L'incendiaire : roman d'une femme dans la tourmente totalitaire

Le premier roman publié de Catherine Debras évoque un combat difficile : celui qu'on mène contre soi quand on pense lutter contre les autres. A lire !

"En bas, dans l’angle du tableau, quelqu’un fuit. Homme ou femme, sa silhouette improbable ne permet pas de l’identifier. Il est nu, le corps porté à incandescence. On ne sait pas s’il souffre..."

Ainsi commence le roman de Catherine Debras, paru aux éditions Kirographaires, fin 2011.

Dans celui-ci, une femme vit dans une maison isolée avec ses nombreux enfants tandis que leur père, souvent éloigné du foyer, se livre à des activités secrètes.

Entre illusion et réalité

Probablement pour échapper à une réalité qu'elle trouve trop décevante ou plutôt terrifiante, cette femme construit autour d'elle une deuxième vie imaginaire très riche. Sa vie familiale est pourtant très fournie : famille nombreuse, mari aimé... Mais peut-être cette vie trop à l'écart du monde, perçu comme écrasant, est-elle à l'origine de cet état intérieur instable, propre à faire place à une imagination débordante, parfois obsédante.

Introspection

Les années passent, d'une naissance à l'autre, jusqu'à avoir six enfants. Mais cette mère avoue ne pas se reconnaître en eux : "Je ne me reconnaissais pas en eux, mais cette étrangeté me les faisait aimer davantage". De plus en plus souvent, elle abandonne ses plus petits à la garde de son aînée, se faisant entraîner dans de longues promenades au cours desquelles elle se laisse aller à la rêverie. Cette rêverie, dont on ne sait si elle ne touche pas de temps à autre au réel, nous promène sur les chemins de l'étrange.

Mais qui est étrange ? Elle ? Sa relation adultère à un amant peu vraisemblable ? Le monde qui l'entoure ?

Retour sur terre ?

Jusqu'à la dernière page, l'issue du roman est incertaine. C'est là toute la réussite de l'auteure : nous mener jusqu'à un dénouement que l'on n'attendait pas mais qui après coup, paraissait inévitable.

L'art et la manière

Catherine Debras réussi avec L'incendiaire un bon premier roman. Tout d'abord, il faut remarquer la belle écriture qui sert l'histoire. Ensuite, l'originalité des personnages et des situations est parfaitement maîtrisée. Enfin, l'atmosphère - parfois pesante - du roman permet d'aborder le totalitarisme non pas du point de vue politique mais sous l'angle psychologique.

Auteure à suivre

Il y a fort à parier que Catherine Debras ne s'arrêtera pas là. Chez Kirographaires ou dans une autre maison d'édition, l'auteure Nancéienne devrait nous offrir d'autres belles pages d'écriture... C'est du moins à espérer !

Référence : Catherine Debras, L'incendiaire , éditions Kirographaires, octobre 2011.

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