Apamée sur l'Oronte, joyaux de la Syrie romaine

Reconstruire après le tremblement de terre de 115, Apamée possédait le plus vaste théâtre de Syrie, l'une des plus somptueuse voie à colonnades de l'Empire.
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La conquête de la Syrie par Pompée dans les dernières décennies de la république romaine, donna un nouveau souffle aux cités de la Tétrapole fondées par Séleucos Ier , l’un des généraux d’Alexandre le Grand. Antioche et Apamée connurent une nouvelle prospérité, les cités se parèrent de riches et somptueux édifices.

La reconstruction d’Apamée

Apamée sur l’Oronte fut à deux reprises ravagées par des tremblements de terre en 47 et 115 de notre ère. Le séisme de 115 fut particulièrement dévastateur. Le cœur de la cité fut presque totalement détruit. L’empereur Trajan (98-117) aida la cité à se relever. Le gouverneur de la province de Syrie, le futur empereur Hadrien veilla aussi sur la ville. Les débris furent enlevés rapidement, les ruines furent nivelées. Une nouvelle cité vit alors le jour. Les nouveaux édifices étaient grandioses. Apamée fut dotée du plus grand théâtre de Syrie. Il était large de 139 mètres ! Une somptueuse avenue à colonnade fut tracée au centre de la cité. Elle était large de 40 mètres et longues de 2 kilomètres. Cette voie était l’une des plus grandioses de tout l’Empire. Enfin, les thermes d’Agrippa furent reconstruits. A cette époque, la cité comptait environ 117 000 habitants. Les musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles firent réaliser une copie d’une partie de cette colonnade dans l’atrium du musée.

Les gigantesques villas d’Apamée

Les notables d’Apamée profitèrent aussi de la reconstruction du centre ville pour se faire construire de gigantesques demeures. La surface au sol de ces édifices allait de 2000 à 4500 m². Elle était ainsi aussi étendue qu’un forum d’une grande ville de l’Empire ! Ces somptueuses résidences étaient richement décorées. Les archéologues belges qui fouillèrent cette cité transportèrent à Bruxelles quelques unes des plus belles mosaïques .

Apamée et Septime Sévère

En 179, le commandant de la quatrième légion scythica vint à Apamée. Il consulta l’oracle de Zeus Bêlos. L’historien Dion Cassius rapporta la description donnée par les prêtres qui comparèrent l’officier à des dieux : « Semblable pour les yeux et la tête à Zeus qui charme la foudre, à Arès pour la ceinture et pour la poitrine à Poséidon » ( Histoire romaine , LXXVIII, 8, 5-6). Le commandant de la légion était le futur empereur Septime Sévère. Même si cette légende a été très probablement inventée après la prise du pouvoir par Septime Sévère, il n’est pas impossible que le clergé de Zeus ait tenté de flatter ce puissant sénateur marié à Julia Domna une Syrienne, membre de la famille des prêtres d’Héliogabale à Emèse.

Fin 201 – début 202, Septime Sévère revint à Apamée. Cette fois il était paré de la pourpre impériale. D’après Dion Cassius, historien mais aussi ami et consul de Septime Sévère, l’oracle aurait prédit la fin de la lignée des Sévères : « Ta maison s’éteindra tout entière dans le sang » ( Histoire romaine , LXXVIII, 8, 6). A nouveau, cette ligne fut probablement rédigée après la mort des deux fils de l’empereur…

Quand Caracalla, l’un des fils de Septime Sévère fut assassiné par Macrin qui s’empara du trône, en 211, Apamée prit le parti d’Elagabal, le cousin de l’empereur assassiné. Le père d’Elagabal, Sextus Varius Marcellus était un citoyen d’Apamée. Macrin ne parvint pas à soumettre Apamée. Son règne fut éphémère et Elagabal monta sur le trône en 212.

De nombreux savants vécurent à Apamée. Il y eut des philosophes : Posidonius, Numénius, Amélius Gentilianus d’Etrurie ; des poètes comme Oppien d’Apamée et le célèbre médecin Archigénès.

Bibliographie sélective :

BALTY (J.Ch.), Apamea in Syria in the Second and Third Centuries A.D. , dans The Journal of Roman Studies , v. 78, 1988, p. 91-104.

BALTY (J.Ch.), Les grandes étapes de l’urbanisme d’Apamée-sur-l’Oronte , dans Ktema , n°2, 1977, p. 3-16, pl. I-IV.

BALTY (J. & J.Ch.), Apamée de Syrie, archéologie et histoire. Des origines à la Tétrarchie , dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt , II, Principat , b. 8, s. dir. TEMPORINI (H.), HAASE (W.), Berlin, New York, 1977, p. 103-134.

MUSTI (D.), Syria and the East , dans The Cambridge Ancient History , 2e éd., vol. VII, p. I, The Hellenistic World , ed. WALBANK (F.W.), ASTIN (A.E.), Cambridge, 1984, p. 175-220.

SARTRE (M.), D'Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C. , Paris, 2001.

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