Les principaux dieux des Nabatéens de Pétra

Après la suprématie d'Ilah, Dûshara s'imposa à la tête du panthéon nabatéen. Plusieurs dieux de Pétra furent adorés par les conquérants romains.
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Pétra est aujourd’hui un site visité par de nombreux touristes qui admirent essentiellement les tombeaux-façades de l’antique capitale des Nabatéens. La religion de ce peuple arabe est rarement présentée au grand public. Pourtant, elle exista pendant plusieurs siècles.

Ilah

Avant la sédentarisation des Nabatéens, l’un des principaux dieux du panthéon était Ilah ou Ilahay. Son nom servait fréquemment pour composer des noms de personnes: «Abd-Ilah(ay)»: serviteur de d'Ilah… En arabe et en araméen, le substantif nabatéen "Ilah" est traduit par «dieu». Ilah est donc Le dieu par excellence. Il est un lointain descendant du El sumérien et du Ilu Babylonien. Ilah était l’un des rares dieux à ne pas avoir de parèdre et d’enfant. Mais, même s’il fut un dieu important pour les premiers Nabatéens, son culte s’éteignit avec la sédentarisation et la construction de Pétra. Chez les autres peuples arabes (Safaïtes ou Thamoudéens) de la région son culte se poursuivit.

Dûshara (Dusarès)

Le chef du panthéon nabatéen était Dûshara, hellénisé en Dusarès. Son nom signifiait «celui de Shara». Sharâ(y) en nabatéen peut se traduire par les termes suivants: «contrée», «chemin», «montagne». Le nom du dieu se rapportait probablement à une montagne. Le chroniqueur Etienne de Byzance, rapporta, au Moyen Âge qu’il existait un pic du nom de Dusarès en Arabie. Ce toponyme n’a malheureusement pas été localisé. Dûshara fut choisi comme dieu dynastique par les rois Rabbel II et Arétas IV . Plusieurs inscriptions attestent de ce fait: «Dûshara, dieu de Rabbel [II]»; «Le dieu de Rabbel [II]» ; «Dûshara, dieu de notre Maître [Arétas IV]» (inscription d’Hégra).

Le culte de Dûshara se poursuivit sous l’empire romain. Il fut parfois assimilé à Arès comme l’atteste un passage de Suidas, auteur byzantin: «C’est le dieu Arès à Pétra d’Arabie. Le dieu Arès est très honoré chez eux, et surtout celui-là. L’idole est une pierre noire, quadrangulaire, aniconique. Sa hauteur est de 4 pieds [120 cm] et sa largeur est de 2 pieds [60 cm]. Il repose sur une base recouverte d’or. Ils lui offrent des sacrifices et lui versent le sang des victimes. Telle est leur libation. L’or brille dans tout le temple et les offrandes y sont nombreuses».

Le culte de Dûshara

Le texte de Suidas permet de comprendre une partie du culte de Dûshara. Il n’y avait pas de représentation anthropomorphe du dieu. Un bétyle sacré, c’est-à-dire, une pierre monolithique, servait de représentation du dieu. Comme chez de nombreux peuples du Levant, son culte était sanglant. Ce type de cérémonie se retrouve même dans la Bible: «Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des bassins, et l’autre moitié du sang, il la répandit sur l’autel» ( L’Exode , XXIV, 6) «puis il [Aaron] prendra du sang de taureau et en aspergera avec le doigt le côté oriental du propitiatoire; devant ce propitiatoire il fera de ce sang sept aspersions avec le doigt» ( Le Lévitique , XVI, 14).

Néanmoins, Dûshara ne fut pas toujours assimilé à l’Arès des Gréco-romains. Parfois, comme le rapporta Isidore de Charax, il fut rapproché de Dionysos. Avec l’arrivée des Romains, les dieux nabatéens prirent parfois une forme humaine.

Al-Kutbâ

Al-Kutbâ fut également une divinité importante pour les Nabatéens. Il était, comme son nom l’indique, le dieu de l’écriture. En effet, dans de nombreuses langues sémitiques du Levant, la racine «ktb» désigne l’écriture, le livre.

Al-Uzzâ, l a très forte

La déesse Al-Uzzâ dont le nom signifie «la très forte» était une entité cosmique qui fut assimilée à Vénus – Aphrodite. Néanmoins, son culte, sous sa forme nabatéenne se répandit dans certaines régions de l’empire romain. Des archéologues retrouvèrent des traces d’Al-Uzzâ en Dacie (actuelle Roumanie)!

La mort de la religion des Nabatéens

La religion nabatéenne s’éteignit dans le sang au IVe siècle de notre ère, quand les empereurs romains chrétiens ordonnèrent la fermeture des sanctuaires païens . Des révoltes des fidèles, à Pétra, furent réprimées violemment par Théodose II .

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