L'antique Tadmor, aux origines de Palmyre

Plus de deux millénaires avant Zénobie de Palmyre, la cité Tadmor vivait déjà du commerce dans le désert syrien.
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L’oasis et la cité de Palmyre sont essentiellement connues pour l’époque de la célèbre reine Zénobie, au IIIe siècle de notre ère. La cité de Palmyre entre dans l’Histoire en 41 avant notre ère. Elle est citée par l’historien antique Appien d’Alexandrie. D’après ce dernier, Antoine avait envoyé sa cavalerie pour piller la cité lors de sa guerre contre les Parthes : « Après que celle-ci [Cléopâtre VII] se fut embarquée pour retourner dans ses Etats, il [Antoine] envoya la cavalerie contre la ville de Palmyre, située non loin de l’Euphrate, pour la mettre au pillage, quoiqu’il n’eût que peu de choses à reprocher à ses habitants, savoir que, placés sur les confins des provinces romaines et des Parthes, ils avaient l’adresse de se ménager également entre les Parthes et les Romains ; car les habitants de Palmyre étaient adonnés au commerce. Ils faisaient venir par la Perse les produits de l’Inde et de l’Arabie et les répandaient dans les pays soumis aux Romains. La véritable intention d’Antoine était de gorger sa cavalerie de butin ; mais les habitants, ayant été prévenus, transportèrent tout ce qu’ils avaient de plus précieux au-delà de l’Euphrate : ils se rangèrent sur le rivage, armés de flèches, espèce d’arme dans le maniement de laquelle ils sont supérieurs et ils attendirent l’ennemi. La cavalerie d’Antoine trouva la ville déserte à son arrivée ; elle s’en retourna, sans tenter de passer le fleuve et sans rien enlever » ( Guerres civiles , V, 1, 9).

Le texte d’Appien est bien la plus ancienne mention du toponyme Palmyre pourtant, l’archéologie a démontré que le site était déjà occupé des siècles avant Antoine. Les plus anciennes traces archéologiques et épigraphiques remontent même à l’époque d’Hammurabi au XVIIIe siècle avant notre ère ! Palmyre se nommait alors Tadmor. Elle conserva ce nom pendant de nombreux siècles.

Tadmor et les archives de Mari

Les archives de la cité de Mari (Syrie) contiennent plusieurs mentions de Tadmor. Au XVIIIe siècle la cité du désert syrien était menacée par des Nomades, les Soutéens. La tablette d’argile 745 [V 23] de Mari évoque ces événements : « Gâzizânum, Abî-sarê, Hammi-talû, le Soutéen, ainsi que 2000 Soutéens se sont réunis pour tenir conseil. Ils sont partis pour razzier les troupeaux à la pâture du pays de Qatna. Avant même cela, une autre troupe, d’une soixantaine de Soutéens, est allée razzier Tadmor et Nashalâ. Ils sont revenus bredouilles et les gens de Tadmor en ont même tué un. » Tadmor était située sur un axe reliant Mari, sur l’Euphrate, à Qatna et Qadesh, au nord de la plaine de la Beqâ. Tadmor vivait donc déjà du commerce et attirait les convoitises. Tadmor vivait notamment du commerce de l’étain. Elle en fournissait aux Egyptiens qui étaient présents aux Levant durant le Nouvel Empire (de Touthmosis III à Ramsès II).

Tadmor et les Assyriens

Au XIVe siècle, Tadmor fut mentionnée dans les textes des tablettes d’Emar, une autre cité du nord de la Syrie. Les Annales assyriennes nommèrent la cité oasienne « Tadmor du désert » et elles qualifièrent ce lieu de refuges de brigands. Le roi Tiglat-Palazar Ier (1115-1077) pilla la cité : « Vingt-hui fois », dit le roi, « j’ai combattu les Araméens ; (une fois) j’ai (même) traversé l’Euphrate deux fois dans l’année. Je les ai vaincus de Tadmor au pays d’Amurru, à Anat dans le Suhu et jusqu’à Rapiqu, qui est en Karduniash. J’ai ramené leur butin et leurs biens dans ma ville d’Assur » Tadmor disparu alors de l’histoire pendant environ un millénaire avant de réapparaître sous le nom de Palmyre.

Une Tadmor biblique ?

La Bible mentionne une « Tadmor du désert » dans le Deuxième Livre des Chroniques (8, 4) à l’époque de Salomon. Dans le Premier Livre des Rois (9, 17-18), la cité est nommé Tamar du désert. Elle apparaît dans le contexte de la guerre du roi d’Egypte Chéchonq Ier (XXIIe dynastie). Il est aujourd’hui certain que ce roi ne s’aventura pas dans le désert syrien jusqu’à Palmyre. Tamar n’est donc pas Tadmor.

Tadmor, Palmyre et Hadrien

Le nom de Tadmor ne disparut pas complètement lorsque la cité se nommait Palmyre. Sous le principat d’Hadrien (117-138), la ville prit le nom d’ Hadrianos Palmyrènos en l’honneur de l’empereur. Mais certaines inscriptions livrèrent un second nom : Hadriana Tadmôr !

Bibliographie sélective :

ABDALLAH (F.), Palmyre dans le complexe économico-politique du XVIIIe siècle av. J.-C. , dans Les annales archéologiques arabes syriennes : revue d'archéologie et d'histoire , t. 42, International Colloquium Palmyra and the silk road. Palmyra 7-11 april 1992 , 1996, p. 131-135.

DEGEORGE (G.), préface de VEYNE (P.), Palmyre. Métropole caravanière , Paris, 2001.

Documents épistolaires du palais de Mari , présentés et traduits par DURAND (J.-M.), t. 2, Paris, 1998 ( Littératures anciennes du Proche-Orient , n°17).

DU MESNIL DU BUISSON (R.) COMTE, La découverte de la plus ancienne Palmyre , dans Bulletin de la Société des antiquaires de France , 1966, p. 86-89.

En Syrie. Aux origines de l’écriture , Turnhout, 1997.

GRANDET (P.), Les pharaons du Nouvel Empire : une pensée stratégique (1550-1069 avant J.-C.) , Monaco, 2008 ( L’art de la guerre ).

GUBEL (E.), OVERLAET (B.), De Gilgamesh à Zénobie. Trésors de l’antiquité, Proche-Orient et Iran , Bruxelles, 2007.

MAR‘I (‘A.), Palmyra as an important station on the caravan’s road during the second millennium B.C. , dans Les annales archéologiques arabes syriennes : revue d'archéologie et d'histoire , t. 42, International Colloquium Palmyra and the silk road. Palmyra 7-11 april 1992 , 1996, p. 137.

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