La tombe inviolée du roi Chéchonq II retrouvée à Tanis (Egypte)

En 1939, la tombe inviolée d'un roi égyptien inconnu, Chéchonq II, fut mise au jour à Tanis dans le Delta du Nil.
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Au début de l’année 1939, la mission française dirigée par l’orientaliste Pierre Montet met au jour une nécropole royale dans l’antique capitale de Tanis, dans le Delta oriental du Nil. Les archéologues découvrent les sépultures pillées des rois Osorkon II, Takélot II et du prince Hornakht de la XXIIe dynastie. Les choses allaient changer quand l’égyptologue G. Goyon pénétra dans une tombe royale inviolée. Il raconta cette découverte: «C’est alors qu’apparut l’inscription gravée sur le bandeau ventral du sarcophage avec les cartouches porteurs du protocole royal que j’eus le plaisir de déchiffrer le premier: " Héqakheperrê Chéchanq-aimé d’Amon ", lis-je à haute voix. Montet s’irrita: "Vous avez certainement mal lu, on ne connaît pas de roi portant ce prénom-là", déclara-t-il» (GOYON (G.), La découverte des trésors de Tanis , Paris, 2004, p. 138). Chéchonq II, roi d’origine libyenne de la XXIIe dynastie venait d’entrer dans l’Histoire moderne.

La tombe de Chéchonq II à Tanis

Goyon et Montet furent émerveillé par cette découverte: «Nos yeux s’habituant peu à peu, on distinguait à présent dans l’ombre la profondeur d’une salle. […] Ce qu’on vit alors nous saisit d’émerveillement… Le rêve! Le rêve légendaire de tout archéologue […] voir s’ouvrir devant soi la vraie caverne d’Ali Baba. Le rêve venait de se réaliser! […] Devant nous, à même le sol, on distinguait vaguement un amoncellement d’objets indistincts sur lesquels ruisselaient, en pluie, des paillettes d’or. Une série de vases de pierre et d’albâtre, parmi lesquels des vases canopes, appuyés, toujours debout, contre le mur. A droite, une forme noire à reflets violets s’allongeait sur une estrade de pierre. Une statue? Cela ressemblait plutôt à un coffre de momie, oui, une sorte de sarcophage anthropomorphe, mais surmonté d’une tête d’oiseau, un sarcophage si insolite que de mémoire d’archéologue on n’en avait encore jamais vu de semblable. Une fissure sur le flanc de la cuve laissait échapper des reflets… d’or poli, brillant, inaltéré, comme neuf […]. Le lendemain, en présence du roi Farouk […], nous soulevâmes ensemble le couvercle du sarcophage d’argent. C’est alors qu’apparut dans toute sa beauté, fixé par la magie du métal incorruptible, le masque d’or, l’image rayonnante, du pharaon Héqakheperré-Chéchanq. […] Ce magnifique masque, frappé dans une seule plaque d’or pur, d’une épaisseur d’un millimètre, était non seulement une admirable pièce d’orfèvrerie, mais aussi un document historique de premier ordre […]» (GOYON (G.), La découverte des trésors de Tanis , Paris, 2004, p. 133-148).

Les archéologues mirent au jour de nombreux bijoux en pierres précieuses, un masque funéraire en or, un cercueil en argent massif. Ce métal était plus précieux que l’or en Egypte, car il était plus rare. La célèbre tombe de Toutankhamon ne contenait qu’un petit gobelet en argent. Même si les matériaux organiques avaient disparu à cause du climat humide du Delta, cette découverte était capitale. Pour la première fois de l’histoire, une tombe royale égyptienne était découverte intacte! Même celle de Toutankhamon avait été pillée à deux reprises avant d’être définitivement scellée. Montet eut la chance de trouver quelques jours plus tard, une deuxième tombe inviolée, celle du roi Psousennès Ier ( XXIe dynastie ). La Seconde Guerre mondiale dissimula ces découvertes….

L’origine de Chéchonq II

Chéchonq II était le fils du roi Osorkon Ier et de la reine Maatkaré. Il eut deux épouses: Nestanebtashrou et Nesitaoudjatakhet. Il fut nommé par son père à la tête du temple d’Amon de Karnak. Alors qu’il avait une cinquantaine d’années, Osorkon le fit revenir à Tanis et l’associa au trône. Iouwelot, son demi-frère, le remplaça à Karnak. Osorkon Ier espérait ainsi former son fils avant qu’il lui succède. Mais Chéchonq II décéda quelques mois après avoir été nommé roi. Il serait resté roi avec son père durant 3 ans. Takélot Ier , un autre demi-frère de Chéchonq II, fut finalement le successeur d’Osorkon Ier.

La descendance de Chéchonq II

Parmi les enfants de Chéchonq II, le prince Harsiésis s’illustra. En effet, il fut grand-prêtre d’Amon à Karnak et il finit par se rebeller contre le roi. Il fut à l’origine de la XXIIIe dynastie. Les rois de cette nouvelle dynastie, luttèrent contre leurs parents de Tanis, plongeants ainsi l’Egypte dans la guerre civile et le morcellement du pouvoir.

Bibliographie sélective

DODSON (A.), HILTON (D.), The Complete Royal Families of Ancient Egypt , Le Caire, 2005.

GOYON (G.), La découverte des trésors de Tanis , Paris, 2004.

KITCHEN (K.A.), The third Intermediate Period (1100-650 B.C.) , Warminster, 1973.

REEVES (N.), Les grandes découvertes de l'Égypte ancienne , trad. BAUM (N.), Paris, 2001.

Tanis. L’or des pharaons , Paris, 1987.

ZIEGLER (Chr.), Les trésors de Tanis , Capitale oubliée des pharaons de l'an mille , Paris, 2001 ( Antiqva ).

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