L'origine des pylônes des temples égyptiens

L'origine des grands pylônes du Nouvel Empire et de l'époque ptolémaïque remonte à la Ve dynastie de l'Ancien Empire.
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Le pylône apparaît souvent comme un élément de base des temples égyptiens antiques. Le temple type est présenté comme un ensemble architectural constitué d’un ou plusieurs pylônes, d’une ou plusieurs cours, d’une ou deux salles hypostyles, de vestibules et de sanctuaires. Pourtant, ce schéma est assez tardif dans l’architecture des temples égyptiens. Il ne devint définitif qu’à la XXe dynastie (fin du Nouvel Empire). Néanmoins, les pylônes sont bien présents dans les grands sanctuaires érigés au début du Nouvel Empire. Ainsi on trouve des pylônes des XVIIIe et XIXe dynasties à Karnak, Louxor, Armant, Abydos (temple de Séthy Ier), au Ramesseum (rive occidentale à Louxor), dans le temple funéraire de Séthy Ier à Gourna (rive occidentale à Louxor), Memphis… A la Basse Epoque et aux périodes argéade, ptolémaïque et romaine, de nouveaux pylônes seront encore édifiés: Philae, Edfou, Taposiris Magna, Hermopolis Magna, Kom Ombo…

Vocabulaire architectural

Avant toute chose, il est nécessaire de s’intéresser au vocabulaire employé. Ainsi, le substantif «pylône» est un terme d’origine grecque qui désigne deux massifs symétriques de briques ou de pierres flanquant une porte monumentale. Ces massifs sont nommés «môles». Parfois, seule la porte monumentale est érigée. Elle est alors nommée «propylône». Il s’agit d’une construction inachevée. A Dendera ou à Hibis (oasis de Kharga), deux propylônes furent construits. Les deux môles ne furent jamais réalisés. Il s’agit donc de pylônes inachevés. Le mot égyptien (en hiéroglyphes), «bekhen», n’est attesté qu’à partir de la XVIIIe dynastie.

Description d’un pylône

Un pylône possède une base rectangulaire. Il est surélevé par rapport à la porte centrale. Il dépasse, en hauteur, les murs d’enceinte du temple auquel il est intégré. Sur les quatre faces, le fruit est accentué. Les contours des môles sont soulignés par des tores (boudins d’angle). Une corniche à gorge surmonte généralement les tores supérieurs. Enfin, il y a un escalier à l’intérieur de chaque môle.

Un pré-pylône à Abousir

Les premières ébauches de pylônes se trouvent dans la nécropole royale de la Ve dynastie (Ancien Empire) à Abousir. Dans son temple haut, le roi Niouserré fit bâtir deux massifs pour délimiter la cour. Ils n'étaient pas en façade et n'étaient pas encore symétriques. Ils ne possédaient pas de tores. Néanmoins, ils étaient plus haut que l’enceinte du temple, possédaient un fruit et étaient surmontés d’une corniche à gorge.

Djedkaré-Isesi, inventeur du vrai pylône?

Quelques décennies plus tard, le roi Djedkaré-Isesi ( Ve dynastie ) fit également élever deux môles dans son temple haut (Saqqara Sud). Cette fois, ils étaient symétriques et en façade. Ils se situaient de part et d’autre de l’axe principal du temple. Réalisés en calcaire, ils étaient considérés comme les éléments du premier pylône de l’architecture égyptienne même si leur base estétait

Le pylône d’Ounas à Saqqara

Le successeur de Djedkaré-Isesi, Ounas fit aussi bâtir un «pylône» devant son temple funéraire de Saqqara Nord. Les deux massifs étaient bien en façade. Ils disposaient de tores et étaient surmontés d’une corniche à gorge. Le fruit était de 96° et les bases étaient rectangulaires. Les deux môles étaient cependant dissymétriques en raison du terrain. Aujourd’hui, il ne subsiste pratiquement rien de ce pylône archaïque.

De Pépy II à Amenemhat II

Ce type de construction séduisit d’autres rois de la fin de l’Ancien Empire et du Moyen Empire. Ainsi, Pépy II (VIe dynastie) fit bâtir un pylône dans son temple funéraire de Saqqara Sud. Les rois des XIe et XIIe dynasties, intégrèrent les pylônes dans l’architecture religieuse. Ils n’étaient donc plus exclusivement réservés à la sphère des temples funéraires. Un pylône fut construit dans le sanctuaire primitif du dieu Montou à Médamoud (nord de Thèbes) durant la XIe dynastie. Amenemhat II (XIIe dynastie) en fit élever un autre dans le temple de Thot à Hermopolis (Moyenne Egypte). De nos jours, seule la porte de cet édifice est visible.

Bibliographie sélective :

SOUROUZIAN (H.), "L’Apparition du pylône", dans Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale , t. 81s, 1981, p. 141-151.

WILKINSON (R.H.), The Complete Temples of Ancient Egypt , Londres, 2000.

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