L'heuristique : la science de la recherche de l'historien

Quelques bases pour effectuer une recherche correcte et objective en Histoire.
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On considère souvent la critique historique comme le principal pilier de cette science. On imagine aussi qu’avoir une belle bibliothèque permet d’être historien. Lire est certes important pour le chercheur, mais il doit avant tout trouver les bonnes informations. L’historien professionnel applique les règles de la critique historique à ses démarches, mais avant tout, son savoir est basé sur l’heuristique. Il s’agit là du principal pilier de l’histoire. Cette discipline, essentiellement développée en Allemagne, est la science de la recherche en histoire. Elle peut prendre différents noms: heuristique, stratégie de recherche, science de la recherche... Dans certaines universités francophones, un étudiant en licence ou en baccalauréat (pour la communauté française de Belgique) suit jusqu’à 120 heures théoriques d’heuristique sur deux ou trois ans. S’il est consciencieux, le nombre d’heure de pratique est probablement décuplé.

Les bases de la recherche

Une démarche heuristique s’applique dès qu’une recherche débute. Dans un premier temps, il faut parfaitement maîtriser l’objet de l’étude. Il faut vérifier les concepts, les lieux étudiés. Il existe de nombreux dictionnaires de géographie, d’étymologie, de toponymie. Toutes les langues de recherche doivent être employées. Cela permet d’éviter de nombreuses erreurs. Les concepts peuvent varier d’un pays à un autre. Par exemple: pour un francophone de Belgique, avoir son bac signifie avoir réussi ses trois premières années d’université (ou de haute école). Les traductions de noms de lieux peuvent provoquer des confusions : Monaco pour un Italien, c’est Munich !

Après cette étape liminaire, l’historien établie une stratégie de recherche. Il utilise les principales encyclopédies et collections afin de bien cerner la problématique qu’il étudie. Il doit aussi établir le contexte historique de l’événement choisi. Il consultera donc plusieurs encyclopédies (Universalis, Britannica…) et de grandes collections (Collection U, Nouvelle Clio, Que sais-je, Cursus…).

Les bibliographies

Ensuite débute la recherche bibliographique. L’historien doit tendre vers l’exhaustivité. Jamais, il ne se contente d’une source unique d’information. Il existe des manuels pour l’aider dans cette démarche. S’il ne maîtrise pas parfaitement le domaine de son étude, il commence par consulter des bibliographies de bibliographies. Ensuite, il dépouille les bibliographies rétrospectives. Chaque pays dispose de ce type d’outil de travail. Comme le nom l’indique ces bibliographies ne sont plus complétées, il est donc nécessaire de compléter la collecte d’informations par des bibliographies courantes. De nouveau, pour chaque pays, il y a une ou plusieurs bibliographies de ce type. Enfin, il existe, dans certains domaines de recherche, des bibliographies spécialisées.

Collecte de travaux et d’articles

Le dépouillement de ces bibliographies permettra de trouver l’essentiel des travaux (livres) concernant l’objet d’étude. Ces références doivent impérativement être complétées par des articles de revues. Car c’est dans ces dernières qu'est publié l'état de la recherche. Etant donné leur coût, elles ne sont généralement consultables que dans les bibliothèques nationales ou universitaires. Une recherche ne se limite évidemment pas à la seule langue française. Par exemple, traiter de la Seconde Guerre mondiale sans utiliser les recherches en langues anglaise et allemande serait inepte pour un historien professionnel.

Les sources imprimées

L’historien est souvent amener à consulter les sources. Car se limiter aux travaux ne permet pas de faire avancer la recherche, cela ne produit que des résumés. Il existe de nombreux types de sources, dont celles éditées : publications officielles, décisions de justice, publications d'institutions ou d'organismes non officiels, mémoires et correspondances, gravures, estampes, lithographies, photographies, cartes postales, presse...

Les archives

L’historien ne se limitant pas aux sources imprimées, il doit rechercher les autres sources: orales, archéologiques (si nécessaire), archives… Ces dernières sont généralement dans des dépôts d'archives. Afin de connaître le contenu et le mode de fonctionnement du dépôt, il existe presque toujours des guides et des annuaires destinés au chercheur. Chaque pays dispose d'archives dans des dépôts nationaux, provinciaux, départementaux... En dehors de ces dépôts officiels, il existe d’autres lieux de stockage d’archives. Car toutes les sources n’émanent pas des pouvoirs publics. Il y a, par exemple, les archives ecclésiastiques, les archives d'entreprises, les archives d'écoles, universités, collèges, académies, sociétés savantes, les archives privées, les archives de partis politiques, syndicats, etc.

Les autres sources

Tout n'étant pas dans les archives écrites, l'historien doit savoir utiliser les apports des autres disciplines: archéologie, communication, etc. Il doit donc, si cela est nécessaire, employer des sources orales, monumentales, audiovisuelles… Ces sources varient évidemment en fonction de la période étudiée.

Les sciences auxiliaires

Enfin, les sciences dites «auxiliaires» viennent compléter cette démarche heuristique. A nouveau, elles varient en fonction de l’objet d’étude: chronologique, généalogique, paléographie, numismatique, diplomatique (étude des chartes), sigillographie, héraldique, épigraphie , statistique, iconographie, géographie, sociologie…

Il est recommandé d'identifier les principaux personnages rencontrés dans les travaux, articles et sources. Pour cela, il existe des dictionnaires de biographies. Afin de connaître tous les acteurs, il est utile de consulter des répertoires prosopographiques, des annuaires et des almanachs.

La démarche heuristique

La démarche heuristique est donc longue et complexe. Pour chaque référence trouvée, il faut appliquer les règles de bases de la critique historique. L’historien ne se contente donc pas d’une seule source. Chaque étude doit tendre vers l’exhaustivité et être multilingue. Aucune source, si elle est valable, ne doit être écartée. Le chercheur doit être le plus neutre possible, il ne doit rien prouver. Il doit décrire et analyser. Aucune passion ne doit le troubler.

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