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SÉBASTIEN POLET

Publié dans : Les articles Histoire de Sébastien Polet

La fin de l'Ancien Empire égyptien fut-elle causée par Pépy II ?

Pépy II fut souvent considéré comme un roi faible qui provoqua la chute de l'Ancien Empire, un conte ancien décrivit la vie secrète du roi.

En 1993, l’égyptologue français Jean Vercoutter rejeta l’idée d’une fin de l’Ancien Empire égyptien provoquée par des phénomènes climatiques (théorie de Barbara Bell). Pour J. Vercoutter, les facteurs climatiques ont contribués à la chute de l’Ancien Empire, ils ne l’ont pas provoquée.

Des causes politiques pour comprendre la fin de l’Ancien Empire ?

L’égyptologue français mit en avant des causes politiques. Pour lui, la succession rapide des derniers rois de l’Ancien Empire, l’amoindrissement de l’autorité et de la fortune de ces rois, le développement de l’aristocratie provinciale et la perte de prestiges des derniers dynastes memphites provoquèrent l’effondrement de l’Ancien Empire.

Le conte de Néferkaré et du général Siséné

Un roi de la VIe dynastie retint l’attention, Pépy II Néferkaré. Tout au long du XXe siècle, il fut accusé d’avoir largement contribué à l’échec de la monarchie memphite. Vercoutter remarqua un texte qui semblait prouver cette théorie : le conte de Néferkaré et du général Siséné. Trois exemplaires sont connus (Tablette n°13539 de l’Institut Oriental de l’Université de Chicago, Papyrus E 25351 du Louvre, Tablette IFAO n°1214). Les tablettes datent du Nouvel Empire et le papyrus fut rédigé entre la XXIIe et la XXVe dynastie. Celle de Chicago est en bois d’acacia recouvert d’un enduit sur tissu. Le texte, rédigé en hiératique, fut inscrit à l’encre noire (hauteur : 47,5 cm et largeur : 26,2 cm). Le papyrus du Louvre, légué par Emile Chassinat en 1948 fut acheté à Louqsor à la fin du XIXe siècle. Enfin, la tablette, très fragmentaire, de l’Institut Français d’Archéologie Orientale du Caire fut mise au jour à Deir el-Médineh.

Ce conte met en Scène Pépy II Néferkaré et le général Sisséné, le principal conseiller du roi. Dans un premier temps, ils empêchent un homme d’obtenir justice : « Si le Plaideur de Memphis venait pour [s’expliquer] auprès du chef du tribunal, ce dernier [faisait] chanter les chanteurs, jouer les musiciens, clamer les acclamateurs et siffler les siffleurs, de sorte que le Plaideur de Memphis sortait, sans qu’ils aient écouté, et ils terminaient en le chahutant. Le plaideur de Memphis s’en alla en pleurant très fort […] ». Le roi est malveillant et injuste. Une tel critique est assez rare dans la littérature égyptienne.

Dans un second temps, un certain Théti fils de Hent enquête sur le roi lui-même et découvre que le roi se rend chaque nuit chez son général : « Théti fils de Hent suivit ce dieu sans que son cœur lui fît des reproches pour voir tout ce qu’il allait faire. Il [le roi] arriva à la maison du général Siséné. Il lança une brique, et il frappa du pied, sur quoi on lui fit descendre [une échelle ?]. Il monta, tandis que Théti fils de Hent resta à attendre jusqu’à ce que Sa Majesté sortît. Après que Sa Majesté eut fait ce qu’elle avait désiré auprès de lui, Elle se dirigea vers son palais et Théti La suivit. Quand Sa Majesté eut pénétré dans la Grande Demeure, vie santé force, Théti regagna sa maison. Or, Sa Majesté s’était rendue à la maison du général Siséné, quand quatre heures s’étaient écoulées dans la nuit. Elle avait passé quatre autres heures dans la maison du général Siséné. Et Elle était rentrée à la Grande Demeure alors qu’il restait quatre heures jusqu’à l’aube ». Ce n’est probablement pas l’homosexualité sous-entendue qui devait le plus choquer mais la faiblesse du roi face à un noble.

Le texte fut probablement rédigé au Moyen Empire. Durant cette époque de nombreux rois de l’Ancien Empire furent critiqué. Chéops fut aussi dépeint comme cruel et tyrannique. Il est néanmoins important de rappeler que le conte de Néferkaré et du général Siséné n’est pas un récit historique. Siséné et Théti sont des personnages fictifs. Enfin, le récit fut composé des siècles après le règne de Pépy II.

Des traces du déclin politique de l’Ancien Empire ?

L’archéologie et l’épigraphie ne confirment pas de déliquescence du pouvoir royal à la fin de la VIe dynastie. Aucune information ne confirme une quelconque diminution du patrimoine ou du prestige des derniers rois memphites. Seule la succession rapide de rois à la VIIIe dynastie est avérée. Pépy II disposa d’un vaste temple funéraire qui fonctionna longtemps après sa mort, signe de l’importance du roi à la fin de l’Ancien Empire.

Bibliographie sélective :

BELL (B.), The Dark Ages in Ancient History. The First Dark Age in Egypt, dans American Journal of Archaeology, v. 75, n°1, 1971.

POSENER (G.), Le conte de Néferkaré et du général Siséné (recherches littéraires, VI), dans Revue d’Egyptologie, t. 11, 1957, p. 119-137, pl. 7-8.

VAN DIJK (J.), The nocturnal wanderings of king Neferkar?, dans Hommages à Jean Leclant, v. 4, Varia, contributions réunies par BERGER (C.), CLERC (G.), GRIMAL (N.), Le Caire, 1994, p. 387-394 (Institut Français d’Archéologie Orientale, Bibliothèque d’étude, t. 106/4).

VERCOUTTER (J.), La fin de l'Ancien Empire : un nouvel examen, dans Sesto Congresso Internazionale di Egittologia, Atti, vol. 2, Turin, 1993, p. 557-562.

À propos de l'auteur

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SÉBASTIEN POLET

Diplômé en Histoire (Antiquité gréco-romaine) et en Langues et Littératures Orientales (égyptologie, hittitologie, assyriologie). Président de l'asbl Roma.
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