La critique historique, un outil pour l'historien

Après avoir trouvé un document, l'historien doit l'analyser de manière externe puis interne pour déterminer s'il peut l'utiliser en toute confiance.
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Avec l’heuristique, la critique historique fait partie des piliers sur lesquels est bâtie l’histoire. La critique historique est une science auxiliaire de l’histoire qui fut mise au point vers la fin du XIXe siècle. Elle doit être appliquée avec rigueur par le chercheur en histoire. Elle doit s’appliquer à tous les documents retrouvés par la démarche heuristique . Même les sources numériques doivent être analysées.

Définitions

La critique historique est une méthode critique, fondée sur la raison, méthode qui doit permettre de porter un jugement éclairé et dont le principe fondamental est que toute proposition avancée doit être vérifiable. Elle est, selon l’historien L. Genicot, «l’ensemble des règles à suivre pour établir, à partir de témoignages, les faits humains passés».

La critique historique est divisée en deux analyses: externe et interne. Dans la première, le document en lui-même est analysé, dans la seconde, c’est son contenu qui est étudié.

La critique externe

La critique externe débute évidemment par l’identification du document. Tout article, livre, site web doit être identifié. Le ou les auteurs doivent être connus. Le document doit être daté de manière précise. Son lieu de provenance doit être déterminé. Si des réponses sont connues, le document peut être utilisé, dans le cas contraire, il est abandonné. Ainsi, les articles d’un site web comme Wikipedia, ne doivent jamais être employés par le véritable historien. Le ou les auteurs ne sont pas identifiables, le document peut être modifié à tout instant. Ainsi, Wikipedia ne passe pas le premier point de la critique historique.

Il existe de nombreuses sources anonymes antiques, médiévales et modernes. Pour chacune d’elle, il faut une analyse qui permet de les dater et de les localiser: paléographie, linguistique, vocabulaire…

Après, ces vérifications, l’historien doit établir l’origine du document (critique de provenance), puis il doit se demander s’il s’agit d’une source authentique (critique d’authenticité). Si le document est un original authentique, il peut être employé en toute confiance. Ce cas de figure est cependant très rare. Si le document n’est pas authentique, il doit être rejeté, sauf si l’on s’intéresse aux faux (donation de Constantin…). S’il ne s’agit pas d’un original, il faut se demander à quel point la copie est fiable. Est-elle unique, quel est son lien exact avec le document original (critique de restitution)? Si ce lien ne peut être déterminé, il faut l’utiliser avec méfiance. Si l’original est perdu, il faut également se monter prudent.

La critique interne

Ensuite, commence la critique interne. Elle s’intéresse au contenu du document. Dans un premier temps, il faut comprendre le document. La connaissance de la langue du texte est indispensable. Il faut se méfier des anachronismes, des faux-amis (lors de traductions). Il est nécessaire de tenir compte du contexte socioculturel et personnel de l’auteur. Enfin, il ne faut pas vouloir trop tirer d’un document. Ce procédé s’applique également aux images et témoignages oraux. Dans un deuxième temps, l’historien applique la critique d’autorité du témoin. La personne qui décrit, peint, photographie… est-elle un témoin dépendant, direct? Est-elle compétente pour effectuer cette description? Est-elle sincère? Cette critique de sincérité s’applique en particulier aux documents issus de la presse. Il faut se méfier de la course à l’audimat, de la propagande en temps de guerre ou dans les dictatures. Toute rumeur doit être rejetée. Si le témoignage n’est pas direct, il faut s’interroger sur la qualité de la mémoire du témoin.

Confrontation des sources

Enfin, il faut contrôler le témoignage. S’il est multiple, il faut confronter les sources. L’historien ne doit jamais se contenter d’une seule réponse. Il faut donc vérifier les concordances, divergences et les contradictions des sources. Pour l’historien, l’argument du silence n’est pas un argument à prendre en compte. Si le témoignage historique est unique, il faut être prudent et se demander s’il est vraisemblable, s’il ne s’oppose pas aux lois logiques, physiques, morales et psycho-sociologiques.

Enfin, il est préférable d'avouer son ignorance et éviter de trancher entre deux ou plusieurs solutions.

Si ces règles étaient toujours appliquées avec la plus grande rigueur, on éviterait de nombreuses théories fumeuses: papesse Jeanne, recherche de l’Atlantide, massacres de Timisoara…

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