Eclairage nouveau sur le règne du roi Pimay en Egypte

La découverte au Caire, en 1998, d'annales provenant d'Héliopolis, fit connaître les derniers rois libyens de Tanis.
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Lorsque Pimay succède à son père, le roi Chéchonq III , le royaume est morcelé. Pimay, roi de la XXIIe dynastie dont la capitale est Tanis, dans le Delta oriental doit faire face à un dynaste rival à Léontopolis (Delta central). Le grand-prêtre d’Amon de Thèbes contrôle l’essentiel de la Haute Egypte. Pratiquement indépendant, il ne reconnaît que le roi de Léontopolis. La riche cité d’Hérakléopolis Magna, aux portes du Fayoum est sous la coupe d’un vice-roi dont l’allégeance est plus que douteuse. Enfin, le Delta occidental est aux mains de princes indépendants.

Malgré ce tableau assez apocalyptique, Pimay dispose encore de quelques bastions en plus de Tanis. Boubastis, la cité d’où ses ancêtres libyens sont originaires, Memphis et Héliopolis lui demeurent néanmoins fidèles.

Les travaux de Pimay

Pimay disposait encore de suffisamment de ressources pour effectuer quelques travaux dans le grand temple d’Amon de Tanis. Il fit restaurer le lac sacré de ce même sanctuaire. Le musée du Louvre possède une stèle de Pimay (an 6) provenant de Boubastis. A Memphis, de stèles mise au jour au Serapeum mentionnent la présence de taureaux Apis durant le règne de Pimay. Ces informations sont longtemps restées les seules disponibles pour connaître le règne de cet obscur roi de la XXIIe dynastie.

Les annales d’Héliopolis

En 1998, des archéologues mirent au jour des annales provenant d’Héliopolis. Il s’agissait d’un grand bloc couvert de hiéroglyphes qui fut utilisé pour construire l’une des portes médiévales du Caire, Bab al-Nasr.

Les annales furent rédigées durant le règne de Chéchonq V (*), le fils et successeur de Pimay. Une partie du texte concerne le règne de Pimay. Les annales énumèrent des dons royaux au temple de Ra d’Héliopolis. L’importance des présents varient d’une année à l’autre. Cela permet de savoir que le roi ne disposait pas de ressources importantes et que certaines années étaient plus difficiles que d’autres pour le trésor royal. Le texte mentionne sept années de règne de Pimay. Durant chacune d’elle, il fit des présents. Il tentait de faire des dons relativement important afin de conserver sa légitimité au sein du clergé de Ra. Ce sanctuaire étant l’un des temples les plus important d’Egypte, il était vital pour Pimay de conserver son autorité dans ce lieu. Le contrôle d’Héliopolis lui permettait toujours, au niveau du prestige, d’être un roi de premier plan. Ainsi, il pouvait, au travers de la religion, rivaliser avec son concurrent de Léontopolis.

Les cartouches royaux des annales d’Héliopolis furent endommagés. Ils ont probablement été martelés lorsque le roi Tefnakht de Saïs (XXIVe dynastie) s’est emparé d’Héliopolis après en avoir chassé les dernières troupes d’Osorkon IV, dernier roi de la XXIIe dynastie. Le conquérant aurait ainsi tenté de supprimé les traces de la famille de son rival battu.

La statuette du British Museum

La stèle du Louvre provenant de Boubastis est assez grossière. Le raffinement des premiers rois de la XXIIe dynastie semble oublié. Néanmoins, le British Museum possède une petite statuette en bronze de Pimay. Cet objet en bronze de 26 cm de haut est assez fin. Le roi est agenouillé. Il tient des petits pots de vin dans ses mains. Pimay est coiffé de la couronne de Haute Egypte.

La succession de Pimay

La durée exacte du règne de Pimay demeure floue. Dans cette période de troubles, l’établissement d’une chronologie semble extrêmement difficile. A la mort de Pimay, son fils, Chéchonq V monte sur le trône. Ce roi de Tanis ne dispose plus que d’un territoire qui se réduit au Delta oriental et à la région memphite.

* Chéchonq IV appartient à la XXIIIe dynastie de Léontopolis. Comme il est monté sur le trône après Chéchonq III (XXIIe dynastie), mais avant Chéchonq V (XXIIe dynastie), la « numérotation » des rois passe d’une dynastie à l’autre.

Bibliographie sélective :

BAER (K.), The Libyan and Nubian kings of Egypt: Notes on the chronology of Dynasties XXII to XXVI , dans Journal of Near Eastern Studies , v. 32, n°1/2, 1973, p. 4-25.

BICKEL (S.), GABOLDE (M.), TALLET (P.), Des annales héliopolitaines de la Troisième Période intermédiaire , dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 98, 1998, p. 31-56.

BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt , Louvain, 2009.

DODSON (A.), HILTON (D.), The Complete Royal Families of Ancient Egypt , Le Caire, 2005.

KITCHEN (K.A.), Two donation stelae in the Brooklyn Museum , dans Journal of the American Research Centre in Egyptology , v. 8, 1969-1970, p. 59-67, fig. 1-4.

KITCHEN (K.A.), The third Intermediate Period (1100-650 B.C.) , Warminster, 1973.

SPENCER (P.A.), SPENCER (A.J.), Notes on Late Libyan Egypt , dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 72, 1986, p. 198-201.

Tanis. L’or des pharaons , Paris, 1987.

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