Le roi Téti, fondateur de la VIe dynastie égyptienne

Téti eut un règne long et prospère, il fit bâtir sa pyramide à Saqqara. En 2009 celle de sa mère fut mise au jour.
62

Au XXe siècle certains égyptologues pensèrent que le roi Téti était étranger à la famille royale de Memphis. Aujourd’hui, cette théorie a été abandonnée. L’archéologie et l’épigraphie ont apporté les preuves que Téti fût lié à son prédécesseur Ounas . Ainsi, le découpage en dynasties de l’Ancien Empire réalisé par Manéthon se trouve une nouvelle fois erroné. La mère de Téti se nommait Zeshezeshet Ière. Pour l’égyptologue J. Yoyotte, elle était une fille d’Ounas. Elle aurait épousé l’un de ses demi-frères, le prince Shepses-pou-Ptah. Téti serait donc un petit-fils d’Ounas. J. Vercoutter, quant à lui, pensait que Zeshezeshet Ière n’était pas une fille d’Ounas, mais que Téti demeurait un petit-fils d’Ounas par son père. Enfin H. Altenmüller proposa que Zeshezeshet Ière fût l’une des épouses d’Ounas. Cette fois Téti devint fils du dernier roi de la Ve dynastie. La pyramide de la mère de Téti fut mise au jour en janvier 2009. Elle était située à proximité des deux pyramides des reines de Téti. Zeshezeshet Ière était liée à la Ve dynastie, mais son lien exact avec Ounas demeure inconnu à ce jour.

La famille de Téti

Téti eut au moins deux épouses dont les pyramides furent retrouvées au nord de son complexe funéraire situé à Saqqara Nord. La reine Ipout Ière fut la mère du futur roi Pépy Ier Méryré et du prince Téti-ankh, décédé avant son père. La reine Khouit II fut peut-être la mère de l’éphémère successeur de Téti, le roi Ouserkaré. Téti eut aussi trois filles mais leurs mères demeurent inconnues. Watet-ket-her Zeshezeshet épousa le vizir Mérérouka; Noub-ket-Nebty Zeshezeshet fut l’épouse d’un autre vizir de Téti, Kagemni. Enfin, la princesse Zeshezeshet Sheshyt épousa le noble Wadj-ha-Téti Nefer-seshem-Ptah Sheshy qui devint également vizir de son beau-père.

Durée du règne et chronologies problématiques du papyrus de Turin

La place de Téti dans les grandes listes royales fut toujours la même. Il succéda à Ounas et il précéda l’éphémère Ouserkaré. Le papyrus de Turin, liste royale datant de la XIXe dynastie lui attribua un règne de 29 ans, 6 mois et vingt et un jour (selon la restitution de W. Barta). Il faut demeurer prudent avec les dates avancées par cette source tardive. Il a été prouvé, à de nombreuses reprises, que cette liste livrait des dates erronées. Pour la première dynastie, elle accordait 63 ans de règne à Qaa alors qu’il demeura probablement 25 ans sur le trône. Le papyrus attribuait aussi au premier roi de la IIe dynastie 95 ans de règne. Cette chronologie excessive a été infirmée par l’archéologie. Il attribua sept ans de règne à Shepseskaré ( Ve dynastie ) alors qu’il fut roi pendant une période beaucoup plus brève. A la VIe dynastie, il attribuait à Pépy II un règne de 94 ans (restitution de W. Barta). A nouveau, des archéologues ont démontré qu’il était faux et excessif. D’après l’épigraphie, son règne ne dépassa pas 63 ou 64 ans: une durée déjà très longue qui permit malgré tout à ses trois fils de monter sur le trône: Merenré II Nemtyemsaf II, Menkaré et Néferkaré II.

L’histoire du règne de Téti

Les sources permettant de décrire le règne de Téti sont peu nombreuses. Seule une inscription des carrières d’Hatnub (Moyenne Egypte) et des fragments des annales de Saqqara sud permettent d’avoir des informations. L’inscription de la carrière d’Hatnub signale que le roi régna au moins 12 ans, qu’il effectua une expédition dans ce lieu pour obtenir de la calcite. Cette roche (parfois appelée à tort albâtre) permettait de confectionner des objets de luxe et du mobilier funéraire. Téti offrit des objets en calcite au roi de Byblos. Un sistre portant les titres du roi fut retrouvé à Dendera. Cet objet en calcite est aujourd'hui exposé au Metropolitan Museum de New York. Le texte des annales de Saqqara sud furent retrouvé gravé sur le sarcophage de la reine Ankhenès-Pépy III, l’une des reines de Pépy II. Cette source importante permet de confirmer le nom de la mère de Téti. Elle indique également que le roi ne possédait qu’un seul cartouche.

La pyramide de Téti

Téti fit construire sa pyramide à Saqqara nord. Elle était située à proximité de celle de Menkaouhor (Ve dynastie). Elle était haute de 52,5 m et large (à la base) de 78,5 m. Les murs de la chambre funéraire furent couvert par le célèbre Texte des Pyramides. Le temple haut était assez vaste et comprenait de nombreux magasins et une cour à péristyle. La petite pyramide satellite du roi fut élevée à côté de ce lieu de culte. Le temple bas n’a jamais été fouillé.

L’essor économique et démographique de l’Ancien Empire put ainsi se poursuivre grâce au règne assez long et stable de Téti. La VIe dynastie fut probablement l’apogée de l’Ancien Empire. En effet, environ 85 % des tombes des nobles connues datent de cette dynastie! Cela indique que le nombre d’individus ayant accès à un niveau de vie élevé s’est fortement accru. Jadis, cette dynastie fut considérée comme le crépuscule de l’Ancien Empire. Cette idée a été balayée par les recherches modernes.

Bibliographie sélective :

BARTA (W.), "Bemerkungen zur Chronologie der 6. bis 11. Dynastie", dans Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde , b. 108, 1981.

BAUD (M.), DOBREV (V.), "De nouvelles annales de l’Ancien Empire égyptien. Une « Pierre de Palerme » pour la VIe dynastie", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 95, 1995.

BAUD (M.), Famille royale et pouvoir sous l'Ancien Empire égyptien , 2 t., 2e éd., Le Caire, 2005 (Institut Français d'Archéologie Orientale, Bibliothèque d'étude, t. 126).

BECKERATH (J.) VON, "The date of the end of the Old Kingdom of Egypt", dans Journal of Near Eastern Studies , v. 21, 1962.

CWIEK (A.), Relief decoration in the royal funerary complexes of the old Kingdom , Varsovie 2003.

GOEDICKE (H.), The Death of Pepi II – Neferkare , dans Studien zur Altägyptischen Kultur , b. 15, 1988.

KANAWATI (N.), Governmental reforms in Old Kingdom , Warminster, 1980.

PANTALACCI (L.), DENOIX (S.), "Travaux de l'Institut Français d'Archéologie Orientale en 2005-2006", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 106, 2006, p. 333-453.

RYHOLT (K.), "The Late Old Kingdom in the Turin King-list and the Identity of Nitocris", dans Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde , b. 127, 2000, p. 87-100.

VERCOUTTER (J.), "La fin de l'Ancien Empire: un nouvel examen", dans Sesto Congresso Internazionale di Egittologia, Atti , vol. 2, Turin, 1993.

YOYOTTE (J.), "A propos de la parenté féminine du roi Téti (VIe dynastie)", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 57, 1958.

Sur le même sujet