La tombe inviolée du prince Chéchonq retrouvée à Memphis (Egypte)

En 1942, l'égyptologue A. Badawi mit au jour, à Memphis, la tombe du prince Chéchonq, fils ainé du roi Osorkon II et grand prêtre de Ra à Héliopolis.
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Le roi Osorkon II de la XXIIe dynastie eut une descendance nombreuse. Il avait au moins trois épouses et on lui connaît trois fils et deux filles. Il eut probablement un quatrième fils, son successeur, Takélot II. L’aîné était le prince Chéchonq. Son fils Hornakht décéda vers 10 ans et fut inhumé dans la nécropole royale de Tanis. La tombe du prince Nimlot qui fut «vice-roi» d’Hérakléopolis Magna puis grand-prêtre d’Amon à Karnak n’a pas encore été localisée.

Le prince Chéchonq était donc destiné au trône. Fils ainé du roi, il fut le grand-prêtre de Ra à Héliopolis (nord du Caire actuel), l’un des plus grands temples d’Egypte antique. Souvent, il fut nommé Chéchonq «D» par les égyptologues. Ceux-ci attribuèrent des numéros aux rois et des lettres capitales aux princes et princesses. En effet, les anciens n’utilisaient pas de numérotation pour identifier les membres d’une famille royale. Ainsi, Ramsès II n’eut pas conscience d’être le «deuxième» Ramsès. Le deuxième cartouche permettait de distinguer les rois les uns des autres.

La statue du prince Chéchonq au musée des Beaux Arts de Budapest (Hongrie)

Avant la découverte de sa tombe, le prince Chéchonq était connu essentiellement grâce à la statue découverte dans le Serapeum de Saqqara en 1852 et conservée au musée des Beaux Arts de Budapest, . Elle représente le prince en grand-prêtre de Ra d’Héliopolis. Il est à genoux et offre un naos contenant une statue du dieu funéraire de Memphis: Ptah-Sokar-Osiris. Haute de 103 cm et longue de 70 cm à sa base, elle fut offerte par le roi Fouad à l’ambassadeur de Hongrie. Ainsi, elle rejoignit la riche collection égyptienne du musée des Beaux Arts de Budapest qui compte plus de 4000 objets.

Le calice de Berlin

Le musée égyptien de Berlin (Berlin Est) possède également un objet au nom du prince Chéchonq, il s’agit d’un calice en faïence bleue. Il fut acheté en 1826 mais son lieu de découverte demeura inconnu. Sur cet objet de 12 cm de haut, on trouve une ligne de hiéroglyphes. Chéchonq y est qualifié de prince héritier. Sur l’extérieur du calice, il y a quelques représentations de divinités et l’œil oudjat (œil d’Horus).

La découverte de la tombe du prince Chéchonq à Memphis

En 1942, l’égyptologue égyptien A. Badawi mit au jour, à Memphis, la tombe du prince Chéchonq. Elle se situait dans l’enceinte du temple de Ptah. Badawi fut ravi de découvrir qu’elle était inviolée. Malheureusement, le climat relativement humide de ce secteur avait cependant détruit les matériaux d’origine organique: bois, papyrus, tissus… La totalité des objets mis au jour fut envoyée au musée du Caire. Cette découverte fut totalement ignorée à cause de la Seconde Guerre mondiale.

Le contenu de la tombe

Badawi découvrit 200 ouchebtis du prince dans la sépulture. 51 de ces petites statuettes funéraires étaient en excellent état de conservation. Le but de ces figurines était de travailler à la place du défunt dans l’au-delà. Les vases canopes de Chéchonq furent également mis au jour. De nombreux bracelets, amulettes et fragments de colliers furent également retrouvés. Plusieurs bijoux étaient en or massif. Le corps du défunt, reposant toujours dans le sarcophage intact, était malheureusement en très mauvais état. La majorité des ces bijoux n’est pas exposée au musée car ce prince est demeuré inconnu du grand public.

Le décor de la tombe

La tombe proprement dite était un édifice quadrangulaire. La façade était couverte de bas-reliefs et de hiéroglyphes. Les murs intérieurs étaient également décorés. Une grande liste indiquait les offrandes présentes dans la tombe, des extraits du Livre des Morts , des représentations des principales divinités du panthéon de la région memphite habillait la salle. Ce monument n’est malheureusement pas accessible aux touristes qui se rendent à Memphis (sud du Caire).

Seule la publication en allemand de A. Badawi, en 1954, dans les Annales du Service des Antiquités de l'Egypte permet de découvrir cette extraordinaire découverte.

Bibliographie sélective :

BADAWY (A.), "Das Grab des Kronprinzen Scheschonk, Sohnes Osorkon’s II und Hohenpriesters von Memphis", dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 54, 1954, p. 153-177, t. I-XVI.

JANSEN-WINKELN (K.), "Weiteres zum Grab Osorkons II" , dans Göttinger Miszellen , h. 102, 1988, p. 31-39.

TAIT (G.A.D.), "The Egyptian relief chalice", dans The Journal of Egyptian Archaeology , v. 49, 1963, p. 93-139.

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