Le roi égyptien Ouserkaré, assassin ou successeur de Téti ?

Ouserkaré fut longtemps considéré comme un usurpateur, l'assassin du roi Téti. Pépy Ier l'aurait même fait disparaître de l'Histoire.
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Dans toutes les autobiographies des nobles du début de la VIe dynastie connues à ce jour, le successeur de Téti semble toujours être le roi Pépy Ier Méryré. Pourtant dans la célèbre liste royale d’Abydos, un nom figure entre ces deux rois: Ouserkaré. Le papyrus de Turin cite également un roi après Téti, mais le nom n’est pas conservé. L'historien égyptien Manéthon , quant à lui, n’évoquait pas Ouserkaré mais précisait que Téti avait été assassiné par son garde du corps.

Ouserkaré, un usurpateur?

Pour quelques chercheurs du XXe siècle (H. Goedicke, N. Grimal), Ouserkaré devint un usurpateur, l’assassin de Téti. L'égyptologue J. Vercoutter confina son règne à la Basse Egypte. Pour compléter son hypothèse, il s’appuya sur la fête- sed de Pépy Ier. Elle fut réalisée en l’an 36 de son règne. Pour l’égyptologue français, qui pensait que les fêtes- sed s’effectuaient à partir de l’an 30 d’un règne, cela signifiait que Pépy Ier avait passé 6 ans à reconquérir l’Egypte. Pépy Ier aurait donc estimé que son règne véritable» commençait en l’an 6. Cette idée selon laquelle les fêtes- sed s’effectuaient à partir de l’an 30 d’un règne à longtemps été considérée comme un "dogme". Elle est aujourd’hui remise en question. Un roi effectuait sa fête- sed quand il souhaitait montrer que son règne était long et stable. Quelques rois attendirent effectivement 30 ans, mais la plupart d’entre eux furent moins patients. Pépy Ier n’était pas obligé de faire sa fête en l’an 30. Rien dans l’histoire de son règne ne laisse entendre qu’il dut combattre un usurpateur dans le Nord de l’Egypte.

Ouserkaré et la liste royale d’Abydos

La liste royale d’Abydos, gravée sous Séthy Ier était un répertoire des plus illustres rois d’Egypte. Le père de Ramsès II avait pris soin d’éliminer les rois qu’il considérait comme illégitimes : Hatchepsout, Akhénaton, Smenkaré, Néfernéférouaton, Toutankhamon, Ay (pour la XVIIIe dynastie), les rois d’Hérakléopolis Magna (IXe et Xe dynasties), les rois Hyksos (XVe dynastie)... Les premiers rois thébains ne figurent même pas dans la liste alors qu’ils étaient légitimes. Pourtant, le cartouche d’Ouserkaré figure entre celui de Téti et de Pépy Ier. Cela semble difficilement conciliable avec un statut d’assassin de roi et d’usurpateur du trône !

De nouvelles données

Lors de ses fouilles à Saqqara Sud, l’égyptologue suisse Gustave Jéquier a trouvé, sur le couvercle d’un sarcophage, un texte en hiéroglyphes qu’il jugea illisible. A la fin des années quatre-vingt-dix, Michel Baud et Vassil Dobrev se réintéressèrent à ce texte gravé sur le couvercle du sarcophage de la reine Ankhenès-Pépy III, épouse de Pépy II Néferkaré. Ils parvinrent à lire une partie des hiéroglyphes. Il s’agissait d’annales royales officielles rédigées à la fin de la VIe dynastie. Le début commençait avec le règne de Téti. Après lui, une case contenait un cartouche et un nom d’Horus illisibles à cause de l’usure du temps. Ce roi était resté très peu de temps sur le trône avant Pépy Ier. Il fut jugé légitime par les successeurs de ce dernier puisque son nom fut inscrit sur un texte royal officiel! Ouserkaré n’avait donc pas subi de damatio memoriae . La brièveté de son règne explique l’absence quasi-totale de traces archéologiques permettant de confirmer son existence. Pépy Ier n’a donc jamais fait supprimer son nom.

Ouserkaré, un roi légitime

L’égyptologue allemand R. Stadelmann proposa donc de voir en Ouserkaré un fils de Téti qui eut un règne très bref. D’après le chercheur, la mère de ce roi était probablement la reine Khouit II. A sa mort, son demi-frère, Pépy Ier lui succéda.

Les traces d’Ouserkaré

Quelques sceaux permettent de confirmer l’existence d’Ouserkaré ainsi qu’une lame de cuivre sur laquelle fut gravé son nom. L’égyptologue français V. Dobrev tenta de retrouver la pyramide d’Ouserkaré. Si l’édifice ne fut certainement pas achevé, les travaux durent commencer dès les premières semaines du règne. Il mit au jour, au début des années 2000, une nécropole à Tabbet el-Guech, à Saqqara Sud. La campagne de 2005-2006 permit de comprendre que les sépultures exhumées dataient non pas du début de la VIe dynastie mais de la fin de celle-ci. Tabbet el-Guech n’était donc pas le lieu que choisit Ouserkaré pour construire sa pyramide. Le monument n’a toujours pas été retrouvé à ce jour.

Bibliographie sélective :

BARTA (W.), "Bemerkungen zur Chronologie der 6. bis 11. Dynastie", dans Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde , b. 108, 1981.

BAUD (M.), DOBREV (V.), "De nouvelles annales de l’Ancien Empire égyptien. Une « Pierre de Palerme » pour la VIe dynastie", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 95, 1995.

KANAWATI (N.), "New evidence of the reign of Userkare ? ", dans Göttinger Miszellen , h. 83, 1984, p. 31-37.

MATHIEU (B.), "Travaux de l'Institut Français d'Archéologie Orientale en 2003-2004", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 104, 2004, p. 586-762.

PANTALACCI (L.), DENOIX (S.), "Travaux de l'Institut Français d'Archéologie Orientale en 2005-2006", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 106, 2006, p. 333-453.

VERCOUTTER (J.), L'Égypte et la vallée du Nil , t. 1, Des origines à la fin de l'Ancien Empire , Paris, 1992 ( Nouvelle Clio ).

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