Les travaux de Jean-Philippe Lauer à Saqqara, en Egypte

L'architecte français Jean-Philippe Lauer consacra l'essentiel de sa carrière à l'étude du complexe funéraire du roi Djoser à Saqqara.
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L’architecte français Jean-Philippe Lauer (1901-2001) consacra l’essentiel de sa carrière à l’étude du complexe funéraire du roi Djoser à Saqqara. Ce brillant chercheur commença à travailler sur place en 1931. Il poursuivit les premières grandes recherches menées par l’archéologue britannique Cecil M. Firth. L’architecte français fouilla inlassablement l’immense domaine funéraire du fondateur de la IIIe dynastie pendant 70 années. Il tenta de dégager des sables la totalité du site. S’il ne parvint pas à bout de cette tâche, il permit néanmoins de connaître la totalité des constructions du complexe de Djoser.

Lauer entreprit aussi de reconstruire par anastylose (reconstruction à l’identique quand les structures sont connues avec certitude) les divers éléments du domaine de Djoser. A nouveau, cette tâche est inachevée. Cela s’explique aisément car toutes les structures ne sont pas connues avec certitude. Il est donc impossible de les reconstruire. De plus, cela demande des moyens financiers considérables. Il faudra encore des décennies pour arriver à relever l’essentiel du domaine de Djoser. Néanmoins, l’histoire retiendra que ce fut Lauer qui initia le projet.

Lauer et le roi Sekhemkhet (IIIe dynastie)

Si le grand public connaît généralement l’œuvre de Lauer dans le complexe de Djoser, il ignore généralement qu’il effectua d’autres recherches à Saqqara. En 1963, il fouilla près de la pyramide de Sekhemkhet , probable successeur de Djoser. Il mit au jour le tombeau Sud de ce roi. Malheureusement, il dû abandonner ce chantier. Depuis cette année là, les structures liées au domaine funéraire de Sekhemkhet disparaissent progressivement sous les sables de Saqqara.

Lauer et le successeur de Chéfren (IVe dynastie)

En 1962, Lauer s’intéressa à la grande excavation de Zaouyet el-Aryan. Son étude architecturale permit de comprendre que cette immense pyramide à peine commencée datait de la IVe dynastie . Il démontra qu’elle était postérieure aux règnes de Djedefra et de Chéfren . Depuis cette étude, il est admis que le roi qui fit construire cette structure était le successeur de Chéfren et le prédécesseur de Mykérinos .

Lauer et Ouserkaf, premier roi de la Ve dynastie

De 1948 à 1952, Jean-Philippe Lauer fouilla le temple haut et la pyramide d’ Ouserkaf , premier roi de la Ve dynastie . Il dégagea les structures du temple qui étaient enfouies sous les sables. Il compléta le plan que Cecil Firth avait dressé en 1928. Jean-Philippe Lauer eut l’occasion de refouiller ce secteur voisin de celui de Djoser en 1977 et en 1993. Aidé par l’égyptologue français Audran Labrousse, Lauer dressa un plan complet du temple haut, étudia toutes les inscriptions encore sur place. Il fit restaurer, par Ali el-Khouli, la descenderie de la pyramide. En 1993, Labrousse et Lauer s’intéressèrent à la pyramide de la reine Neferhetepès. Ils découvrirent que cette femme fut la première à disposer d’un petit temple pour son culte devant sa pyramide. Lauer pensa que la reine était la mère d’Ouserkaf. Cette hypothèse est aujourd’hui abandonnée. Plusieurs égyptologues ont désormais démontré que Neferhetepès fut l’épouse d’Ouserkaf.

La construction des pyramides

En 1989, Lauer écrivit l’une des meilleures publications consacrées à la construction des pyramides. Cette étude magistrale demeure toujours valable. Il démontra que seule une rampe frontale permettait d’acheminer les matériaux jusqu’au sommet des immenses structures funéraires de l’Ancien Empire.

Il arriva parfois à Lauer de se tromper, en 1961, il écrivit que la pyramide de Seila , dans le Fayoum, datait de la IIIe dynastie. En 1986, l’égyptologue américain qui fouillait le site découvrit que cette construction datait du règne de Snéfrou , premier roi de la IVe dynastie. L’erreur de Lauer n’était guère importante mais elle rappelle qu’en archéologie, comme en science, une théorie est vrai que jusqu’au moment où l’on prouve qu’elle est fausse !

Bibliographie sélective :

BAUD (M.), Djéser et la IIIe dynastie , Paris, 2002 ( Les grands pharaons ).

BAUD (M.), Famille royale et pouvoir sous l'Ancien Empire égyptien , 2 t., 2e éd., Le Caire, 2005 ( Institut Français d'Archéologie Orientale, Bibliothèque d'étude , t. 126).

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FIRTH (C.M.), Report on the excavations of the Department of antiquities at Saqqara (November, 1929-April, 1930) , dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 30, 1930, p. 393-396.

LAUER (J.-P.), Le développement des complexes funéraires royaux en Egypte depuis les temps prédynastiques jusqu’à la fin de l’Ancien Empire , dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 79, 1979, p. 355-394, pl. LVI-LIX.

LAUER (J.-P.), Fouilles et travaux divers effectués à Saqqarah de novembre 1951 à juin 1952 , dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 53, 1955, p. 153-166, pl. I-X.

LAUER (J.-P.), Les petites pyramides à degrés de la IIIe dynastie , dans Revue archéologique , 1961, t. II, 1961, p. 5-15.

LAUER (J.-P.), Le problème de la construction de la grande pyramide , dans Revue d’Égyptologie , t. 40, 1989, p. 91-111, pl. 1-3.

LAUER (J.-P.), Recherche et découverte du tombeau sud de l’Horus Sekhem-Khet dans son complexe funéraire à Saqqarah , dans Revue d’Égyptologie , t. 20, 1968, p. 97-107.

LAUER (J.-P.), Sur l’âge et l’attribution possible de l’excavation monumentale de Zaouiêt el-Aryân , dans Revue d’Égyptologie , t. 14, 1962, p. 21-36.

LAUER (J.-P.), Le temple haut de la pyramide du roi Ouserkaf à Saqqarah , dans dans Annales du Service des Antiquités de l'Egypte , t. 53, 1955, p. 119-133, pl. I-IV.

LECLANT (J.), CLERC (G.), Saqqarah , dans Fouilles et travaux en Égypte et au Soudan, 1976-1977 , dans Orientalia , v. 47, f. 1, 1978, p. 275-281.

LECLANT (J.), CLERC (G.), Saqqarah , dans Fouilles et travaux en Égypte et au Soudan, 1992-1993 , dans Orientalia , v. 63, f. 3, 1994, p. 377-385.

LECLANT (J.), CLERC (G.), Seila , dans Fouilles et travaux en Égypte et au Soudan, 1986-1987 , dans Orientalia , v. 57, f. 3, 1988, p. 336, pl. XXXII-XXXIII.

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