Antioche de Syrie à l'époque romaine

Capitale de la province de Syrie, troisième ville de l'Empire, Antioche fut dotée de nombreux édifices grandioses : temples, thermes, théâtre, cirques...
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La cité d’Antioche sur l’Oronte, fondée par Séleucos Ier en mai 300 avant notre ère, devint le cœur du royaume de ce dernier. Elle faisait partie d’un ensemble de quatre cités appelé Tétrapole (Laodicée sur Mer, Séleucie de Piérie et Apamée de Syrie ).

Antioche parvint à éviter le déclin malgré les incessantes querelles entre les derniers rois séleucides. Le dernier roi, Antiochos XIII Asiaticus (69-64), fut exécuté par un prince arabe en 64. Les vestiges du royaume furent transformés par Pompée le Grand en province romaine.

La capitale de la province de Syrie

Antioche devint alors la capitale de la province de Syrie. Le gouverneur de ce territoire devint l’un des hommes les plus puissants de l’empire romain. Trois ou quatre légions stationnèrent en Syrie pour garder la frontière orientale. Rares furent les provinces dotées d’autant de troupes.

Afin d’éviter que le gouverneur de Syrie ne soit tenté par la pourpre, la plupart des empereurs nommèrent des hommes de confiances à Antioche. Parmi les plus célèbres gouverneurs de Syrie, il y eut : Pompée et Crassus (fin de la République) ; Vespasien et Hadrien (sous l’Empire). A la mort de l’empereur Pertinax (193), le gouverneur de Syrie Pescennius Niger fut proclamé empereur par ses troupes. Mais il fut battu quelques mois plus tard par Septime Sévère lui aussi acclamé par ses troupes.

Septime Sévère divisa la province en deux entités afin qu’un seul homme ne soit plus à la tête d’une grande province. Le sud devint la province de Syrie-Phénicie et le nord de Coélé-Syrie. Afin de punir Antioche, Septime Sévère transféra pendant quelques années la capitale de la Coélé-Syrie à Laodicée sur Mer.

Les grandes constructions romaines d’Antioche

Durant l’Empire de nouvelles constructions embellirent Antioche qui devint la troisième ville de Méditerranée avec ses 500 000 habitants. Sous le principat de Caligula, de grands thermes et un nouvel aqueduc furent bâtis. Un théâtre fut construit à l’époque de Titus. Sous le règne de son frère, Domitien, un temple d’Asclépios fut érigé.

De grands travaux eurent lieu à l’époque de Trajan (98-117). De nouveaux thermes, un cirque et un pont enjambant l’Oronte furent bâtis à Antioche. L’empereur séjourna même dans la cité en 115. La ville fut alors ravagée par un tremblement de terre. Trajan et son successeur, Hadrien, entreprirent de rebâtir la cité. Ce dernier fit aussi construire un temple pour Artémis et un autre en l’honneur de son prédécesseur divinisé.

L’empereur Lucius Verus séjourna plusieurs années à Antioche, de 162 à 166. Il dirigeait, depuis cette cité, sa guerre contre les Parthes. En 176, Marc Aurèle visita Antioche. Sous le règne de son fils Commode, les grands travaux reprirent : nouveaux thermes, temple d’Athéna, temple de Zeus olympien et Xystos (cirque couvert). Commode fit même organiser des jeux olympiques à Antioche.

La description de Libanios

Malheureusement, la plupart des constructions majestueuses d’Antioche ont aujourd’hui disparues. Il faut se contenter de la description passionnée de la cité, rédigée au IVe siècle par le philosophe Libanios, citoyen d’Antioche, pour l’empereur Julien : « Ainsi donc la longueur de nos portiques ne contribue pas moins aux plus précieux avantages de la vie sociale qu’au seul agrément. A ces portiques s’entremêlent hippodrome, théâtre et bains. L’hippodrome est assez grand pour satisfaire les coursiers issus de Borée et assez abondamment pourvu de degrés pour fournir des sièges à la masse des citoyens. Le théâtre résonne du bruit des concours et y prête son assistance : concours de flûte, de cithare, de chant, et de cette multitude de gens qui donnent plaisir par les représentations scéniques. Mais qui parviendrait à décrire les autres sortes de salles de spectacle, les unes créées pour les luttes athlétiques, les autres pour les combats entre hommes et fauves ? Toutes en plein milieu de la ville […]. Et qui d’autre part ne serait pas charmé des bains ? Les uns sont accommodés à l’hiver, les autres adaptés à l’été, ceux-là à l’abri des vents violents, ceux-ci comme suspendus dans les airs sans plus communiquer avec la terre » ( Antiochilkos , 218-220).

Bibliographie sélective :

CABOURET (B.), Sous les portiques d’Antioche , dans Syria , v. 76, n°1, 1999, p. 127-150.

CALLU (J.-P.), Antioche la Grande : la cohérence des chiffres , dans Mélanges de l’Ecole Française de Rome – Antiquité , t. 109, n°1, 1997, p. 127-169.

LASSUS (J.), La ville d’Antioche à l’époque romaine d’après l’archéologie , dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt , II, Principat , b. 8, s. dir. TEMPORINI (H.), HAASE (W.), Berlin, New York, 1977, p. 54-102.

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SARTRE (M.), D'Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C. , Paris, 2001.

WILL (E.), Antioche sur l’Oronte, métropole de l’Asie , dans Syria , v. 74, 1997, p. 99-113.

LIBANIOS, Antiochilkos . Antioche décrite par Libanius , dans FESTUGIÈRE (A.J.), Antioche païenne et Chrétienne. Libanius, Chrysostome et les moines de Syrie , avec un commentaire archéologique sur l’ Antiochilkos (196 ss.) par MARTIN (R.), Paris, 1959, p. 23-61 ( Bibliothèque des Écoles française d’Athènes et de Rome , f. 194).

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