. Il désigne une conduite honnête dans un jeu, recouvrant à la fois le respect de l'adversaire, des règles, des décisions de l'arbitre, du public, l'esprit du jeu ainsi que la loyauté, la maîtrise de soi et la dignité dans la victoire comme dans la défaite. L’étude des traités de chevalerie montre que dès le 13ème siècle, les caractéristiques du fair-play sont connues des champions. Précisant que les chevaliers doivent éviter la trahison comme l’orgueil, le Libro de la orden de Caballeria, (écrit vers 1275, par le Majorquin Ramon Lull se présente comme le parfait manuel du fair-play. Un champion intègre donc plusieurs types de règles lorsqu’il s’engage dans les lices : les règles de combat, explicites, le plus souvent écrites et lues, celles qui découlent du code courtois et celles du fair-play, implicites, que les chevaliers intègrent plus ou moins consciemment.

La rencontre de l’art militaire avec les valeurs courtoises médiévales a donné naissance au respect de l’adversaire qui se traduit dans les situations de jeu par le fair-play, indéniablement antérieur à la morale qui dirige le sport de la bourgeoisie anglaise du 18ème siècle.

L’origine Antique, quasi-mythologique, des Jeux Olympiques modernes est certes la plus connue, mais l’empreinte médiévale sur le sport contemporain est vraisemblablement beaucoup plus forte…

Sur le même sujet