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SÉBASTIEN POLET

Publié dans : Les articles Histoire de Sébastien Polet

Padibastet Ier et les débuts de la XXIIIe dynastie égyptienne

Padibastet, autoproclamé roi à Léontopolis, cité du Delta du Nil, parvint à fonder une nouvelle lignée de rois libyens en Egypte.

Durant son long règne, le roi libyen Osorkon Ier (XXIIe dynastie) avait associé au pouvoir son fils ainé Chéchonq II. Malheureusement pour ce dernier, il décéda avant son père. Le successeur d’Osorkon Ier fut donc un frère de Chéchonq II, Takélot. Durant le règne de ce dernier, le fils de Chéchonq II devint le prêtre d’Amon à Thèbes (Karnak). Durant le règne du fils de Takélot Ier, le roi Osorkon II, Harsiésis fut nommé Grand-prêtre d’Amon. Quelques années plus tard, Harsiésis s’autoproclama roi. Harsiésis glorifia son père Chéchonq II pour mettre en lumière son droit à la monarchie. Il prit comme nom de règne le cartouche de Smendès, le fondateur de la XXIe dynastie. Le message d’Harsiésis était clair, il souhaitait une co-royauté comme au début de la XXIe dynastie.

Les pouvoirs d’Harsiésis étaient cependant moins étendus que ceux de son homologue roi-grand-prêtre Pinnedjem Ier à la XXIe dynastie. L’influence d’Harsiésis se limitait à la partie méridionale de la Haute Egypte. Depuis la création d’une « vice-royauté » à Hérakléopolis Magna le nord de la Haute Egypte et le Fayoum étaient conservés dans l’orbite des rois de Tanis.

Harsiésis n’arriva pas à imposer ses enfants comme successeur et à sa mort, son royaume disparut avec lui. Toutefois, l’idée d’une monarchie parallèle avec la lignée des rois libyens de Tanis ne s’effaça pas complètement des esprits.

Harsiésis et Padibastet

Des années plus tard, sous le règne de Chéchonq III, un notable puissant de Léontopolis, cité du Delta central s’autoproclama roi. Ce personnage du nom de Padibastet (ou Pédoubastet) fit de sa cité sa nouvelle capitale. La généalogie de ce nouveau roi fit couler beaucoup d’encre. Pour Aidan Dodson, il pourrait s’agir d’un fils d’Harsiésis qui tenta, comme son père, de s’opposer aux rois de Tanis. Kenneth Kitchen préfère faire de Padibastet un fils rebelle de Chéchonq III.

Une nouvelle lignée royale

Padibastet prit le titre royal en l’an 8 de Chéchonq III. Il ne souhaitait pas gouverner avec son rival de Tanis car il ne fit plus aucune référence à ce dernier. Padibastet utilisa sa propre chronologie et ne mentionna plus jamais l’existence d’une autre lignée royale.

Le clergé d’Amon de Thèbes se montra relativement prudent. Padibastet fut reconnu comme roi mais le nom Chéchonq III ne disparut pas tout de suite des inscriptions de Karnak. Dans le nilomètre, on trouve encore une mention de l’an 12 de Chéchonq III (soit l’an 5 de Padibastet). Après cette date, Chéchonq III ne fut plus mentionné à Karnak. Padibastet parvint même à faire nommer un vizir de Haute Egypte qui lui était favorable.

L’une des obsessions de Padibastet fut de fonder une lignée stable. Plusieurs chercheurs pensent qu’il a associé au trône son fils ainé Ioupout Ier dès l’an 15. Ainsi, à sa mort, il n’y aurait pas de disparition de son royaume.

Padibastet se fit reconnaître par le prince de Mendès, mais Hérakléopolis lui échappa. La cité était dirigée par le « vice-roi » Bakenptah, un frère de Chéchonq III. Même si sa fidélité au roi de Tanis était assez douteuse, il ne reconnut pas Padibastet.

Les traces du règne de Padibastet

Les traces du règne de Padibastet sont peu nombreuses. Léontopolis est une cité encore mal connue. Une stèle retrouvée à Boubastis mentionne la 23e année de son règne qui fut donc relativement long. La tombe du roi n’a pas été retrouvée et aucun objet de celle-ci n’est jamais apparu. Est-elle inviolée ? L’archéologie donnera peut-être un jour la réponse à cette question.

En 2007, à Amheida, dans l’oasis de Dakhla, une inscription de ce roi fut mise au jour par la mission égypto-américaine. Il semble donc probable que Padibastet parvint à s’emparer des routes du désert et des oasis. Si son royaume était relativement limité dans le delta, il s’empara de territoires importants dans le désert libyque et se fit reconnaître dans tout le sud de la Haute Egypte. Chéchonq III ne contrôlait plus qu’une partie du Delta, le Fayoum et la région d’Hérakléopolis. A la mort de Padibastet, son fils Ioupout devint le deuxième roi de Léontopolis.

Bibliographie sélective :

BAGNALL (R.S.), Dakhla Oasis Project. Columbia University. Excavations at Amheida 2007., 24 p., http://www.amheida.org/

DARESSY (G.), Léontopolis. Métropole du XIXe nome de Basse-Égypte, dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale, t. 30, 1931, p. 625-649.

DODSON (A.), HILTON (D.), The Complete Royal Families of Ancient Egypt, Le Caire, 2005.

KAPER (O.), Epigraphic evidence for the Dakhleh Oasis in the Libyan Period, dans BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt, Louvain, 2009, p. 149-159.

KITCHEN (K.A.), The third Intermediate Period (1100-650 B.C.), Warminster, 1973.

PEDRIZET (P.), Antiquités de Léontopolis, dans Monuments et Mémoires. Fondation Eugène Piot, t. 25, 1922, p. 349-385, pl. XXIV-XXV.

REDMOUNT (C.A.), FRIEDMAN (R.), Tell el Muqdam: City of Lions, dans Egyptian Archaeology, n°., 1993, p. 37-38.

À propos de l'auteur

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SÉBASTIEN POLET

Diplômé en Histoire (Antiquité gréco-romaine) et en Langues et Littératures Orientales (égyptologie, hittitologie, assyriologie). Président de l'asbl Roma.
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