Les principales divinités adorées à Antioche sur l'Oronte

Zeus, Apollon et la muse Calliope étaient les divinités protectrices de la riche cité d'Antioche sur l'Oronte en Syrie.
17

Durant l’Antiquité, Antioche sur l’Oronte, l’une des quatre cités de la Tétrapole, fondation de Séleucos Ier , fut une des plus grandes cités de l’Orient hellénistique puis romain. Le géographe Strabon qui visita la ville à la fin du Ier siècle avant notre ère la décrivit ainsi : « La ville peut être dépeinte d’un mot comme une agglomération de monuments et de temples » ( Géographie , XVII, 10). Libanios, au IVe siècle de notre ère rédigea une description passionnée de sa cité pour l’empereur Julien qui avait mal vécu son séjour sur place : « Notre cité était ainsi un séjour pour les dieux au point que nous pourrions rivaliser avec l’Olympe, si nous le voulions » ( Antiochilkos , 115). Ces deux passages sont certes lapidaires mais ils mettent tout deux en avant les temples de la cité syrienne.

Zeus

Le dieu poliade était Zeus. En plus de veiller sur la cité, Zeus était aussi le dieu protecteur de son fondateur, Séleucos Ier, un ancien général d’Alexandre le Grand. Un sanctuaire de Zeus Néméen fut construit sur les pentes du mont Silpios. Ce sanctuaire dominait Antioche. Libanios rattacha ce temple et ses environs à la mythologie. L’un des héros de la guerre de Troie serait venu dans la région et aurait ainsi fondé le temple et une première cité antérieure à la fondation d’Antioche, Ionè : « Quant au fameux Triptolème qui menait la quête de la jeune Argienne [Io], après avoir établi le peuple qu’il guidait, il construisit une ville au pied de la montagne et un temple à Zeus Néméen dans la ville ; il appela la ville Ionè du nom de la fille d’Inachos » ( Antiochilkos , 51). Ainsi Séleucos acheva l’œuvre de Triptolème.

Le chroniqueur byzantin Malalas révèle, quant à lui, l’existence d’un deuxième grand sanctuaire, celui de Zeus Keraunios. Sa fondation fut, cette fois-ci, liée au héros grec Persée : « Le même Persée fonda pour les Argiens un sanctuaire qu’il dédia au « feu éternel ». » ( Chronographie , VIII, 199).

Séleucos fut, d’après la légende, guidé par Zeus. En effet, alors qu’il effectuait un sacrifice à Antigoneia, cité fondée par son ancien rival Antigone le Borgne, il fut guidé par un aigle jusqu’au lieu-dit de Bottiaia. L’aigle de Zeus indiqua ainsi le lieu où Séleucos devait fonder Antioche. Plus tard, le roi fit construire un temple de Zeus Bottiaios pour commémorer cet événement.

Enfin, l’historien romain Tite-Live (LXI, 20, 9) évoqua la construction d’un grand temple de Zeus Olympien dans le quartier d’Epiphaneia. Ce sanctuaire fut bâti durant le règne d’Antiochos IV Epiphane.

Malheureusement, l’archéologie n’a pas encore retrouvé un seul vestige de ces grands temples. Néanmoins, de nombreuses mosaïques retrouvées à Antioche sont liées aux différents mythes impliquant Zeus.

Apollon

Apollon était avec Zeus, l’un des dieux poliade d’Antioche. Il était aussi l’ancêtre mythique des Séleucides. L’oracle de Didymes avait même déclaré Séleucos Ier fils d’Apollon. Le roi rivalisait ainsi avec Alexandre qui avait été fils de Zeus d’après l’oracle d’Amon de Siwa .

Apollon veillait sur Daphné, un faubourg d’Antioche. Séleucos Ier planta un bois sacré dans cette localité et fit dresser une statue du dieu réalisée par le sculpteur Bryaxis. Ce sanctuaire d’Apollon devint même un oracle à l’époque romaine. L’Apollon de Daphné était l’Apollon musagète, le protecteur des neuf muses , divinités des arts et des lettres.

Calliope

Enfin, la muse Calliope, divinité de la poésie épique (et de l’éloquence) devint la protectrice d’Antioche. Elle disposait même d’un temple dans la cité. Cette situation était assez exceptionnelle car généralement les muses étaient considérées comme un ensemble. Elles n’étaient pratiquement jamais adorées individuellement. Ce choix s’explique, entre autre, par la volonté de rivalisé avec Alexandrie d’Egypte, autre cité des arts et des lettres à cette époque.

Bien d’autres divinités étaient adorées à Antioche (Artémis, Arès, Héraklès, Hermès, Déméter, Pan, Dionysos…), mais aucune d’elle ne fut aussi importante que Zeus, Apollon et Calliope.

Bibliographie sélective :

Alexander der Grosse und die Öffnung der Welt. Asiens Kulturen im Wandel , s. dir. HANSEN (S.), WIECZOREK (A.), TELLENBACH (M.), Mannheim, 2009 ( Publikationen der Reiss-Engelhorn Museen , b. 36).

CABOURET (B.), Les cultes grecs d’Antioche , dans Topoi , t. 7, 1997, p. 1005-1022.

LASSUS (J.), La ville d’Antioche à l’époque romaine d’après l’archéologie , dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt , II, Principat , b. 8, s. dir. TEMPORINI (H.), HAASE (W.), Berlin, New York, 1977, p. 54-102.

SARTRE (M.), D'Alexandre à Zénobie. Histoire du Levant antique IVe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C. , Paris, 2001.

WILL (E.), Antioche sur l’Oronte, métropole de l’Asie , dans Syria , v. 74, 1997, p. 99-113.

Sur le même sujet