Sport, politique et diplomatie : argent et pouvoir à la clef

Traversé par les questions financières, le sport est façonné par le jeu politique. De tous bords, les politiques ne s'y trompent pas et s'en empare...
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A la lumière des récentes affaires qui traversent le sport : paris en ligne, matchs truqués, investissements étrangers massifs dans les clubs de football, il apparaît que l'argent est un acteur essentiel du sport. Politique et diplomatie sont également de la partie. En effet, le sport s’envisage comme instrument de premier plan car il met en relation les élus avec les citoyens, souvent publiquement.

Organiser les compétitions pour soigner son image

Pour l’organisateur d’un évènement sportif, qu’il soit le maire de la ville, le président du pays (de Jacques Chirac et la Coupe du monde de football de 1998 à François Hollande fier de ses athlètes au J.O. de Londres en 2012) ou de toute autre autorité, les retombées sont peut-être plus prestigieuses que financières, mais cela induit parfois son pouvoir et une réélection.

Les conséquences politiques sur le sport au sein d’un pays prennent plusieurs formes.

Exalter les oppositions pour renforcer les solidarités

L’attitude des sportifs comme modèles à suivre, ou comme anti-modèles, alimente fréquemment les discours publics de même que le jugement négatif porté sur les manifestations de racisme ou les débordements des hooligans qui entourent les enceintes sportives. L’exaltation de l’esprit de clocher (Bayonne contre Biarritz en rugby, Marseille contre Paris en football) ou au contraire du nationalisme (l’équipe de France face aux All Blacks) ont aussi très souvent des répercussions sur le jeu politique.

Canaliser la violence sociale

De nombreuses tentatives sont engagées pour canaliser la violence sociale vers les terrains de sport (politique de la ville, éducation nationale…) Les expériences menées aboutissent à des résultats mitigés mais permettent de s’interroger sur le rôle des fêtes sportives comme éventuels substituts à la violence ou à la guerre, reportant les conflits sur des terrains plus acceptables.

Nouer des relations ou jouer dans la cour des grands

Dans le jeu diplomatique, le sport est fréquemment utilisé, comme ce 10 avril 1971, lorsque neuf joueurs de ping-pong et quatre hauts responsables, tous américains, accompagnés de dix journalistes franchissent un pont reliant Hong Kong à la Chine, lançant ainsi « la diplomatie du pingpong ». Cette aventure sportive d’une semaine atténue-t-elle les tensions de longue date entre Washington et le gouvernement communiste de Pékin ?

Pour l’ancienne Allemagne de l’est ou pour Cuba, le sport a servi de vitrine : en montrant la domination de leurs athlètes sur la scène sportive internationale, ces pays souhaitaient prouver la supériorité de leur modèle politique, la compétition sportive se confondant alors avec la compétition politique.

Le sport est peut-être « une parodie dévorante de la politique » qui sert les pays à accroître la puissance en impressionnant les esprits. Les tractations avec la Chine sur fond de Jeux Olympiques de 2008 montrent clairement l’implication du sport dans la sphère diplomatique.

Un même esprit de compétition

Par ailleurs, probablement agité par leur esprit compétiteurs, les gloires du sport sont nombreuses à tenter une seconde carrière en politique. Des français Borotra, Calmat, Mazeaud, Drut, Douillet, Lamour aux étrangers Pelé, Vatanen, ou Weah, la deuxième carrière de nombreux athlètes de renom prouve aussi l’immixtion du monde sportif en politique.

Le sport ne se développe pas en circuit fermé. Il est entièrement ouvert aux influences de la politique, de la diplomatie, de l’argent et du climat de la société.

C'est probablement la raison pour laquelle dès qu'une affaire traverse le sport - dopage, matchs truqués... - les politiques s'en empare désormais à coup d'effets médiatiques, pour en faire leur miel et prodiguer quelques bonnes leçons de morale.

Sources :

Sport et argent , La documentation française, Paris, 2008.

Bourg J. F., Gouguet J.-J., Economie politique du sport professionnel: l’éthique à l’épreuve du marché , Paris, 2007.

Redeker, R., L'emprise sportive , Paris, 2012.

et aussi :

http://suite101.fr/article/sport-et-argent-une-vieille-histoire-damour-a35729

http://suite101.fr/article/histoire-et-geopolitique-du-sport-a18184

http://suite101.fr/article/le-developpement-du-sport-en-france-au-debut-du-20eme-siecle-a14513

http://suite101.fr/article/les-jeux-olympiques-modernes-sont-nes-au-moyen-age--a34026

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