La plus grande collection d'égyptologie d'Europe, à Turin

Grâce à des rois de Savoie éclairés et des archéologues chevronnés, le musée égyptien de Turin a acquis la plus riche collection d'Europe.
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Le Museo Egizio de Turin possède la plus grande collection d’objets provenant de l’Egypte antique hors d’Egypte. Champollion lui-même louait le prestige de ce musée en affirmant « que la route pour Memphis ou Thèbes passait par Turin ».

De la mensa isiaca à l’expédition d’Egypte de Vitaliano Donati

Le premier objet du musée fut la mensa isiaca , la table de l’autel du grand temple d’Isis de Rome. Cet artéfact antique fut acheté en 1630 par Charles-Emmanuel Ier de Savoie. Mais il fallut attendre 1724, quand Victor-Amédée II de Savoie fonda le Museo della Regia Università di Torino , pour qu’il soit enfin exposé. En 1757, Charles-Emmanuel III de Savoie finança l’expédition de Vitaliano Donati en Egypte. Ce professeur de botanique ramena de nombreux objets en Italie.

Drovetti et Champollion

En 1824, Charles-Félix de Savoie réorganisa le musée qui devint alors le Regio Museo delle Antichità Egizie . Il fit acheter une partie importante de la collection de Bernardino Drovetti qui avait parcouru toute l’Egypte durant l’épopée de Bonaparte. Champollion vint alors à Turin pour étudier ces objets. Il y avait plus de 100 statues, des papyri, des stèles, des bijoux…

Les fouilles d’Ernesto Schiaparelli

En 1832, la collection fut transférée au palazzo dell’Accademia delle Scienze . Le plus célèbre directeur du musée fut Ernesto Schiaparelli. Il organisa de nombreuses missions de fouilles en Egypte. Ses équipes et lui-même fouillèrent à Héliopolis (1903-1904), à Giza (1903), dans la Vallée des Reines (1903-1906), à Deir et Médina (1905-1906 et 1909), à Gébélein (sud de Thèbes) (1910, 1911, 1914 et 1920). Il s’intéressa aussi à la Moyenne Egypte en explorant plusieurs sites antiques : Assiout (1905, 1908, 1910 et 1911-1913), Hermopolis (1903-1904), Qau el-Kébir (1905-1906). Son successeur, Giulio Farina poursuivit ses missions, notamment à Gébélein. Ensemble, ils ramenèrent à Turin plus de 18 000 objets ! Ernesto Schiaparelli fit restaurer la tombe de la célèbre reine Néfertari, l’une des deux grandes épouses royales de Ramsès II. Il mit au jour la tombe intacte de Kha à Deir el-Médina. Tout son contenu fut emporté en Italie. Enfin, parmi les plus célèbres fouilles de Schiaparelli, il y a celles des tombes des fils de Ramsès III dans la Vallée des Reines : Khaemouaset, Amonherképeshef et Sethherkhépeshef.

Le temple nubien d’el-Lasiya

L’ultime acquisition du musée fut le temple spéos d’el-Lasiya provenant de Nubie. Il fut découpé dans la roche afin d’échapper aux eaux du lac Nasser lors de la construction du haut barrage d’Assouan. Comme l’Italie avait financé une grande partie des travaux de sauvetage des temples de Nubie, le gouvernement égyptien lui offrit ce temple. Il fut remonté dans le musée égyptien de Turin en 1970.

Actuellement plus de 6500 objets sont exposés et plus de 26 000 sont stockés dans les réserves du musée. Ainsi, le nombre d’antiquités égyptiennes du Museo Egizio est supérieur à celui des collections d’autres grands musées : British Museum de Londres, Metropolitan Museum de New York, musée de Berlin, musée du Louvre… Parmi les plus célèbres artéfacts exposés à Turin, il y a la statue de Ramsès II en costume de particulier, le papyrus dit de Turin qui est une liste de tous les rois d’Egypte depuis le légendaire Ménès jusqu’à Merenptah (le fils et successeur de Ramsès II), la statue peinte du roi Amenhotep Ier (XVIIIe dynastie), les fragments de la chapelle de Djoser retrouvés à Héliopolis , le couvercle du sarcophage de Néfertari...

Bibliographie sélective :

Les chefs-d’œuvre du Museo Egizio de Turin. Guide officiel , par VASSILIKA (E.), trad. BRUANT (A.), Turin, Florence, 2009.

SCHIAPARELLI (E.), La missione italiana a Ghebelein , dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 21, 1921, p. 126-128.

VASSILIKA (E.), La tombe de Kha , trad., Turin, 2010.

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