La XXIIe dynastie en Egypte : les Libyens au pouvoir

Le début de la XXe dynastie fut un renouveau de la puissance royale égyptienne. Mais la fin fut tragique pour le prestige de cette même monarchie.

Chéchonq Ier monta sur le trône d’Egypte à la mort du roi Psousennès II , le dernier roi de la XXIe dynastie . Il était l’un des principaux conseillers de ce dernier. La prise de pouvoir fut donc pacifique. Chéchonq n’était pas le premier Libyen à monter sur le trône, à Tanis. L’un de ses ancêtres, Osorkon l’Ancien avait déjà été roi durant la XXIe dynastie.

Chéchonq Ier, un roi bâtisseur et guerrier

Chéchonq Ier, comme tous ses successeurs ne mit jamais son origine libyenne en avant. Sa famille étant très bien intégrée dans la noblesse égyptienne, il se comporta comme un grand roi du Nouvel Empire. Il relança les grandes constructions (portique des Boubastides à Karnak, temple d’Amon d’ el-Hibeh ). Le roi fut aussi un guerrier, il lança une campagne en Nubie et dirigea une guerre en Palestine. Les Egyptiens n’étaient plus présents dans ses régions depuis l’époque de Merenptah (successeurs de Ramsès II). Il fit graver l’histoire de ses exploits à Karnak. A cause de cette guerre, il fut accusé, par la Bible, d’avoir pillé Jérusalem . Ce fait d’arme n’est toutefois pas attesté par l’archéologie et n’est pas raconté dans les annales de Chéchonq à Karnak…

Osorkon Ier et Chéchonq II

Le fils et successeur du roi, Osorkon Ier qui avait épousé la fille de Psousennès II, poursuivit l’œuvre de son père. Il fut aussi un bâtisseur (salle hypostyle du temple de Bastet à Boubastis, agrandissement du temple d’Isis à Atfih). Comme son père, Osorkon renouvela les liens d’amitiés entre l’Egypte et le royaume phénicien de Byblos. A la fin de son règne, il associa son fils, Chéchonq II , au trône. Malheureusement, ce dernier décéda avant Osorkon. Toutefois, cet éphémère roi devint célèbre grâce à la découverte de sa tombe inviolée à Tanis (1939). Ce fut un second fils d’Osorkon qui lui succéda, Takélot Ier . Celui-ci n’est pratiquement qu’un nom dans l’Histoire de la dynastie.

Takélot, Osorkon II et Harsiésis

Osorkon II succéda à Takélot. Lui aussi effectua de grands travaux à Tanis, à Memphis (tombe du prince Chéchonq ), à Boubastis… Durant son règne, Osorkon II dut faire face à la révolte du grand-prêtre d’Amon de Thèbes, Harsiésis , fils de Chéchonq II. Celui-ci se proclama roi. Osorkon parvint à restaurer son autorité sur la Haute Egypte après le décès d’Harsiésis. Le roi de Tanis fut aussi confronter, pour la première fois, à la menace assyrienne. Il envoya des troupes pour soutenir les princes du Levant.

La guerre civile : Takélot II et le prince Osorkon

Takélot II succéda à Osorkon II. Ce dernier envoya son fils ainé, le prince Osorkon, à Thèbes pour devenir grand-prêtre d’Amon. Le prince se montra brutal. Une violente guerre civile débuta. Durant 15 ans l’Egypte fut malmenée. Le prince fut chassé de Thèbes par le fils d’Harsiésis. Le roi décéda à cette époque. Un autre prince, Chéchonq III monta sur le trône alors que le fils ainé du roi Takélot II était toujours en vie ! Un tel événement ne s’était jamais produit.

Chéchonq III et le morcellement du royaume

Chéchonq III fut confronté au réveil de la noblesse locale. Léontopolis fit sécession (XXIIIe dynastie). Son frère récupéra son poste à Thèbes et refusa de reconnaître Chéchonq III. Afin de conserver les territoires qui lui restait, le roi partagea son royaume en fiefs et les confia à ses fils. Ce morcellement provoqua des rivalités exacerbées entre les membres de la famille royale.

Pimay et Chéchonq V, le crépuscule de Tanis

Pimay succéda à son père dans cette période de troubles. Son règne très peu connu devint plus clair grâce à la découverte d’un texte en hiéroglyphes retrouvé dans l’une des portes médiévales du Caire. Ces annales décrivaient les principales actions du roi.

Chéchonq V monta sur le trône à la mort de son père. Le morcellement de son royaume se poursuivit. Le prince de Saïs devint indépendant. Le dynaste de Mendès s’autoproclama roi. A la fin de son règne, Héliopolis et Memphis furent prises par Tefnakht de Saïs (XXIVe dynastie). Le royaume de Chéchonq V était donc réduit à une partie du Delta oriental (Tanis et Boubastis).

La fin des rois de Tanis

Le successeur de Chéchonq V fut peut-être un éphémère Pédoubastet II. Après celui-ci, Osorkon IV devint le dernier roi de Tanis. Devenu vassal des Assyrien, il finit par se soumettre au conquérant nubien Piankhy (vers 715 avant notre ère).

Le début de la XXIIe dynastie fut une période brillante. Un renouveau de la monarchie. Les arts de cette époque renouèrent avec les traditions du Nouvel Empire. Néanmoins, le déclin fut rapide. Le morcellement du territoire se produisit en quelques décennies. Les rivalités entre les membres de la famille royale provoquèrent des guerres et l’avènement de la XXIIIe dynastie. Ces dissensions permirent l’indépendance de certains princes et facilitèrent la conquête de l’Egypte par Piankhy.

Bibliographie sélective :

BADAWY (A.), Das Grab des Kronprinzen Scheschonk, Sohnes Osorkon’s II und Hohenpriesters von Memphis , dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 54, 1954, p. 153-177, t. I-XVI.

BAER (K.), The Libyan and Nubian kings of Egypt : Notes on the chronology of Dynasties XXII to XXVI , dans Journal of Near Eastern Studies , v. 32, n°1/2, 1973, p. 4-25.

BICKEL (S.), GABOLDE (M.), TALLET (P.), Des annales héliopolitaines de la Troisième Période intermédiaire , dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 98, 1998, p. 31-56.

BROEKMAN (G.P.F.), Libyan rule over Egypt. The influence of the tribal background of the ruling class on political structures and developments during the Libyan Period in Egypt , dans Studien zur Altägyptischen Kultur , b. 39, 2010, p. 85-99.

BROEKMAN (G.P.F.), DEMARÉE (R.J.), KAPER (O.E.), The Libyan Period in Egypt , Louvain, 2009.

KITCHEN (K.A.), The third Intermediate Period (1100-650 B.C.) , Warminster, 1973.

LECLANT (J.) s. dir., L’Égypte du crépuscule. De Tanis à Méroé 1070 av. J.-C. – IVe siècle apr. J.-C. , Paris, 2009 ( L’Univers des Formes - Egypte ).

POLET (S.), Bibliographie : la XXIIe dynastie égyptienne (période libyenne) et les trésors de Tanis , dans Volumen , n°4, 2010, p. 115-126.

RITNER (R.K.), The Libyan Anarchy. Inscriptions from Egypt’s Third Intermediate Period , éd. WENTE (E.), Atlanta, 2009 ( Writings from the Ancient World , n. 21).

Sur le même sujet