La composition de la famille en Egypte antique

Comment identifier les membres d'une famille égyptienne ? Toutes les reines étaient-elles des épouses de rois ?
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La famille en Egypte antique n’est guère différente de celle d’aujourd’hui. L’Egyptien se marie, il a des enfants. Mais la difficulté réside dans l’identification des membres de la famille. La principale source d’informations se trouve dans les bas-reliefs d’une tombe (hypogée ou mastaba). Mais le défunt qui fit réaliser la sépulture n’indique pas toujours les liens familiaux. En effet, pour lui, cela est tellement évident qu’il ne fait pas inscrire « mon fils X », « ma fille Y » ou encore « ma femme Z ». Qui, aujourd’hui indique sur ses photos « mon mari X », « ma mère Y » ?

Le problème de la polysémie des titres

Une seconde difficulté réside dans la polysémie des termes employés. « Za », le fils peut aussi désigner le petit-fils ! « Zat », la fille est aussi employée pour la petite fille. Les termes pour frère « Sen » et sœur « Senet » ont un sens bien plus vaste : oncle/tante, neveu/nièce, cousin/cousine, petit-cousin/petite-cousine… ! Père (It) et Mère (Mout) servent également pour désigner les grands parents maternels et paternels. Seul le terme d’épouse (Hemet) n’est utilisé que pour une seule personne ! A cette difficulté, il faut encore ajouter l’usage de noms très proches ou similaires. A titre d’exemple, les trois filles du roi Téti (VIe dynastie) eurent des fils nommés Téti-Ankh. Ce nom était aussi porté par un fils du roi !

Pour différencier les membres d’une famille, il faut étudier les titres de chacun. Tous ont généralement des carrières différentes. La place des personnes dans les bas-reliefs a aussi son importance. Enfin, seuls les enfants et l’épouse d’un défunt peuvent le toucher (en bas-relief). Il faut néanmoins admettre qu’un certain flou subsiste dans les analyses. Identifier les enfants, les petits-enfants, les parents, les grands-parents et les frères et sœurs ne posent généralement pas trop de difficultés. Mais il est souvent impossible de différencier les cousins des neveux.

La cour royale

Au niveau des rois, le problème se pose aussi. La confusion, fils / petit-fils a souvent posé des problèmes. En effet, un petit-fils de roi préfère indiquer qu’il est le petit-fils d’un roi que le fils d’un prince ! Aujourd’hui, on a souvent tendance à diminuer le nombre d’enfants des rois. Aux XIXe et XXe siècles on interprétait les inscriptions à la lettre. De nombreux petit-fils de rois sont ainsi devenus des fils de rois… Afin de justifier un nombre élevé d’enfants, certains égyptologues ont même employé la notion ottomane de « harem ». Certes, un roi pouvait avoir plusieurs épouses, mais il n’y a rien de comparable entre la cour d’Egypte et celle du sultan !

Les épouses et les reines

Seuls les rois du Nouvel Empire se sont un peu rapprochés de la notion ottomane de harem. Il y avait au sein des épouses royales deux rang : « épouse royale » et « grande épouse royale ». Cette dernière était la plus importante. Mais elle n’était pas nécessairement seule. Ainsi, Ramsès II avait deux grandes épouses royales en même temps : Isisnéfert et Néfertari. Par contre, Amenhotep II n’avait pas de « grande épouse royale » ! Le successeur était le fils ainé du roi, le rang de sa mère n’avait aucune importance.

Enfin, au sein de la famille royale, il faut distinguer le titre de reine et la notion d’épouse du roi. « Epouse royale » est un titre. Cela ne signifie pas nécessairement que sa détentrice est l’épouse du roi ! Plusieurs rois ont donné à leurs filles ces titres. L’étude de la correspondance entre les rois d’Egypte et du Proche-Orient a permis de comprendre ce phénomène. Ainsi, quand le roi de Babylone écrit à Akhénaton et qu’il évoque Néfertiti, il utilise le terme babylonien d’épouse. Mais quand il évoque la fille du roi d’Egypte Méritaton devenue « Grande épouse royale » il ne la qualifie que de fille ! Il fait même des reproches assez durs à Méritaton ce qu’il ne faisait pas avec Néfertiti. Le langage employé est différent entre la mère (épouse du roi) et la fille. Notons qu’aujourd’hui encore ce phénomène existe dans plusieurs monarchies. En Belgique, il y a deux reines (l’épouse du roi et la veuve de son prédécesseur) et seule l’une d’elle est l’épouse du roi ! « Reine » est donc bien un titre et pas un statut.

Il y a évidemment eut des cas de mariages consanguins. Souvent des rois épousaient leurs demi-sœurs. Mais les cas d’inceste sont souvent éliminés de l’histoire à cause de la confusion autour du terme de « reine ». L’époque ptolémaïque changea la conception de la cour royale. Là, les mariages directs entre frères et sœurs eurent bien lieu et Cléopâtre VII épousa même l’un de ses fils.

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