Arsinoé II, cruelle reine d'Egypte qui épousa son frère

Mariée très jeune à un vieux roi, Arsinoé se révéla être une politicienne dénouée de scrupule. Elle n'hésitait pas à faire disparaître ses adversaires.
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Le roi macédonien d’Egypte Ptolémée Ier Sôter eut plusieurs épouses. Eurydice lui donna quatre enfants. Deux fils Ptolémée Kéraunos (l’ainé) et Méléagre ; et deux filles Lysandra et Ptolémaïs. Après cette union, Ptolémée eut une nouvelle épouse nommée Bérénice. Cette dernière avait déjà un fils (Magas). Elle donna au roi trois nouveaux enfants : Arsinoé (II), Ptolémée (II) et Philotéra.

Alliance entre Ptolémée Ier et Lysimaque

Bérénice fit chasser Eurydice et les fils de celle-ci afin de favoriser son propre enfant, le futur Ptolémée II Philadelphe. Ptolémée entreprit d’unir sa famille avec celle ru roi de Thrace Lysimaque. Lysandra épousa le fils ainé de Lysimaque, le prince Agathoclès. Le prince Ptolémée (II), le fils de Bérénice épousa Arsinoé (Ière), la fille de Lysimaque. Enfin, Arsinoé (II), la fille de Ptolémée fut donnée en mariage à Lysimaque lui-même alors qu’elle n’était qu’une jeune adolescente.

Arsinoé à la cour de Lysimaque

La jeune Arsinoé fit assassiner le fils de son mari, le prince Agathoclès qui était marié à sa demi-sœur, Lysandra. Cette dernière craignant pour sa vie fuit à la cour du roi Séleucos. Lysimaque fut tué à la bataille de Korupedion, en 281 avant notre ère, en Lydie. Séleucos récupéra ses territoires. Séleucos fut assassiné par Ptolémée Kéraunos quelques semaines plus tard. Il épousa alors Arsinoé, sa demi-sœur, veuve de Lysimaque. Kéraunos fit ensuite exécuter les enfants d’Arsinoé. En 279, elle fuit en Egypte.

Arsinoé II reine d’Egypte

Quand Arsinoé arriva à Alexandrie, son frère Ptolémée était devenu roi. Il était toujours marié à la fille de Lysimaque, la reine Arsinoé Ière. Arsinoé fit exiler la femme du roi à Coptos. Quelques mois plus tard elle épousa on frère et devint la reine Arsinoé II. Ptolémée prit le nom de Philadelphe : « qui aime sa sœur ».

Ptolémée II protecteur des lettres, exigea du poète Théocrite la rédaction d’une idylle pour célébrer son union. Le poète embarrassé par cette demande de célébrer un mariage consanguin rédigea néanmoins le texte. Après de nombreuses références mythologiques, il compara le couple aux dieux qui eux pouvaient s’unir entre frères et sœurs : « Ptolémée préside à ces sacrifices, accompagné de sa belle épouse qui presse dans ses bras le plus grand des héros, uni à elle par le double lien d'époux et de frère. Ainsi s'unirent par des liens sacrés les enfants de l'auguste Rhéa, les rois de l'Olympe, et partagèrent la couche nuptiale qu'Iris, vierge encore, leur avait préparée de ses mains parfumées » ( Idylles , XVII).

Un autre poète, Sotades, se moqua de ce mariage. L’écrivain grec d’Egypte, Athénée de Naucratis raconta ce qui lui arriva : « Voici ce qu'Hégésandre rapporte à ce sujet dans ses Commentaires : « Sotades s’était sauvé d'Alexandrie par mer, s'imaginant qu'il avait ainsi évité le danger auquel l'exposaient les sarcasmes violents qu'il avait lâchés contre Ptolémée. Au moment que ce prince épousait Arsinoé sa propre sœur, il lui dit entre autres : « Tu pousses ta tanière dans un trou que tu ne peux toucher sans crime. » Patrocle, un des généraux de Ptolémée ayant été à la poursuite de Sotades, l'atteignit et le prit dans l'île de Kaunos ; aussitôt il le fît clore dans une boîte de plomb, le ramena à la mer, et l'y noya » ( Deipnosophistes , XIV, 4).

Arsinoé II devient une déesse

Arsinoé II décéda en 270. Son frère et époux, la fit diviniser. Il fit aussi bâtir un temple en son honneur à Alexandrie, l’ Arsinoeion . Ptolémée II et Arsinoé II n’eurent pas d’enfants. Mais le fils d’Arsinoé Ière et de Ptolémée II, le futur Ptolémée III affirma être le fruit de l’union consanguine. Il renia sa mère sans doute pour échapper à une éventuelle conspiration de sa belle-mère et tante... Ensuite, être le fils d'une déesse devint utile pour sa propre gloire.

Malgré ses nombreux crimes et son mariage avec son frère, Arsinoé II fut une reine appréciée par les Alexandrins. Son culte dura plusieurs siècles.

Bibliographie sélective :

CABANES (P.), Le monde hellénistique de la mort d'Alexandre à la paix d'Apamée , Paris, réed, 2001 ( Nouvelle histoire de l'Antiquité , t. 4 / Points Histoire , n°215).

HÖLBL (G.), A history of the Ptolemaic empire , trad. SAAVEDRA (T.), Londres, New York, 2001.

The Queens of Ancient Egypt , introduction de ARNOLD (D.), texte de PIRELLI (R.), Le Caire, 2008.

Trésors engloutis d’Égypte , s. dir. GODDIO (F.), assisté de FABRE (D.), photographies de GERIGK (Chr.), Paris, 2006.

TYLDESLEY (J.), Chronique des reines d’Egypte. Des origines à la mort de Cléopâtre , trad., Paris, 2008.

WILL (É.), Histoire politique du monde hellénistique , Paris, 2003 ( Points / Histoire ).

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