Chéchonq Ier, le premier grand roi libyen de la XXIIe dynastie

Chéchonq Ier, roi d'Egypte d'origine libyenne, fut un bâtisseur et guerrier. Des traces de son règne sont visibles dans toute l'Egypte : Karnak, Tanis...
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Après la mort de Psousennès II (dernier roi de la XXIe dynastie ), le trône d’Egypte passa aux mains de son principal conseiller, Chéchonq. Ce dernier, originaire de Boubastis, dans le Delta, était le fils du gouverneur de la cité de Bastet, Nimlot et neveu de l’éphémère roi Osorkon l’ancien .

Les enfants de Chéchonq Ier

Chéchonq Ier, fondateur de la XXIIe dynastie, eut au moins deux épouses. Karomama fut la mère de son successeur, Osorkon ; et, Penreshnès fut la mère du prince Nimlot. Une belle statue en basalte de ce fils royal fut découverte à Héliopolis. Elle est aujourd’hui conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne (AE_INV_5791). D’autres traces du prince Nimlot furent mises au jour à Hérakléopolis Magna (Moyenne Egypte). Une stèle retrouvée dans cette cité le qualifie de «commandant de troupes». Chéchonq l’avait installé dans cette ville afin de mieux surveiller le Fayoum et le nord de la vallée du Nil. Chéchonq eut encore deux enfants dont les mères demeurent inconnues: le prince Ioupout et la princesse Tashepenbastet

Les travaux de Chéchonq Ier

Chéchonq Ier régna probablement de 945 à 924 avant notre ère. De nombreuses traces de son règne sont visibles dans toute l’Egypte. A Karnak, il fit bâtir et décorer un portique dans la première cour. Cette construction fut appelée, par les archéologues, le portique des Boubastides car Chéchonq et ses successeurs étaient originaires de Boubastis. A el-Hibeh , en Moyenne Egypte, Chéchonq fit décorer plusieurs murs du temple d’Amon. Quelques bas-reliefs de ce temple sont exposés au musée de l’université d’Heidelberg. Une grande stèle fut mise au jour à Mout, dans l’oasis de Dakhla. A Tanis, la capitale de l’Egypte des XXIe et XXIIe dynasties, les traces de Chéchonq sont nombreuses: inscriptions, matériel archéologique, sphinx… A Boubastis, il y a également des traces des activités de Chéchonq dans les vestiges du temple de Bastet. A Abydos, des archéologues retrouvèrent une chapelle du prince Ioupout. Enfin, dans les carrières du Gebel es-Silsila, il y a des inscriptions du premier roi de la XXIIe dynastie. Une grande stèle fut également découverte dans ces carrières de Haute Egypte. Le texte, en hiéroglyphes, explique que le roi fit extraire de nombreux blocs pour bâtir une grande cour et un pylône à Karnak. Cette inscription évoque donc le portique des Boubastides et peut-être le premier pylône du temple.

Des traces de Chéchonq Ier furent aussi découvertes en dehors de l’Egypte. Une statue du roi fut retrouvée à Byblos. Chéchonq effectua une campagne en Nubie. Elle est attestée par quelques inscriptions mise au jour à Karnak.

La tombe et la momie du roi

La tombe du roi fut pillée car du matériel funéraire fut retrouvé à Tanis. Malheureusement, cette sépulture n’a pas encore été localisée. La momie du Niagara Falls Museum (Ontario, Canada) fut parfois considérée comme celle de Chéchonq Ier. En 2001, elle fut attribuée à Ramsès Ier et l’Egypte exigea son retour. En 2004, elle fut exposée au musée archéologique de Louxor. R. L. Miller examina alors la momie. Pour ce chercheur américain, il s’agissait de Chéchonq Ier. Il expliqua que la tombe du roi, située à Tanis, fut pillée. Le corps fut sauvé par des prêtres et envoyé à Thèbes. Pour Troy Leiland Sagrillo (2005), cette momie est peut-être celle de Chéchonq Ier, mais cet égyptologue n’est plus aussi catégorique que Miller. D’après lui, le corps pourrait aussi être celui de Ramsès VII, Ramsès VIII ou Ramsès X (XXe dynastie). Enfin, rien n’indique que la tombe du roi était à Tanis. Elle peut être à Boubastis ou même à Memphis car une inscription de Saqqara évoque un temple de Chéchonq Ier dans l’ancienne capitale. Ces édifices étaient, au Nouvel Empire, relativement proches des tombes des rois. Ils devaient assurer aux rois un culte funéraire.

La fin de l’indépendance des grands-prêtres d’Amon de Thèbes

Chéchonq Ier fut un roi énergique qui parvint à dominer toute l’Egypte et à reprendre l’offensive en Nubie et en Palestine. Il imposa également son autorité à Thèbes qui avait été assez indépendante durant la XXIe dynastie. Il fit nommer son fils Ioupout comme grand-prêtre d’Amon. Ainsi, Chéchonq parvint à juguler toute velléité d’indépendance du clergé d’Amon. Ioupout était également commandant en chef des armées de Haute Egypte.

Chéchonq et Jérusalem

Mais le fait d’arme le plus célèbre de Chéchonq fut sa campagne en Palestine. Même la Bible évoque cette guerre. Chéchonq aurait pillé Jérusalem: «la cinquième année du roi Roboam, le roi d’Egypte, Chéchonq, marcha contre Jérusalem. Il se fit livrer les trésors du Temple de Yahvé et ceux du palais royal, absolument tout, jusqu’à tous les boucliers d’or qu’avait faits Salomon» (Premier Livre des Rois, 14, 25-26).

Bibliographie sélective :

BAER (K.), "The Libyan and Nubian kings of Egypt : Notes on the chronology of Dynasties XXII to XXVI", dans Journal of Near Eastern Studies , v. 32, n°1/2, 1973, p. 4-25.

BLACKMAN (A.M.), "The stela of Shoshenk, Great chief of the Meshwesh", dans The Journal of Egyptian Archaeology , t. 27, 1941, p. 83-95.

BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt , Louvain, 2009.

CAMINOS (R.A.), "Gebel es-Silsilah No 100", dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 38, 1952, p. 46-61.

FEUCHT (E.), " Relief Scheschonqs I. Beim Erschlagen der Feinde aus el-Hibe", dans Studien zur Altägyptischen Kultur , b. 9, 1981, p. 105-117, t. II.

FEUCHT (E.), "Zwei Reliefs Scheschonqs I. Aus el Hibeh", dans Studien zur Altägyptischen Kultur , b. 6, 1978, p. 69-77, t. XXI-XXII.

SAGRILLO (T.L.), "The mummy of Shoshenq I re-discovered?", dans Göttinger Miszellen , h. 205, 2005, p. 95-102.

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