Antioche de Syrie durant l'Antiquité tardive

Antioche fut, au Bas Empire, l'une des capitales de l'Empire romain. Elle abritait un puissant palais et la première cathédrale de l'Histoire.
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La mise en place de la Tétrarchie par l’empereur Dioclétien mit fin à la crise du IIIe siècle. Une nouvelle ère de stabilité commençait pour l’empire romain. Cette période fut nommée le Bas Empire. La fin des luttes intestines du IIIe siècle permit aussi à Antioche de Syrie de poursuivre son développement.

Les grands travaux de Dioclétien

Dioclétien lança de grands travaux dans cette métropole de l’Orient romain. En 298 de notre ère, il se fit construire un palais sur une île de l’Oronte, au nord-ouest du centre ville. Devant ce grand édifice se croisaient deux rues à colonnades. Dans le reste de la ville, des ateliers pour fabriquer des armes furent ouverts. Plusieurs greniers furent construits, ils témoignent du nouvel essor de la démographie d’Antioche. Dioclétien fit aussi restaurer le grand temple d’Apollon à Daphné et cinq nouveaux édifices de thermes furent inaugurés dans le centre ville. De nombreuses fêtes furent organisées à Antioche pour célébrer le retour de la paix et de la prospérité.

Dioclétien et les chrétiens

Dioclétien se montra aussi redoutable envers les chrétiens qui s’étaient implantés dans la cité syrienne. Les écrivains chrétiens firent de cet empereur un véritable monstre assoiffé de sang. Les persécutions cessèrent avec l’avènement de Constantin Ier. Toutefois, les massacres ne s’arrêtèrent point. Les chrétiens luttèrent entre eux. Constantin choisit la doctrine nicéenne et fit combattre les autres branches du christianisme… A Antioche, une grande église octogonale fut construite à côté du palais impérial. Elle fut inaugurée en 341 par l’empereur Constance II, l’un des fils et successeurs de Constantin. Elle fut considérée comme la première cathédrale de l’Histoire.

Constantin et ses fils

Sous les règnes de Constantin et de ses fils, les temples païens furent délaissés. Le sanctuaire d’Hermès fut abattu. Un martyrium fut construit dans le temple d’Apollon à Daphné. Le corps de l’évêque martyr Babylas y fut inhumé. Ainsi, les Chrétiens firent taire l’un des plus célèbres oracles de l’Empire.

Le règne de Julien

Toutefois, les Païens connurent un renouveau grâce à bref règne de l’empereur Julien (360-363), neveu de Constantin. Julien, né à Constantinople, fut élevé dans la tradition chrétienne. Ses parents et son frère furent exécutés par les fils de Constantin. Julien fut marqué par ses événements et il renonça au christianisme.

Durant l’hiver 362-363, Julien séjourna à Antioche. Il se montra maladroit. Ses restaurations des édifices païens furent mal perçues par une partie de la population. Julien lui-même se rendit compte de cette situation : « Nombres des vôtres ont abattu les autels qui venaient d’être relevés et notre mansuétude a eu du mal à les convaincre de rester tranquilles. Puis, lorsque nous eûmes jeté le cadavre hors de Daphné, les uns parmi vous, rendant aux dieux les honneurs qui leur sont dus, restituèrent, il est vrai, le sanctuaire du dieu de Daphné à ceux qu’indignait la présence des ces funèbres reliques ; les autres, en revanche, à l’insu ou non des premiers, se signalèrent par ce terrible incendie […] » ( Misopogon , 33). Julien était un grand lettré et un excellent meneur d’hommes, mais il ne comprenait plus guère les aspirations du peuple.

La fin d’Antioche

La mort de Julien en 363 sonna le glas du paganisme à Antioche. En 365, la cité fut ravagée par un séisme. Des milliers de personnes périrent durant ce tremblement de terre. L’empereur Valens fit reconstruire le centre de la cité meurtrie. De nouveaux édifices virent alors le jour : agora, marché, thermes et basilique.

Le déclin d’Antioche commença au VIe siècle de notre ère. En 525, la cité fut ravagée par d’immenses incendies. L’année suivante, un puissent tremblement de terre tua 250 000 à 300 000 habitants. Antioche était exsangue. Elle fut encore secouée par un puissant séisme en 528 et pillée par les Sassanides en 540. La plupart des édifices antiques étaient en ruines, ils servirent de carrières aux survivants de ces nombreux désastres. Les murailles s’effondrèrent en 551, le temple de Daphné fut abattu en 577. Dix ans plus tard, un nouveau séisme ravagea une nouvelle fois la ville.

Bibliographie sélective :

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