Les tombeaux à nefesh dans l'architecture de Pétra et du Levant

Bien avant les grandes tombes à façade de palais, réalisées dans les falaises de Pétra, de plus petits monuments funéraires furent élevés dans la cité.
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Les plus anciennes sépultures de Pétra ne sont pas les gigantesques tombeaux à façade de palais comme le Khazneh, le Deir ou le monument dit Corinthien. Les premières tombes importantes de la cité nabatéenne de Pétra furent des monuments à nefesh. En arabe, nefesh signifie personne. Il représente donc un individu. Il désigne aussi le cippe funéraire qui peut rappeler le défunt. Parfois le substantif nefesh désigne une tour funéraire, en particulier lorsqu’il est employé dans l’architecture palmyrénienne.

Un nefesh, à Pétra et dans le sud du couloir syro-palestinien, est généralement un monument quadrangulaire. Il possède une base composée parfois de quelques degrés. Au-dessus est élevé le monument lui-même, il est généralement surmonté par une corniche. Une petite pyramide parfois surmontée d’un pyramidion ou d’un fleuron complète l’édifice. Peu de monuments furent pourvus d’épigraphes. A Pétra, ces tombeaux, normalement construits, furent parfois creusés dans la roche.

Influence achéménide?

La tombe de Cyrus, le fondateur de l’empire perse achéménide, a peut-être inspiré ce type de monument. Toutefois, la sépulture du roi des rois n’était pas surmontée d’une pyramide mais d’un toit à deux pentes.

Les tombeaux à nefesh au Levant

Parfois, plusieurs pyramides surmontent un tombeau. A Pétra, il existe ainsi un monument funéraire à quatre nefesh, probablement réalisé pour quatre individus d’une même famille. Ce type de monument se répandit dans toute la péninsule arabique et au Levant durant les IIIe, IIe et Ier siècles avant notre ère. On en trouve à Hermel, Madaba, dans la vallée du Cédron (tombeau de Zacharie), Diocésarée, etc. En Judée, l’architecture de ces tombeaux se complexifia. Ils devinrent plus hauts, plus larges et furent parfois dotés de deux étages. Certains furent garnis de colonnes ou d’antes.

Les tombeaux à nefesh dans les textes antiques

Même les textes anciens évoquent cette architecture levantine. Ainsi, dans la Bible, il est question de la sépulture du père de Simon: «Simon bâtit sur la sépulture de son père et de ses frères un monument de pierres polies tant par derrière qu’en façade, assez haut pour être vu. Il érigea sept pyramides, l’une en face de l’autre, à son père, à sa mère et à ses quatre frères. […] Tel est le mausolée qu’il fit à Modîn […]» ( Premier livre des Maccabées , XIII, 27-30).L’écrivain Lucain fut l’un des seuls auteurs à décrire les tombes des Ptolémées. D’après lui, elles étaient surmontées de pyramides. Ces sépultures étant dans la cité d’Alexandrie, il ne peut s’agir de monuments aussi grands que les pyramides de Giza ou de Saqqara. A ce jour, ces mausolées n’ont pas encore été localisés par les archéologues: «[…] tandis qu'Alexandre a sur le Nil un vaste et superbe tombeau, que des pyramides immenses couvrent les cendres des Ptolémées, et d'une foule de rois qui ont été la honte du trône, le corps de Pompée est le jouet des flots, et poussé d'écueil en écueil, se brise contre le rivage!» (Lucain, La Pharsale , VIII, 695-699).

Les inventeurs des nefesh?

Les premiers monuments à nefesh ont probablement été réalisés à Amrit, une petite cité phénicienne. Grâce aux routes commerciales développées dans toute la Méditerranée par les Phéniciens, il est possible de trouver des monuments dans leurs anciennes zones d’influences: sud de l’Espagne et Afrique du nord.

Bibliographie sélective

ABAD CASAL (L.), DENDALA GALÁN (M.), "Los sepulcros turriformes de Daimuz y Villajoyosa : dos monumentos romanos olvidados", dans Lucentum , t. 4, 1985, p. 147-184.

CID PRIEGO (C.), "El sepulcro de torre mediterráneo y sus relaciones con la tipología monumental", dans Ampurias , t. 11, 1949, p. 91-126.

MOUTON (M.), "Les tours funéraires d’Arabie, nefesh monumentaux", dans Syria , v. 74, 1997, p. 81-98.

STUTCHBURY (H.E.), "Excavations in the Kidron Valley", dans Palestine Exploration Quarterly , 1961, p. 101-113.

"The Tomb of Cyrus", dans STRONACH (D.), Pasargadae. A report on the excavations conducted by the British Institute of Persian Studies from 1961 to 1963 , Oxford, 1978, p. 24-43, pl. 19-39 .

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