Chéchonq III et la division de la royauté égyptienne

Sous le règne de Chéchonq III, l'Egypte fut divisée en deux dynasties. Malgré ces troubles, le roi fut le dernier grand bâtisseur de la XXIIe dynastie.
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Chéchonq III monta sur le trône à la mort de son père, Takélot II . Mais, fait unique dans l’histoire égyptienne antique, il avait un frère ainé en vie, le prince Osorkon. Ce dernier avait été grand-prêtre d’Amon à Thèbes. Il fut chassé de la cité par Harsiésis, petit-fils d’ Harsiésis , usurpateur de la royauté à Thèbes. En exil au moment de la mort de Takélot II, Osorkon ne put s’imposer sur le trône d’Egypte.

De prestigieux modèles

Chéchonq III avait de grandes ambitions. Il choisit comme nom de règne « Ouser-Maât-Ra, setep-n-Ra », le nom de règne de Ramsès II. Son nom d'Horus et son second cartouche contenaient, en plus de son nom, des épithètes portées par d’illustres rois du Nouvel Empire (Touthmosis III, Séthy Ier, Ramsès II et Séthy II).

La famille de Chéchonq III

Chéchonq III eut au moins trois épouses : Tadibastet II, Tentaménopet et Djedbastiouankh. Il eut au moins quatre fils et une fille : les princes Takélot, Bakennefi, Pashed-Bastet et Pimay et la princesse Ankhenès-Chéchonq.

Les huit premières années du règne de Chéchonq III se déroulèrent sans encombre. Les troubles du règne de son père cessèrent. Il fut même reconnu comme roi par Harsiésis, le grand-prêtre d’Amon autoproclamé de Thèbes. Son cartouche fut inscrit à plusieurs endroits du temple de Karnak.

Pédoubastet et l’établissement de la XXIIIe dynastie à Léontopolis (Delta)

De nouveaux troubles éclatèrent cependant en l’an 8. Mais, contrairement à ceux des révoltes précédentes, ils se déroulèrent dans le Delta du Nil. L’autorité de Chéchonq III fut remise en question par un certain P édoubastet à Léontopolis. Ce dernier était peut-être un fils du grand-prêtre Harsiésis. Pédoubastet s’autoproclama roi. Il institua son propre calcul d’années de règne. Il installa sa cour à Léontopolis (XXIIIe dynastie) où le nom de Chéchonq III disparut. Chéchonq III ne semble pas avoir réagi face à ce coup d’Etat. Etait-il faible, manquait-il de moyens ? L’histoire a-t-elle perdu la trace de l’affrontement entre les deux rois ? Toutes ces questions demeurent, actuellement, sans réponse.

Thèbes et Chéchonq III

A Thèbes, Harsiésis reconnut Pédoubastet. Le nom de Chéchonq III ne fut plus inscrit dans les actes officiels. Désormais, les années étaient numérotées en fonction du règne de Pédoubastet. Chéchonq III fut le dernier roi de la XXIIe dynastie à être mentionné à Karnak.

Un nouveau problème survint en l’an 22 de Chéchonq III. Le frère ainé du roi parvint à s’emparer de Thèbes et à recouvrer son poste de grand-prêtre ! Après un exil de plus de 20 ans, Osorkon règnera encore 8 ans sur Thèbes. Jamais, il ne reconnut son frère. Osorkon utilisait le calendrier de Pédoubastet.

Lutte pour Hérakléopolis Magna

Pédoubastet et Chéchonq III se disputèrent le contrôle de la cité d’Hérakléopolis Magna, ville qui contrôlait l’accès au Fayoum et à la région memphite. Des partisans de Pédoubastet s’emparèrent de la cité mais Chéchonq III parvint à en reprendre le contrôle en l’an 30. En l’an 39, il nomma son demi-frère, Bakenptah, comme vice-roi d’Hérakléopolis. Très vite, ce dernier se comporta en dynaste indépendant.

Chéchonq III, un roi bâtisseur à Tanis et dans le Delta

Malgré ces troubles, Chéchonq III fut un bâtisseur. A Tanis, il fit construire un pylône devant le temple d’Amon. Afin de disposer de matériaux en abondance, il poursuivit le démontage de l’ancienne capitale du Nouvel Empire, Pi-Ramsès. Chéchonq III utilisa également des éléments architecturaux provenant de constructions de l’Ancien Empire. Le roi se fit aussi construire une grande tombe. Les murs furent couverts de bas-reliefs. Malheureusement, la sépulture fut pillée.

A Mendès, dans le Delta, Chéchonq III fit bâtir une chapelle. A Memphis, il fit restaurer une chapelle de Sekhmet. Il fut le dernier « grand » bâtisseur de la XXIIe dynastie.

Le roi Chéchonq III eut un règne très long. Il demeura au-moins 39 ans sur le trône. Il ne semble pourtant pas avoir réalisé de fête- sed . Cette cérémonie visait à célébrer la longévité d’un roi sur le trône d’Egypte.

Nouveau morcellement territorial

Chéchonq III partagea ce qui lui restait du Delta entre ses fils. Bakennefi, son fils ainé fut nommé à la tête du fief d’Athribis et d’Héliopolis. Il décéda avant Chéchonq III. Son fils lui succéda. Pimay reçu un fief dans l’Ouest du Delta. Les frontières de ce territoire sont malheureusement mal connues. Ce fief comprenait la cité de Saïs. Enfin, Takélot reçu la région du Busiris. Chéchonq III espérait ainsi contrôler fermement le Delta. Mais des rivalités exacerbées entre frères firent échouer le projet du roi. Ce nouveau partage territorial contribua à l’accentuation du morcellement de la XXIIe dynastie. Le roi ne contrôlait plus que la région de Tanis. A Mendès, un chef local profita de ces rivalités pour s’affranchir de la tutelle royale. Toutefois, il s’allia avec Pédoubastet. Le Delta occidental échappa de plus en plus au contrôle royal. Plusieurs princes de cette région étaient des dynastes indépendants, même s’ils étaient théoriquement vassaux de Chéchonq III. Quant Chéchonq III décéda, Pimay hérita d’un territoire morcelé et limité à certaines régions de la Basse et de la Moyenne Egypte.

Bibliographie sélective :

BECKERATH (J.) VON, The Nile level records at Karnak and their importance fort he history of the Libyan Period (dynasties XXII and XXIII) , dans Journal of the American Research Center in Egypt , t. 5, 1966, p. 43-55.

BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt , Louvain, 2009.

KITCHEN (K.A.), The third Intermediate Period (1100-650 B.C.) , Warminster, 1973.

MONTET (P.), Le tombeau d’Ousimaré Chéchanq fils de Bastit (Chéchanq III) à Tanis , dans Bulletin trimestriel de la Société Française d’Égyptologie , n°23, 1957, p. 7-13.

Tanis. L’or des pharaons , Paris, 1987.

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