La nécropole de Meir et le temple d'Hathor de Cusae, en Egypte

Meir abrite l'une des plus exceptionnelles nécropoles de la VIe dynastie égyptienne. Découvrez la richesse de ces hypogés.
78

Meir est l’une des nécropoles du 14e nome de Haute Egypte dont le chef-lieu était Kis ou Cusae pour les Grecs. Les tombes hypogées de Meir furent fouillées par l’archéologue égyptien Chaschaba entre 1910 et 1914. Seules quelques publications d’articles d’A. Kamal permirent de connaître les résultats de cette mission. Dès 1912, l’université d’Oxford envoya A. Blackman à Meir pour étudier le site. Ce dernier fouilla pratiquement chaque année jusqu’en 1950. Il ne s’arrêta que durant la Seconde Guerre mondiale.

Hathor de Kis / Cusae

La déesse principale de Kis et de Meir était une forme d’Hathor. Le rhéteur Elien, au IIIe siècle de notre ère fut le seul écrivain de l’Antiquité à évoquer la divinité : « Il y a un district en Égypte appelé Cusae […] et il y avait un culte rendu à Aphrodite [Hathor] qui portait le titre d’Uranienne. Un hommage était également rendu à une vache car ils [Les Égyptiens] disaient que c’était parce qu’ils croyaient que les vaches étaient en relation avec cette déesse, car la vache est une puissante incitation à l’amour et à la passion pour un taureau. Le rythme du son du mugissement de la vache devient excitant et enflammant avec le désir bouillant du couple. […]. » ( De la nature des animaux , l. X, ch. 27). Seul un bloc du temple d’Hathor de Kis fut mis au jour, en 1901 par J. Clédat. Il datait de l’époque ptolémaïque. Deux plaquettes en or datant du règne de Ptolémée IV Philométor indiquent, en grec et en hiératique, que le temple fut refondé par ce roi Macédonien. Les deux objets sont aujourd’hui exposés à la Bibliothèque nationale d’Oslo (Norvège).

Géographie de Meir

Blackman divisa la nécropole de Meir en 5 secteurs (A, B, C, D et E). Dans la zone A, il y avait 4 tombes (trois de l’Ancien Empire et une du Moyen Empire) ; dans le secteur B il y avait 4 sépultures datant de la XIIe dynastie ; dans le secteur C, se trouvait une tombe du Moyen Empire ; dans la zone D, il y avait deux tombes de la VIe dynastie et quatre sépultures datant de la fin de l’Ancien Empire dans le secteur E.

Les objets mis au jour à Meir furent envoyés soit au musée du Caire, soit au musée régional de Mallawi. Quelques statuettes se trouvent dans des musées européens (Glyptothèque de Copenhague, Pitt-Rivers Museum d’Oxford, musée du Louvre, Eton College)

Les grandes tombes de l’Ancien Empire

Parmi les tombes de l’Ancien Empire, trois grandes sépultures abritaient des membres de la puissante famille de gouverneurs du 14e nome de Haute Egypte durant la VIe dynastie : Pepy-ankh Hery-Ib (D2), Ny-ankh-Pepy le noir (A1) et Pepy-ankh Heny le Noir (A2). Ces trois hypogées furent décorés. La tombe A2 est l’une des deux seules sépultures d’Egypte à posséder un serdab décoré. Des dizaines de statuettes du défunt furent peintes sur les parois de cette pièce qui se nommait « per-tout » en égyptien ancien (la chambre/pièces aux statues/représentations). Pepy-ankh Heny le Noir fut aussi l’un des seuls notables de l’Ancien Empire à faire représenter sa cérémonie funéraire.

Pepy-ankh-Hery-Ib fut l’un des rares vizirs provinciaux de l’Ancien Empire. Il eut une carrière très longue. Dans sa tombe, il présente ses enfants et même ses petits-enfants. Parmi ces derniers, l’un d’eux à déjà commencé sa carrière de fonctionnaire. Le propriétaire de cette tombe était aussi prêtre d’Hathor de Kis, juge, superviseur de scribes, chancelier du roi, prêtre d’Apis, confident du roi, scribe des archives royales…

Ainsi les tombes de Meir figurent parmi les joyaux de la VIe dynastie. Lorsque l’on visite la Moyenne Egypte, elles méritent un arrêt !

Bibliographie sélective :

ABOU-GHAZI, Statue 565 in Mallawi Museum , dans Annales du Service des Antiquités de l'Égypte , t. 65, 1988.

BLACKMAN (A.M.), The Ka-House and the Serdab , dans The Journal of Egyptian Archaeology , vol. 3, t. 4, 1916.

BLACKMAN (A.M.), The Rock Tombs of Meir , part IV, The tomb-chapel of Pepi'onkh the middle son of Sebekhotpe and Pekhernefert (D, No. 2) , Londres, 1924 ( Archaeological survey of Egypt , t. 25).

BLACKMAN (A.M.), APTED (M.R.) The Rock Tombs of Meir , part V, The tomb-chapels A, N°. 1 (that of ni-‘Ankh-Pepi the Black) A, N°. 2 (that of Pepi’onkh with the “good name” of Heny the Black), A, N°. 4 (that of Hepi the Black), D, N°. 1 (that of Pepi), and E, Nos. 1-4 (those of Meniu, Nenki, Pepi’onkh and Tjetu) , Londres, 1953 ( Archaeological survey of Egypt , t. 28).

CLÉDAT (J.), Notes archéologiques et philologiques , dans Bulletin de l’Institut Français d’Archéologie Orientale , t. 1, 1901.

FRASER (G.), A temple of Hathor at Kusae , dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 42, 1956, p. 97-98.

KAMAL (A.), Le tombeau nouveau de Méîr , dans Annales du Service des Antiquités de l'Égypte , t. 15, 1915.

KANAWATI (N.), The chronology of the overseers of priests at El-Qusiya in the Sixth Dynasty , dans Göttinger Miszellen , h. 111, 1989.

POLET (S.), Généalogie et chronologie chez les nobles de Meir et de Koçeir à l’Ancien Empire , dans Studi di Egittologia e di papirologia , t. 5, 2008, p. 81-94.

POLET (S.), Pepy-ankh Heny le noir de Meir (tombe A2) a-t-il usurpé le titre de vizir ? , dans Res Antiquae , t. VII, 2010, p. 417-428.

POLET (S.), Le rhéteur Élien et la cité égyptienne de Cusae , dans Volumen , n°4, 2010, p. 101-107.

WENZEL (G.), Die Funktion der Hilfslinien im Grab des Pepi-anch Heni-kem (Meir A2) , dans Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts Abteilung Kairo , b. 63, 2007, p. 337-358, t. 47-48.

Sur le même sujet