L'empereur Constantin, un meurtrier devenu saint

Constantin, premier empereur romain chrétien fut aussi le meurtrier de son fils ainé et de sa première épouse.
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L’empereur Constantin Ier figure encore aujourd’hui dans la liste des saints de nombreuses églises chrétiennes (arménienne, orthodoxes, catholique, anglicane…). Dans la plupart des dictionnaires, il est présenté comme celui qui mit fin aux persécutions des Chrétiens. Adepte de la nouvelle foi, il en fit même la religion de l’empire romain. Constantin organisa aussi l’église lors du célèbre concile de Nicée. Enfin, il fut le fondateur de la nouvelle capitale de l’empire : Constantinople.

Pourtant, Constantin Ier fut un personnage controversé dans l’Antiquité. Si les sources chrétiennes mettent en avant ses actions, elles taisent de nombreux aspects de la vie de cet empereur du IVe siècle de notre ère.

Constantin et la tétrarchie

Constantin Ier était le fils de l’empereur Constance Chlore. Ce denier fut nommé César, comme Galère par Dioclétien. En 305, lors de l’abdication de Dioclétien et de Maximien Hercule, Galère et Constance Chlore devinrent empereurs (Augustes). Ils se choisirent deux nouveaux César : Sévère II et Maximin Daia. Ce système de gouvernement fut appelé la tétrarchie. Il était composé de deux Augustes et de deux Césars. Constantin n’apprécia pas d’être écarté du pouvoir lors de la nomination des deux Césars. En 306, Constance Chlore décéda. Constantin se fit acclamé César par les troupes de son père. Il mettait ainsi en péril la tétrarchie. L’année suivante, Constantin fut acclamé Auguste. Constantin lutta pendant de nombreuses années contre les autres empereurs. La guerre civile prit fin en 324 avec la défaite de Licinius. A cette date, Constantin était maître de tout l’empire.

Constantin, Fausta et Crispus

Constantin épousa, en seconde noce Fausta. Mais sa première épouse, Minervina, demeura au palais avec son fils Crispus nommé César. D’après l’historien Zosime, Constantin fit exécuter son fils et sa femme dans des conditions particulièrement atroces : « son fils Crispus, qui avait été jugé digne du rang de César, comme je l'ai dit auparavant, et avait été soupçonné d'avoir une liaison avec sa belle-mère Fausta, il le fit mourir sans aucun égard pour les lois naturelles ; comme Hélène, la mère de Constantin, s'indignait d'une telle violence et ne pouvait admettre le meurtre du jeune homme, Constantin, comme pour la consoler, porta remède à ce mal par un mal pire ; après avoir en effet ordonné de chauffer outre mesure un bain et y avoir placé Fausta, il ne l'en ressortit que morte ». ( Histoire nouvelle , livre II, ch. XXIX, § 1-2). Un autre auteur, le pseudo-Aurélius Victor livra la même version de ces meurtres : « Constantin [...] fit exécuter son fils Crispus à l'instigation, pense-t-on, de son épouse Fausta. Puis il fait tuer sa femme Fausta en la faisant jeter dans un bain brûlant, en raison des reproches de sa mère Hélène, très affligée par la mort de son petit-fils ». ( Abrégé des Césars , ch. XLI, § 11-12).

L’historien Eutrope, peu hostile au christianisme, évoqua d’autres assassinats : « Il persécuta d'abord ses proches, tua son fils [Crispus], un homme remarquable, et le fils de sa sœur [Licinianus], un jeune garçon au caractère agréable, bientôt après sa femme, puis de nombreux amis ». ( Abrégé d'Histoire romaine , livre X, ch. VI, § 3).

La version chrétienne

L’historien chrétien Sozomène tenta de discréditer les versions des écrivains hostiles à l’empereur : « Je n'ignore pas ce que racontent les païens. Après avoir tué certains de ses plus proches et contribué à la mort de son fils Crispus, Constantin se serait repenti et serait entré en communication, pour une purification, avec le philosophe Sopatros qui présidait alors l'école de Plotin. Celui-ci lui aurait dit qu'il n'y avait aucune purification pour de tels crimes. L'âme inquiète de ce refus, l'empereur aurait rencontré alors par hasard des évêques, qui lui aurait promis de le purifier de toute faute par le repentir et le baptême : l'empereur, enchanté de ce qu'ils eussent parlé conformément à son but, aurait admiré leur doctrine, serait devenu chrétien et aurait amené ses sujets à ce culte. Il me semble à moi que tout cela a été inventé par ceux qui cherchent à diffamer la religion chrétienne. Crispus en effet, à cause duquel, disent-ils, Constantin avait besoin d'une purification, mourut la vingtième année du règne de son père, après avoir, étant encore en vie, édicté avec son père biens des lois en faveur des chrétiens ». ( Histoire ecclésiastique , livre I, ch. V, § 1-2).

Il est pratiquement certain que Crispus et Fausta furent assassinés par ordre de Constantin. Mais, l’empereur ne fut pas baptisé après ces événements. En effet, durant l’Antiquité, le baptême était réalisé peu de temps avant la mort. Constantin se convertit, d’après les chrétiens, au moment de la bataille contre Maxence l’un de ses rivaux en 312. Il était donc chrétien au moment de la mort de son fils et de sa première épouse.

L’homme réalisa de grandes choses, fut un grand capitaine à la tête des légions, mais sa personnalité fut controversé et toutes ses réalisations ne furent pas appréciées. Les fils et successeurs de Constantin : Constantin II, Constance II et Constant se montrèrent aussi impitoyable que leur père envers leurs rivaux potentiels au sein de leur propre famille.

Bibliographie sélective :

LANÇON (B.), Constantin (306-337) , Paris, 1998 ( Que sais-je ? ).

LUCIEN-BRUN (X.), Constance II et le massacre des princes , dans Bulletin de l’Association Guillaume Budé , série 4, 1973, p. 585-602.

MORRISSON (C.) s. dir., Le monde byzantin , t. 1, L'Empire romain d'Orient (330-641) , Paris, 2004 ( Nouvelle Clio ).

REMONDON (R.), La Crise de l'Empire romain , 3e éd., Paris, 1997 ( Nouvelle Clio ).

WILLIAMS (S.), Dioclétien. Le renouveau de Rome , trad. D’HAUTCOURT (A.), Gollion, 2006 ( Collection Memoria ).

Textes antiques :

EUTROPE , Abrégé d'histoire romaine , trad. HELLEGOUARC'H (J.), Paris, 1999 ( C.U.F. ).

PSEUDO-AURÉLIUS VICTOR, Abrégé des Césars , texte établi, traduit et commenté par FESTY (M.), 2e tirage, Paris, 2002 ( C.U.F. ).

ZOSIME, Histoire nouvelle , t. I, Livres I et II , trad. PASCHOUD (F.), Paris, 2000 ( C.U.F. ).

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